‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 145 sur 369 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

pour ainsi dire parasitairement et y évolue suivant un certain ordre. C’est la succession de ces manifestations diathésiques que l’on a appelée syphilis secondaire, syphilis tertiaire; le plus souvent on se sert de l’expression accidents sl. -'laircs ou tertiaires, mauvaise locution qu’il vaudrait mieux supprimer et templacer par l’expression symptôme. Dans sa marche, la syphilis constitutionnelle affecte une certaine progression presque régulière, et n’atteint pas indifféremment toutes les parties de l’organisme en môme temps; il y a un siège pour la syphilis secondaire et un autre siège pour les symptômes tertiaires ; ni le siège ni les altérations morbides ne sont semblables suivant le degré où la syphilis est parvenue. Les premiers syphilographes (Jean de Vigo, Thierry de Héry) divisaient déjà la syphilis en deux périodes : 1° le chancre ; 2° la syphilis confirmée. Hunier décrivait ainsi la marche de la syphilis : « Les parties affectées par la syphilis constitutionnelle à sa première » période et que j’appelle parties du premier ordre sont : la peau, les amygdales, » le nez, la gorge, la surface interne de la bouche et quelquefois la langue. Quand » la maladie atteint sa seconde période, le périoste, les aponévroses et les os res- » sentent l’action de la syphilis; ce sont les parties du second ordre. » C’est une idée généralement reçue que la syphilis marche de la périphérie au centre, occupant d’abord la surface de la peau et de certaines muqueuses, puis se jetant ensuite sur les tissus profonds. Ricord a contribué à établir cette doctrine qu'il formule en ces termes. « La syphilis se divise naturellement en périodes : première période : » accident primitif, le chancre source obligée de la syphilis acquise; le chancre » avec le bubon; deuxième période : accidents secondaires ouvrant la scène des » symptômes de la syphilis, c’est-à-dire succédant au chancre dans les premiers >> mois, accidents des tissus superficiels ; troisième période : accidents tertiaires ne « se manifestant qu’à une époque déjà assez éloignée de l’accident originel, rare- » ment avant le terme d’une demi-année, pouvant apparaître au delà, dans un » espace presque illimité ; accidents affectant les tissus profonds, et tellement dif- » féreuis de ceux qui se produisent sur les parties externes, qu’ils semblent, comme » le disait Hunier, constituer une autre maladie. »> Sont-ce réellement d’autres tissus, d’autres régions qu’affectent successivement la syphilis secondaire et la syphilis tertiaire, ou ne serait-ce pas une partie différente des mêmes tissus? Bassereau a émis cette opinion cpic la syphilis à toutes ses périodes affecte la peau, certaines muqueuses et le tissu osseux, mais qu’elle atteint d’abord la surface de ces tissus dont elle affecte plus tard le centre. Ce fait est évident en ce qui concerne les syphilides ; on sait en effet combien est fréquente et variée cette manifestation de la syphilis à toutes ses périodes.

Plusieurs auteurs ont essayé de classer les manifestations syphilitiques d’après une méthode naturelle. L’école allemande a cru pouvoir établir cette classification d’après les lésions anatomiques ; Bœrensprung d’abord, Virchow (î) ensuite ont tenté d’établir une classification d’après ces principes. Pour Bœrensprung, la syphilis secondaire se traduit surtout par des hyperémies ou de simples exsudats, la syphilis tertiaire s’accusant au contraire par des altérations plus avancées. Pour Virchow, les symptômes secondaires sont dus à des troubles fonctionnels, à une irritation nulri-

(1) Virchow, La syphilis constitutionnelle, traduit de l'allemand par le docteur Paul Picard. Paris, 18G0.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

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tive, à une tendance hyperplasique. Les symptômes tertiaires ont pour manifestation intime des productions morbides celluleuses ou fibreuses qui aboutissent à la forme gommeuse et à l’ulcération. Cet auteur semble ne pas tenir compte de la succession chronologique de ces accidents, lesquels pourraient exister à la fois avec des caractères si différents dans divers tissus. Sigmund (1) propose une classification chronologique d’après laquelle les symptômes se succéderaient à des époques et dans des limites de temps déterminées, les symptômes secondaires ne se montrant pas avant la sixième semaine, les tertiaires étant reculés jusqu’au sixième mois et à partir de cette époque tous les accidents qui peuvent survenir appartenant h là période tertiaire. On admet généralement aujourd’hui la succession chronologique des symptômes syphilitiques. Les symptômes tertiaires peuvent se montrer à une époque fort éloignée (plusieurs années) du début de la maladie ; ils peuvent manquer absolument, la maladie s’éloignant soit par la réaction propre de l’organisme, soit par l’influence du traitement.

§ II. — Symptômes, première période.

Peu de temps après l’infection, c’est-à-dire après l’apparition du chancre, les symptômes prodromiques apparaissent. Nous verrons plus loin quelle est l'époque moyenne d’apparition de ces symptômes, dès à présent nous dirons qu’ils apparaissent quelques semaines après l’accident initial. Les malades éprouvent un malaise avec lassitude, courbature, céphalalgie, la physionomie est altérée, on sent l’action d’une diathèse sérieuse en voie d’évolution. Il y a de l’anémie et de la cachexie, cet étal se marque par les vertiges, les palpitations, les éblouissements. La douleur de tête devient intense; elle occupe surtout les tempes, quelquefois elle se répand sur tout le crâne. Qu’il y ait à ce moment une véritable anémie, cela est certain ; on entend chez quelques sujets le souille significatif des vaisseaux du col. Oii a signalé en pareil cas une altération du sang consistant en une diminution du nombre des globules. La céphalalgie est le phénomène dominant, à cette période; il y a en même temps hyperesthésie de la peau de la tête et du visage. La céphalée prodromique est donc un symptôme important et presque caractéristique. Quelquefois cette douleur se montre d’une façon irrégulière et comme intermittente; mais elle est rebelle au sulfate de quinine. Quelquefois l’ensemble des symptômes que nous venons de signaler est complété par un léger état fébrile que l’on a nommé fièvre syphilitique , et qui coïncide habituellement avec des exacerbations dans les douleurs de tête.

La céphalée n’est pas le seul symptôme névralgique de la syphilis prodromique; il se produit des douleurs en d’autres points, notamment dans les articulations : ce sont les douleurs rhumatoïdes de la syphilis, lesquelles affectent particulièrement les genoux, les coudes, les épaules; il y a souvent aussi des douleurs musculaires, du torticolis; le biceps, le deltoïde sont souvent endoloris. C’est principalement la nuit que se montrent la céphalée et les douleurs rhumatoïdes de la syphilis. On n’est point fixé sur le véritable siège anatomique de ces manifestations morbides. La mobilité de ces douleurs, leur déplacement rapide, l’absence de toute trace maté-

(l) Sigmund, Wiener mediz. Wochenscrift , 1856.

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