‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 143 sur 369 · SYPHILIS. — CHANCRE INDURÉ. COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

SYPHILIS. — CHANCRE INDURÉ. COMPLICATIONS

§ IV. — Marche et durée.

La durée habituelle du chancre infectant est de quatre à six semaines. Il reste le plus souvent indolent. Le fond du chancre s’élève, bourgeonne, les bords se rap- ] prochent, il se produit des végétations; quelquefois il prend l’apparence papuleuse; i et, d’après Ricord, le chancre sous l’influence de la marche de la diathèse peut se i transformer sur place (in situ ) en un accident secondaire, papule muqueuse , à 1 base indurée. L’ induration dure généralement autant que le chancre et quelquefois I persiste plus longtemps. On cite des cas d’induration ayant persisté pendant de i nombreuses années. Ruche et Alfred Fournier pensent que la persistance de l’indui ration pendant trois mois est presque la règle. C’-est surtout dans les cas de chancres (de la rainure glando-préputiale que l’on a vu l’induration persister pendant plusieurs années : neuf ans (Puche), trente ans (Ricord). Ce signe a une valeur trèsi importante lorsqu’on veut remonter à l’origine des accidents présents, et scruter le I passé. Le chancre laisse des cicatrices en général très-apparentes et indélébiles.

! Sur le fourreau de la verge ces cicatrices ont une teinte brune, bronzée, très- ( caractéristique. Sur les muqueuses ces empreintes sont moins apparentes.

La multiplicité est un des caractères du chancre mou. Le chancre induré est . au contraire unique ou solitaire, dans la grande majorité des cas. D’après une stai tistique de Fournier, le chancre induré serait solitaire trois fois sur quatre. Clerc ; a observé de meme que sur 267 malades atteints de syphilis constitutionnelle le i chancre était solitaire 224 fois et multiple 43 fois seulement, ce qui donnerait la [proportion de huit sur dix pour le chancre solitaire. Du reste le chancre induré i est multiple d’emblée, ou du moins ne pourrait s’inoculer au porteur que dans les I premiers jours.

§ V. — Complications.

Le phagédénisme peut compliquer le chancre induré comme le chancre mou, imais beaucoup moins souvent que celui-ci. L’action destructive en général est tmoins intense et moins étendue pour le chancre induré que pour le Chancre simple, i Quelques auteurs ont pu penser que le phagédénisme excluait la syphilis, mais c’est l'a une erreur. Bassereau a pensé que le phagédénisme était un indice de la constitution du sujet et présageait une syphilis grave, et formulé ainsi qu’il suit cette I pensée : « Après les chancres indurés bénins, surviennent les éruptions syphilitiques bénignes et les affections des divers tissus sans tendance à la suppuration j (après les chancres indurés phagédéniques, surviennent les syphilis pustuleuses .(graves, les affections ulcéreuses de la peau plus tardives, les exostoses suppurées, les nécroses, etc. » Quelquefois le phagédénisme se limite à l’induration, et laisse des cicatrices peu étendues; il n’en est pas toujours ainsi et la destruction peut 's’étendre au loin et amener des difformités incurables ; l’économie peut être affaiblie par ces plaies gangréneuses, lesquelles deviennent quelquefois le point de départ d’accidents graves.

Bubon spécifique. — Le chancre induré donne lieu à une affection particulière des ganglions lymphatiques de la région. 11 ne s’agit pas ici d’une phlegmasie simple semblable à celle que peuvent produire toutes les plaies. L’époque d’apparition 'de cette adénite spéciale est celle de l’induration même du chancre; c’est en géné-

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

rai le premier ou le second septénaire. 11 se produit alors un gonflement indolent eL extrêmement dur, soit d’un ganglion, soit d’une masse ganglionnaire. Cette dureté rappelle la sensation que donne l’ induration du chancre infectant. Les ganglions, alors même qu’ils sont indurés en grand nombre, ne se fusionnent pas ; ils demeurent isolés et indépendants; on appelle pléiade cet engorgement multiple. Parmi ces ganglions il y en a toujours un qui est plus gros et semble procéder plus directement que les autres du chancre induré. Habituellement, mais non toujours, le bubon induré n’existe que d’un seul côté. Ce bubon induré ne suppure jamais. S’il suppure c’est par des causes indépendantes de la nature même de l’affection spécifique, et il fournit un pus qui n’est pas inoculable.

L’induration ganglionnaire que produit le chancre induré survit à cet accident initial, et se prolonge presque indéfiniment. C’est un symptôme que Ricord appelle persistant par excellence. Il faut donc, lorsqu’on cherche s’il y a eu un chancre induré et en quel point il a existé, interroger les ganglions. L’importance de ce signe est bien rendue dans ce passage emprunté à Alfred Fournier ( loc . cit. ) : « Le plus souvent les malades méconnaissent la nature du chancre, alors » qu’il est situé en dehors delà région génitale. J’ai eu l’occasion, par exemple, » d’observer des chancres digitaux sur trois jeunes gens qui, afleclés d’accidents » secondaires, soutenaient, de la meilleure foi du monde, n’avoir jamais eu de » chancres. Je ne fus conduit que par une exploration longue et minutieuse, à » découvrir ces chancres et leurs cicatrices, et lorsque je révélai aux malades la » nature véritable de ces ulcérations digitales, j’excitai en eux un étonnement pro- » fond et voisin de l’incrédulité. » Ainsi la recherche de l’adénopathie spécifique est de première importance pour le diagnostic de la syphilis : une adénopathie épithrochléenne ou axillaire indiquera un chancre de l’avant-bras ou digital; l’induration ganglionnaire sous-maxillaire mettra sur la voie du chancre des lèvres. Le ganglion induré est presque nécessaire et ne fait presque jamais défaut dans le début de la syphilis constitutionnelle.

Lymphangite. — Les vaisseaux lymphatiques qui vont du chancre induré aux ganglions peuvent être affectés; il ne s’y produit pas de pus comme dans le cas de chancre simple. II s’y produit une induration indolente. Cet accident est relativement rare.

Bubon d’emblée. ■ — Le bubon d’emblée est une erreur, une fausse interprétation des faits. limiter, Lagneau, M adret, ont cité des cas de syphilis ayant pour accident initial un bubon sans chancre. Plusieurs auteurs contemporains ont publié des cas semblables. Il y a presque unanimité aujourd’hui parmi les syphilographes pour nier le bubon d’emblée. Les chancres larvés de l’urèthre ou de l’anus peuvent rendre compte de quelques-uns de ces faits. 11 reste prouvé qu’il n’y a pas de syphilis acquise sans chancre.

Parallèle du chancre simple et du chancre infectant. — Le chancre infectant n’est pas inoculable au porteur, c’est-à-dire à celui qui est actuellement atteint d’un chancre semblable. Le chancre simple au contraire es! indéfiniment inoculable sur tous les sujets; un seul expérimentateur a produit sur lui-même environ deux mille chancres simples successivement. La pratique des iuoculateurs (Auzias- Turenne) a prouvé l’inoculabilité à l’infini du chancre simple. On en peut conclure (Rollet) que le chancre simple est un accident purement local. Ainsi la reinocula -

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