‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 136 sur 369 · SYPHILIS. — CONTAGION · texte numérisé non relu

SYPHILIS. — CONTAGION

qui l’ont précédé étudié le chancre induré, les nombreuses inoculations qu’il pratiqua lui permirent de décrire avec une grande précision les caractères de l’induration, et d’en indiquer la valeur sémiologique.

Rollet (1) reconnaît dans l’histoire de la syphilis, et surtout du chancre, une troisième période qui commence en 1783 avec Hensler. Cet auteur distingue les accidents locaux des accidents constitutionnels, et montre qu’ils ont été à tort confondus. Grimer, dans un traité fort érudit (2), plus récemment (1831-1858) Simon, de Hambourg (3), ont soutenu avec succès la même thèse. Ilunter et Abernethy ont insisté sur le diagnostic différentiel des accidents syphilitiques et de ceux qui n’ont que l’apparence de la syphilis, diagnostic fondé surtout sur les résultats du traitement mercuriel. Carmichaël (1814) écrivait ce qui suit : « Il est étonnant que dans cette époque de progrès chirurgicaux, et malgré les observations précieuses de ces auteurs, il soit si généralement reçu de traiter comme syphilitiques tous les ulcères des parties génitales, quels que puissent être leurs apparences, leurs caractères et leurs signes distinctifs (4). C’était le moment de la grande réaction entre le traitement mercuriel à outrance appliqué indistinctement à toutes les maladies vénériennes. Ricord eut le mérite de restituer au traitement mercuriel tout son prestige en l’appliquant seulement à la syphilis confirmée, tandis qu’il traitait localement les autres accidents. Bassereau, en 1852 (5), indiqua les deux virus chancreux, et montra par des confrontations nombreuses que le chancre induré seul donnait le chancre induré et la syphilis. Rollet, en 1855, multipliait les confrontations, et abordait l’inoculation des accidents secondaires.

Le chancre simple devint l’objet de recherches qui amenèrent Clerc, en 1854, à reconnaître que ce chancre inoculé produisait un accident semblable à lui-même, local et non infectant. En 1856, Fournier multiplia les preuves de ce fait. Les mêmes auteurs démontrèrent que dans l’immense majorité des cas, le pus de chani cre syphilitique inoculé à un malade qui est déjà atteint d’un accident semblable ne i donne qu’un résultat négatif. Rollet, opérant par la méthode expérimentale sur un i nombre considérable de malades et étudiant la marche des accidents, a montré i qu’une différence radicale séparait les deux chancres; voici quelle est cette difféi rence : le chancre infectant a une incubation longue (trois semaines environ) et au bout de ce temps il apparaît d’abord une papule qui s’ulcère ensuite pour former i un chancre. 11 en est tout autrement du chancre simple, lequel n’a pas d’incubation i et apparaît au bout de quelques jours, quelquefois après vingt-quatre heures, sous la forme d’une pustule. Plus tard il décrivit une variété hybride qu’il appelle i chancre mixte, et qui serait une sorte de mélange des deux chancres ; ce chancre i mixte pourrait s’inoculer quelquefois aux sujets syphilitiques. Nous dirons ici

(1) Rollet, Recherches sur lu syphilis. Lyon, 1862.

(2) Griiner, Lues venerea. Iena, 1789.

(3) Versuch einer krithschen Geschichte cler verschiedenartigen, besonders linreinen Beha/tungen der Geschlechtsthcile und ihrer Umgegcnd , oder ortlichen Lustübel seit lier ültesteu bis auf die neueste Zeit und ihres Verhültnisses zu der , Ende des XV. Jahrliunderts er-

' schienenen Lustseuche ; ein Beitrag zur Pathologie und Thérapie der priniair en Syphilis. Hambourg, 1830, 1831, 1846. — Kritische Geschichte des Ursprungs, der Pathologie und Behandlung der Syphilis , Tochter und wiederum Mutter des Aussatzes. Hamburg, 1857-

(1) Carmichaël, Essay on venerea! disease. London, 1825.

