‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 164 sur 369 · INOCULATION DK LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

INOCULATION DK LA SYPHILIS

bation ei ses chancres naissants, ne nous fournissent pas des spécimens toujours comparables entre eux, et il faut tenir compte dans une même lésion, des états variés sous lesquels elle se présente successivement. Ainsi différents observateurs ont traduit, chacun à sa façon, l’apparence de l’accident initial au début, les uns ont parlé de papules, les autres de squames, de croûtes, d’excroissances tuberculeuses, en somme tout aboutissait au bout de peu de temps en chancre vrai. On voit dans ces observations non-seulement le chancre se développer, mais à sa suite la syphilis constitutionnelle avec toutes ses manifestations, syphilides, plaques muqueuses, syphilis des os, etc.

L’inoculation des accidents secondaires (plaques muqueuses) donne les mêmes résultats.

De semblables expériences dangereuses et répulsives ne seront sans doute plus répétées, et il faut tenir note de celles qui ont été faites. La communication lue à la Société médicale du Palatinat, en '1856, par son secrétaire, sur 14 expériences de cette nature instituées par un médecin qui ne voulut point être nommé, mais qui put faire la preuve des faits avancés, mérite surtout d’être rapportée (1). Quatorze individus, huit hommes et six femmes, acceptèrent l’expérimentation qui fut pratiquée dans des conditions bien définies et qui donna les résultats suivants :

1° Ces expériences furent faites sur des individus soumis pendant plus de trois ans à l’observation et qui n’avaient, autant qu’on put s’en assurer, jamais eu de syphilis, leur peau et la membrane muqueuse de la gorge étaient saines.

2° La matière inoculable fut prise dans les conditions suivantes : II..., fille de vingt-deux ans, détenue depuis huit semaines dans une prison, portant, au moment de l’examen, des taches d’un rouge cuivré sur tout le corps : gonflement des deux amygdales; sur l’amygdale gauche, ulcération de la grandeur d’un centime; forte injection de la muqueuse pharyngienne, gonflement des ganglions du cou derrière l’oreille gauche, entre les os et le pavillon de l’oreille, rhagades profondes à bords durs et lardacés, fournissant un pus grisâtre, surdité de date récente; le bord antérieur et la face interne des grandes lèvres couverts de plaques muqueuses; blennorrhagie. Après que le pus blennorrhagique est soigneusement abstergé, on ne découvre nulle part d’ulcération.

Le premier individu est inoculé avec le pus des tubercules plats ; comme on aurait pu objecter qu’une ulcération primitive inaperçue avait pu se mêler à la sécrétion, les inoculations ultérieures eurent lieu avec le y us des rhagades situées derrière l’oreille. La malade elle-même fut inoculée avec la sécrétion des plaques muqueuses, sans succès.

3° Les inoculations furent faites, à la lancette, sur le bras; on ne pratiqua jamais moins de trois ni plus de dix piqûres sur le même individu. (Trois inoculations furent faites avec le pus du premier inoculé ; sur les quatorze cas il y eut quatre insuccès.)

4° Quand l’inoculation réussit, la marche fut presque identique dans tous les cas. Dans les trois ou quatre premiers jours, les piqûres s’enflammèrent légèrement, formant comme de petites pustules (pii disparaissaient rapidement. Il s’écou-

(1) Lasègue, De la contagion île la syphilis secondaire {Archive* d>‘ médecine, 1858, t. 1, ou 5' série, t. XI, p. 595).

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

lait un certain temps pendant lequel on ne constatait aucun phénomène particulier aux points inoculés , jusqu’à ce qu’il survînt une nouvelle réaction ; les piqûres s’enflammaient alors, formaient des taches d’un rouge foncé, bien limitées, s’élevant en quelques jours au-dessus du niveau de la peau, augmentant de consistance, et se desquamant, en général, à leur sommet.

Les tubercules ainsi formés suppuraient et se couvraient d’une croûte sous laquelle le pus s’amassait; chez un malade, les tubercules ne suppurèrent pas et rétrogradèrent; ce malade n’a pas présenté d’accidents secondaires. Pendant que les tubercules s’ulcéraient, il survenait, après un espace de temps plus ou moins long, le plus souvent avec fièvre et malaise général, des taches à la peau ; lorsqu’on abandonnait la maladie à elle-même, ces taches duraient des semaines, pour passer ensuite à l’état de psoriasis ou de tubercules cutanés. L’angine survenait ensuite en général.

Les symptômes locaux persistaient toujours au moment où les phénomènes généraux se déclaraient.

Dans les cas où les piqûres s’enflammaient tout de suite et suppuraient, il n’v eut de manifestation spécifique ni générale, ni locale.

Tous les inoculés furent inoculés de nouveau avec le pus de leurs ulcérations, avant l’apparition des accidents généraux, mais sans succès, sans réaction spéciale au point inoculé.

Le premier stade d’incubation ne fut jamais moindre de quinze ou de plus de quarante-deux jours ; le second varia entre vingt-six et cent sept jours.

Des neuf inoculés avec le sang, trois le furent avec succès, et ceux-là seulement chez lesquels une large surface d’absorption avait été frictionnée.

La syphilis constitutionnelle chez ces malades guérit à la suite d’un traitement où l’iodure de potassium tenait la première place. Dans un petit nombre de cas rebelles on eut recours au sublimé.

Nous avons cru devoir rapporter le récit qui précède, d’après les Archives de médecine , afin que le lecteur vît combien ces expériences sont nettes et dignes de foi.

L’inoculation du sang de malade atteint de syphilis a été faite plusieurs fois; on en peut citer sept cas authentiques, dont un est dû au professeur Pellizzari, de Florence (1). Plusieurs jeunes médecins se soumirent à cette expérience faite publiquement et dans un but scientifique. L'observation de l’un d’eux, le docteur Bargioni, est tout à fait probante* l’inoculation fut faite avec le sang d’une femme ayant des plaques muqueuses et une roséole.

Le sang avait été pris dans la veine céphalique, et appliqué au patient à l’aide d’une bande , sur une large surface de la peau du bras dénudée. Du chancre se montra dans les limites ordinaires (un mois) et deux mois après survint une roséole. Déjà Waller (de Prague) dont le nom ne doit point être omis dans l’historique de l’inoculation, avait inoculé plusieurs fois, en 1850, le sang de syphilitiques, et produit la syphilis sur le sujet ainsi inoculé. Gibert (2) a rapporté (1859) une observation semblable. Wallace avait inoculé également le pus provenant de plaques muqueuses,

(1) l’ellizzari. Gazette médicale clc Lyon, 1864, et De la syphilis vaccinale, communications à l’Académie de médecine. Paris, 1865, p. 363.

(2) Gibert. Bulletin de l' Acad, de ?ncd. Paris, 1858-1859, t. XXIV, p. 883.

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