CHANCRE
Le chancre est la manifestation initiale de la syphilis (à part le cas de syphilis héréditaire). Il y a deux espèces de chancres inoculables : l’un est syphilitique et procède d’une intoxication constitutionnelle, l’autre n’est qu’un accident local.
Pour Ricord, la syphilis débute par le chancre, dans' lequel réside la propriété . virulente de la syphilis; la vérole naît du chancre, et ne reconnaît pas d’autre origine.
« Comme le virus ne pénètre pas dans l’économie sans effraction, c’est-à-dire sans ulcération, c’est un chancre qui ouvre la scène des accidents. Les prétendues véroles d’emblée sont des faits apocryphes ou mal interprétés. Le chancre est l’exorde obligé de la syphilis (1). » Pour Ricord, le chancre infectant est toujours le résultat d’une lésion identique, et devient la source obligée d’un accident semblable. Il est à la fois l’eiïet et la cause de la spécificité virulente, l’unicité de la cause virulente, consistant en ce fait que le chancre est un ; mais on est obligé de convenir que souvent le chancre reste un accident local, ou même que le pus chancreux ne s’inocule pas; il faut alors admettre deux virus différents ou deux variétés du même virus.
Il est impossible de ne pas reconnaître aujourd'hui (pie le chancre n’est pas le seul accident inoculable, et que la syphilis secondaire s’inocule. Le fait de l’apparition du chancre au début de l’infection syphilitique quelle qu’en soit la source, reste vrai.
Les excellents travaux de Rollet (de Lyon) et de ses élèves sur l’historique de la syphilis, sur la transmission des accidents secondaires, sur la syphilis vaccinale, seront mis à profit par nous dans le cours de cet article. D’après Rollet, la syphilis n’a pas été un fait moderne; elle a existé de tout temps. Le chancre mou notamment était connu des anciens. Celse mentionne des cas de chancres avec phimosis et paraphimosis « Ulcéra vel in cutis interiore parte, vol in glande, ultrave eam in cole reperientur quæ neccsse est aut pura siccaque sint, aut humida et purulenta. ...Si vero ulcus latins atque altius serpit, eodem modo elui débet... »
Dioscoride signale les chancres: « Genitalium et sedis ulcéra. » MarcellusEmpiricus parle des ulcères de la verge : « Si ulcus in penesordidum fuerit, » et il mentionne le bubon : « Ne inguem ex ulcéré aliquo aut vulnere intus mescat. » Paul d’Égine s’exprime ainsi : « Ulcéra pudendis et circa sedem sordida, circa coronam ulcéra, et maxime cum detrahere præputium non possunt. » Les Arabistes sont plus explicites encore, Avicenne distingue les chancres d’après leur aspect et leur siège : Avenzoar, Albucasis signalent les chancres qui perforent le prépuce. Les mêmes lésions sont décrites par les médecins du xmc et du xive siècle, et même du xve siècle, à la veille de la grande épidémie de syphilis qui est considérée comme la première invasion de cette maladie.
La confusion dès lors se fit entre les accidents vénériens de toute sorte; la syphilis les engloba tous, ou du moins telle fut la tendance générale. Cette confusion s’accuse nettement dans les ouvrages de Vella, notamment dans son Opusculum (1508). Les bubons sont alors rangés dans la syphilis, quelle qu’en soit la nature. S’ils suppurent, dit Antoine Lecocq (1540), c’est souventun bien.
(1) Fournier (Ricord, Leçons sur le chancre. Paris, 1860).
MALADIFS CONSTITUTIONNEL!. l'S.