CHANCRE SIMPLE. FRÉQUENCE
chancre. On appelle période d'état le moment où le chancre cessant de s accroître tend à la réparation.
Réparation et cicatrisation. — La réparation c'ommence par l’élimination de la fausse membrane grisâtre qui occupe le fond de l’ulcération, et par l’apparition de bourgeons charnus qui donnent dès lors à la plaie une couleur rosée. La suppuration diminue et le pus devient plus épais; les bords s’affaissent, le fond s’élève et la cicatrisation s’opère.
§ m. — Marche, durée, terminaison de la maladie; récidives.
En général la durée du chancre simple est de vingt à trente jours. Elle dépend de la constitution du sujet et du mode de traitement, llollet a vu des chancres mous se cicatriser en moins de quinze jours, grâce à la cautérisation avec, le chlorure de zinc. La durée des chancres peut être excessivement longue, ainsi que nous le verrons plus tard, dans le cas de phagédénisme.
Le chancre mou se termine sans accidents, comme une plaie simple, dans la grande majorité des cas. Il faut toutefois excepter les chancres phagédéniques; et nous verrons à l’article Syphilisation que la multiplicité des chancres mous a pu amener des accidents graves. La cicatrice du chancre mou est indélébile, surtout à la peau.
g IV. — Fréquence et nombre.
Un même malade peut être atteint d’un nombre illimité de chancres simples, simultanément ou successivement, ainsi que le prouve ^expérimentation. Lorsque le chancre se développe naturellement, c’est-à-dire par un contact accidentel, par l’acte vénérien, il est souvent simple, mais il peut être multiple. Sur 1.18 hommes entrés à l’Antiquaille (de Lyon), Debauge donne la statistique suivante (1) ;
Malades ayant une seule ulcération 50
— deux ulcérations 22
— quatre ulcérations 11
— cinq ulcérations 11
— de six à dix 17
— de onze à quinze fi
— vingt ulcérations 1
La fréquence du chancre simple par rapport aux autres maladies vénériennes a été appréciée par divers statisticiens et nous avons donné quelques-uns de ces chiffres. Voici la statistique recueillie à l’Antiquaille par Michaud sur 2298 malades :
Malades affectés de blennorrhagie 913
— de chancre simple fi2fi
— de syphilis 759
Cette statistique diffère notablement de celle qu’a donnée Alfred Fournier, et
(1) Debauge, Traitement des chancres simples et des huions chancreux par la cautérisation cm chlorure de zinc, thèse de doctorat en médecine. Paris, 1858, n° 198,
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
elle n’exprime certainement pas la fréquence réelle du chancre mou en général. En effet il faudrait comparer le chancre simple non à la syphilis mais au chancre induré seulement. En procédant ainsi Chabalier a trouvé pendant six mois de séjour dans le même hôpital :
Chancres simples 118
Chancres syphilitiques 90
§ V. — Siège.
Le siège du chancre simple est habituellement sur les organes génitaux, parce que cet accident est local et ne donne pas lieu comme la syphilis h des manifestations générales qui multiplient la surface d’inoculation. On le voit quelquefois se développer sur les mains des malades qui se pansent, ou des médecins qui les traitent, principalement chez les accoucheurs et les sages-femmes. Ricord avait pensé que le chancre simple ne se développait jamais h la tète ni à la face. Le chancre céphalique , suivant lui, était toujours induré et infectant. Sur 150 cas de chancre céphalique Alfred Fournier n’en avait pas trouvé un seul qui fût simple. Cependant quelques observations isolées de Boys de Loury et Costilhes (1), Didav, Clerc, et d’autres auteurs, montraient que le chancre mou peut siéger à la tête. Rollet a fourni la démonstration absolue de ce fait par la méthode expérimentale.
Nadau des Islets dans sa thèse, en 1858 (2), rapporte 19 inoculations faites par Puche, à la tête, avec du pus provenant de chancre simple. Ces inoculations donnèrent des résultats positifs, et le pus des chancres céphaliques simples ainsi développés fut huit fois inoculé avec succès. Des expériences semblables avaient été faites en 1855 par Bassereau. Un chancre ainsi développé à la joue par une inoculation que pratiqua le docteur Iluebbenet (de Kieff) amena un bubon suppuré du col. On a recherché pourquoi le chancre simple se rencontrait rarement à la face, l’explication de ce fait peut se donner ainsi : les chancres sont des accidents apparents et dont la vue décourage les caresses lascives ; il n’en est pas de même de la syphilis dont les manifestations sont souvent moins apparentes et moins caractéristiques, et ne sont pas moins inoculables. Voici la statistique recueillie par Debauge sur le siège du chancre simple chez 206 malades des deux sexes :
Fourchette et fosse naviculaire 78
— grandes lèvres 10
— petites lèvres 16
— méat urinaire 21
— voisinage du méat 2
— vestibule 4
— clitoris 1
Entrée du vagin en dehors des caroncules 17
(1) Boys de Loury et Costilhes, Gazette médicale, Paris, 1845.
(2) Nadau des Islets, De l'inoculation du chancre mou à la région céphalique, thèse de doctorat eu médecine. Paris, 1858.