(5) Rasséréna, Traité 'les maladies de la peau symptomatiques de la syphilis.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

quelques mois du chancre simple auquel nous consacrerons plus loin un chapitre spécial.

On a donné également à celte variété les noms de chancroïde et chancre mou ; a fréquence du chancre mou est de beaucoup supérieure à celle du chancre induré. La pratique des svplnlisateurs a montré que celte espèce de chancre pouvait s’inoculer au même sujet presque indéfiniment. Voici les chiffres donnés par Fournier et par Puclie relativement à la fréquence de l’une et de l’autre espèce de chancre. En un seul trimestre h la consultation de l’hôpital du Midi, sur 341 chancres il y en avait 126 infectants et 215 non infectants. Encore cette proportion paraît-elle défectueuse à Alfred Fournier qui pense qu’il y a 2 chancres mous sur 3. Puclie déclare que sur 10 000 chancres observés par lui, de 1840 à 1852, il y en avait 1955 indurés et 8045 simples. Le chancre simple a été inoculé un très-grand nombre de fois. On admet aujourd’hui que le chancre qui s’inocule à un malade atteint «le syphilis est toujours le chancre simple. Les nombreuses inoculations pratiquées par Hunter, celles de Ricord qui se montent à 1049 de 1831 h 1837, les inoculations pratiquées dans une intention thérapeutique au nombre de plusieurs milliers par Sperino, celles qu’a faites Auzias-Turenne (1) l’inventeur de la syphilisation, «'elles que relatent Rollet, A. Fournier, Melchior Robert (2), ont donné le même résultat : reproduction du chancre mou et non du chancre induré, que l’inoculé lût. ou non vierge de syphilis. D’autres expériences faites avec le pus de bubons suppures ont prouvé que cet accident donnait lieu au chancre simple. Wallace est le premier auteur qui ait nettement indiqué ce fait expérimental, qui a été reproduit un grand nombre de fois par Ricord, lequel a montré qu’il faut prendre le pus même du bubon et non le pus phlegmoneux qui peut se produire au voisinage. Il se produit par l’inoculation une pustule rapidement formée et qui bientôt se transforme en un chancre mou à bords taillés à pic. L’inoculation artificielle, le contact, le coït, ne sont pas les seuls moyens de reproduction de cet accident qui peut être transmis par le contact des instruments de chirurgie, par les pansements, les sangsues, etc. Le chancre mou a été transmis aux animaux; Hunter avait en vain essayé cette inoculation dont Ricord a nié la possibilité. Auzias-Turenne a montré que le fait était possible. Il a répété un grand nombre de fois avec succès cette expérience ; il a inoculé le chancre mou à des chiens, des singes, des chats et des lapins (3). En 1850, Robert Wells s’inocula le pus d’un chancre développé artificiellement sur un singe et sur un chat et il eut quatre chancres. Diday répéta sur lui-même cette expérience. Malgré les objections de plusieurs syphilographes ces expériences étaient concluantes. Diday s’était entouré de toutes les précautions que réclamait un semblable essai et le résultat fut positif. De là est née la pratique de la syphilisation. Était-ce un chancre mixte, était-ce un chancre simple, était-ce un chancre infectant que l’on produisait sur les animaux et ensuite sur l’homme? C’est là une question qui sera examinée dans le chapitre que nous avons consacré a la syphilisation. Pour Rollet, le chancre simple seul a été inoculé avec succès par les syphilisateurs, parce que seul il peut se reproduire indéfiniment sur un sujet syphilisé,

(1) Auzias-Turenne, De la syphilisation et de la contagion des accidents secondaires , communication à l’Académie de médecine, avec les communications d Auzias-Turenne et Sperino à l’Académie des sciences de Paris et à l’Académie de médecine de Turin. Paris, 1853.

(2) Melchior Robert, Nouveau traité sur les maladies vénériennes. Paris, 1861 .

(3) Auzias-Turenne, Comptes rend, de /'Acad, des sciences , séance du 17 novembre 1851.

SYPHILIS

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