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§ VI. — Contagion.

La syphilis ne peut se transmettre que par le contact, et même par un contact prolongé ou par l’insertion dans la profondeur des tissus, ou bien par hérédité. La syphilis héréditaire présente des caractères et une marche qui en font une espèce à part; aussi cette question sera-t-elle traitée par nous dans un chapitre spécial.

A l’observation clinique de la marche et du développement naturel des accidents syphilitiques, s’est jointe depuis longtemps l’observation de la syphilis provoquée et I produite artificiellement. Depuis John Hunter cette méthode a eu de nombreux i adeptes et a donné des résultats considérables. Il faut encore ajouter à ces données scientifiques les faits si nombreux de contagion survenue sur des médecins dans I l’exercice de leur art, faits qui ont donné lieu à des observations très-nettes et véritablement scientifiques. Le virus syphilitique peut être absorbé par tous les i tissus, mais certaines conditions en favorisent l’absorption, par exemple, l’érosion ou I l’ulcération, la présence d’un follicule. Les tissus les plus ténus, ceux qui peuvent Ile plus facilement se dépouiller de l’enduit épithélial protecteur, sont plus exposés i que d’autres ; les muqueuses ou les parties de la peau qui se rapprochent des mui queuses sont dans ce cas, par exemple, le vestibule de la vulve, le prépuce et le ; gland, la bouche, les mamelons. Une statistique de Fournier (1), sur le siège du . chancre, dans 22/i cas, montre la vérité de l’axiome de Fernel : Omncs partes adeundœ , a qui bus initium habere potest.

Voici cette statistique :

Chancres

du gland et du prépuce. . .

Indurés.

Simples.

du fourreau de la verge. . .

multiples de la verge. . . .

du méat urinaire

intra-uréthraux

du scrotum

du sillon péno-scrolal. . . .

de l’anus

des lèvres

de la langue

du nez

de la pituitaire

de la paupière. .......

des doigts

de la jambe

Cette statistique est incomplète; il n’y est pas fait mention des accidents transmis par les nourrissons aux nourrices, ni de la vérole des ouvriers verriers, ni de t?l vérole des médecins auristes, ni en général des faits de transmission de la syphilis secondaire, faits dont nous avons à parler longuement dans les chapitres suivants. On comprend que ces faits entraînent un mode de transmission différent de celui

(1) Kieord, Leçons sur te chancre. Paris, 1860.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

qui résulte des rapprochements scxuc’s. Jusqu’ici il a paru aux expérimentateurs que le simple contact: ne suffisait pas pour l’absorption du virus syphilitique, et qu’il était nécessaire qu’une excoriation, si légère qu’on la veuille supposer, existât.

Le virus syphilitique n’est pas différent, dans son mode d’insertion, du virus du chancre mou, lequel n’est qu’un accident local. L’absorption paraît exiger les mêmes conditions matérielles dans l’un et dans l’autre cas.

Le virus syphilitique est-il inoculable aux animaux? Cette question, qu’Auzias- Turenne a poussée très-loin, mérite un examen spécial ; elle sera traitée dans le chapitre des inoculations artificielles.

L’inoculabilité est variable ; elle peut être nulle. Diverses circonstances influent sur cette propriété du virus. Et d’abord il y a des individus réfractaires au virus syphilitique, comme il y a des gens réfractaires au virus varioleux. Cependant, cette innocuité dont semblent jouir plus particulièrement les personnes qui, par profession, sont journellement exposées à ce genre de contagion, tient le plus souvent à une cause qui doit être considérée comme la plus importante de toutes : c’est le fait d’avoir eu déjà ou d’avoir actuellement la syphilis.

Ici encore l’analogie avec d’autres virus, notamment avec le virus varioleux, est frappante. Ce fait est admis invariablement aujourd’hui, et si des faits contradictoires ont paru un instant ébranler la doctrine de la non-inoculabilité des gens eu puissance de vérole, on n’a pas tardé à reconnaître la cause de l’erreur. Cette cause d’erreur c’était l’inoculation indéfinie faite sur des sujets syphilitiques, d’une espèce de chancre, le chancre mou, lequel n’est qu’un accident local et n’a de commun avec l’accident initial de la syphilis que l’ulcération.

Des circonstances extérieures influent sur l’absorption : les climats chauds la favorisent; il paraît prouvé par le récit de certaines épidémies que d’autres circonstances locales tenant à la race, aux habitudes, au mode d’alimentation, peuvent avoir quelque influence sur la manifestation de l’intoxication syphilitique.

Cependant l’existence d’un chancre plus infectieux avait été de bonne heure constatée. C’était le chancre calleux de Jean de Vigo, celui que Gaspard Torella, en 1A97, décrivait ainsi : « Quinta species est ulcus cuin duritie et taie difficile cura- » tur; cum non tali mollilie, facile. » C’est le chancre induré de J. Hunter, le chancre huntérien, infectant, etc. Ambroise Paré (1) en parle en ces termes : « Il faut noter ici que tous ces signes ne surviennent pas à chacun malade, mais à aucun d’iceux. Les plus certains sont quand le malade a quelque ulcère malin aux parties honteuses, calleux , dur et difficile; et encore que les ulcères soient consolidés et qu’il y reste certaine dureté, principalement à la verge, cela dénonce la vérole à curer, et apparaissent tumeurs aux aines qui s’en retournent dedans le corps sans le suppurer, et lorsqu’il survient aucun des signes susdits, il faut juger qu’ils ont la vérole. » Jean-Louis Petit disait également : « Le chancre, si bien qu’il soit traité, cause presque toujours la vérole, surtout s’il durcit. » J. limiter s’attacha davantage à ce caractère d’induration et le considéra comme pathognomonique de la syphilis : « le chancre a communément une base indurée et bien que, quelquefois, l’inflammation commune s’étende beaucoup au delà, cependant l’inflammation spécifique est limitée à celte base. Ricord a plus que tous les auteurs

(I) A. Paré, Œuvres complètes , édition Malgaigne. Paris, 1840.

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