INOCULATION DE LA SYPHILIS
Inoculabilité des accidents secondaires. — Plusieurs questions importantes se présentent ici. Nous avons déjà indiqué dans plusieurs des chapitres précédents les faits nouveaux sur lesquels repose la doctrine contemporaine de l’inoculabilité des accidents secondaires. Nous exposons ici la série des expériences relatives à l’inoculation artificielle ou accidentelle du virus syphilitique à ses différentes périodes. Si l’on considère la question au point de vue historique, on voit qu’au début des études sur la syphilis les premiers observateurs étaient imbus de singuliers préjugés, et croyaient la transmissibilité de la vérole par l’air, le souffle, la sueur. On croyait la syphilis contagieuse «à toutes ses périodes; la doctrine de l’inoculation par le chancre seul est moderne. Saxonia, le premier (1797), limiter après lui, puis Uicord, ont tellement démontré la non-inoculabilité des accidents secondaires et la nécessité du chancre pour fournir la matière inoculable, que le fait de l’iuoculabilité des accidents secondaires est encore ignoré ou nié par la plupart des classiques contemporains. Rollet, cependant, a prouvé ce fait de façon à ne plus laisser subsister les doutes.
Wallace, le premier, lit des inoculations syphilitiques dans des conditions irréprochables. Les expériences de Humer et de Bell étaient en partie entachées d’erreurs. C’est en 1835 que Wallace (de Dublin) institua ses expériences. Il opérait par la méthode de l’incision ou de la ponction, ou de la dénudation de la peau. Depuis Wallace, un certain nombre d’expérimentateurs ont suivi la même voie en profilant des perfectionnements de la science moderne. Rollel a fait le relevé suivant des cas d’inoculation conuus.
Inoculation du chancre syphilitique primitif. — Onze fois celle inoculation a été pratiquée. Ces observations sont dues à Cullerier (1), à Rinecker (2), à Bœrensprung (3), à Lindwurm (U), à Gibert (5), à Rollet et à quelques uns de ses élèves (6), à l’auteur connu sous le nom de /’ anonyme du Paint inat (7), à Pellizzari, à Waller (de Prague). Dans ces cas on voit l’inoculation pratiquée avec toutes les précautions désirables, c’est-à-dire que le pus est recueilli sur un vrai chancre infectant et transmis par incision de la peau à un sujet non infecté précédemment. On a fait cette remarque que le début des chancres développés par inoculation pouvait donner lieu à quelques doutes à cause de l’apparence particulière qu’offre cet accident primitif tout à fait à son début, c’est-à-dire à une période que l’on n'observe pas d’habitude dans la pratique, parce que les malades ne se présentent au médecin que lorsque le chancre est déjà complètement formé. Selon l’expression de Rollel, la clinique avec ses chancres tout formés, et l’inoculation avec son inc-u-
(1) Rollet, Traité des maladies vénériennes, Paris, 1865.
(2) Rinecker, Archives gémir, de méd., mai 1858.
(3) Bœrensprung, Gazette hebdomadaire, 1862.
(h) Limlwurm, Ueber die Vcrschiedenheit der syphilischen krankheiteu .
(5) Gibert, Traité des maladies de la peau et de la syphilis, t. II, p- 483.
(6) Rollet, Bulletin de la Société médicale de Lyon, 1 864 .
(7) Lasègue, De la contagion de la syphilis secondaire {Archives générales de médecine, 1858, t. I, ou 5e série, t. XI, p. 603).