VII. — Traitement
Le traitement de la fièvre simple continue est tout aussi simple que celui de la fièvre éphémère. Si la céphalalgie était très-intense, la chaleur Lrès-élevée, le pouls très-fort, on pourrait pratiquer une saignée générale, ou appliquer quelques sangsues au siège, ou derrière les oreilles ; mais le plus souvent le repos, une boisson tempérante, de légers laxalils et la diète suffisent.
ARTICLE III
FIÈVRE TYPHOÏDE
Tout le monde conviendra que, quelle que pût être la sagacité de nos devanciers, ils manquaient de trop d’éléments pour nous donner une bonne pathologie de la fièvre typhoïde. Ils nous avaient laissé, il faut en convenir, autant à faire que s’ils n’avaient rien fait, plus peut-être, car il est plus difficile de déraciner des erreurs que de faire adopter des vérités. C’est aux travaux de Louis (2) que nous devons d être enfin sortis du vague et de l’incertitude dans lesquels nous étions restés ; ce sont ces travaux qui ont fait faire un pas à la pathologie. Que l’on compare, pour s en assurer, les opinions que l’on professait sur les fièvres avant l’apparition de ses recherches, avec celles que tout le monde professe aujourd’hui, et l’on sera forcé de reconnaître ce progrès.
Dans 1 antiquité, les notions sont tellement vagues et incertaines, qu’on ne sait si les fièvres continues décrites par les premiers médecins diffèrent ou ne diffèrent pas des nôtres. Depuis le xme siècle jusqu’à nous, et principalement vers la fin du dernier siècle, description de la maladie, plus ou moins exacte dans ses formes graves ; î dations d épidémies dans lesquelles le diagnostic n’est pas toujours certain;
(1) Voy. article III, page suivante.
(2) Recli. anaU path. et thérap. sur la maladie connue sous les noms de gastro-entérite, etc., lrc édit., Paris, 1831; 2e édit., Paris, 1841.
FIÈVRE TYPHOÏDE
presque toujours la croyance que chaque nouvelle épidémie est due à une maladie rnouvelle ; division de l’affection en plusieurs affections particulières ; de loin en Moin, indications de lésions qu’on rapportait à des cas particuliers, et qui étaient [ fort mal décrites (Fracastor, AVillis, Lecat). Plus tard, des études plus précises furent faites, et il faut citer en première ligne celles de Prost (1), auxquelles il a néanmoins manqué la méthode et la précision ; études qui ont laissé les médecins dans un tel vague que, quelques années après, Petit et Serres (2) crurent avoir trouvé une maladie toute nouvelle et différente des fièvres, parce qu’ils avaient rencontré dans l’intestin les ulcères signalés par Prost.
Bretonneau (3) compara le gonflement des glandes de Peyer et les ulcères qui l lui succèdent à l’éruption de la variole ; mais cette comparaison, très-hasardée, ne 1 le conduisit pas à reconnaître le rapport précis des lésions et des symptômes dans lies fièvres. La question n’avança pas.
Si la fièvre typhoïde se produit dans le cours d’une phlegmasie, c’est un cas i tellement exceptionnel, qu’on aurait peine à en trouver un seul exemple ; et il est ' évident que l’on regardait comme des phénomènes caractéristiques les symptômes communs de la fièvre typhoïde et des phlegmasies, symptômes exprimant la plus ou moins grande violence du mouvement fébrile.
Louis, en disant comme résultat général de ses recherches : « Les fièvres continues, quelle que soit leur forme, constituent toute une seule et unique affection [h) quon distingue sous le nom cf affection ou de fièvre typhoïde, » a définitivement résolu cette grande question. Quant aux prouves qu’il a apportées en faveur de sa proposition, elles abondent dans son ouvrage.
Chomel (5) a ensuite exposé les résultats obtenus par Louis ; puis ont paru de nombreux travaux qui ont jeté quelque lumière sur certains points de l’histoire de la fièvre typhoïde. Nous citerons ceux d’Andral, Bouillaud, Forget, Taupin, Barthez, Rilliet, [Fritz et Chedevergne], pour les fièvres typhoïdes des enfants, etc.
Il suffira de résumer les travaux d’observateurs récents.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
La fièvre typhoïde est une affection fébrile aiguë qui se développe soit spontanément, soit par contagion, qui a une marche particulière, qui n’attaque pas souvent la vieillesse, qui ne se manifeste presque jamais qu’une seule fois dans la vie, eL qui a pour caractère anatomique essentiel une altération particulière des glandes de Peyer.
Les dénominations sous lesquelles on l’a décrite plus ou moins approximativement sont extrêmement nombreuses: les principales sont : Causas, phrenitis;
(1) Médecine éclairée par l’observation et l’ouverture des corps. Paris, 1804.
(2) Traite de la fièvre entéro-mésentérique. Paris, 1813.
(3) Trousseau, Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu, 2e édition. Paris, 1865, t. I, § xiv.
(4) On a vu , clans les deux articles précédents , qu’il faut, et Louis le reconnaît luimême dans son ouvrage, faire une exception en faveur de la fièvre éphémère et de la fièvre simple continue; mais je n’ai pas cru devoir changer pour cela cette proposition générale qui résume si bien la discussion.
(5) \oy. Genest, Leçons sur la fièviv typhoïde par M. Chomel. Paris, 1834.