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INOCULATION DE LA SYPHILIS

et l’inoculation avait donné lieu au chancre induré et ensuite aux accidents secondaires de la syphilis. Guyenot, de Lyon (1), a relaté une observation semblable recueillie à l’hospice de l’Antiquaille.

Dans tous ces cas on voit que le virus syphilitique emprunté à des accidents secondaires s’est comporté exactement comme le virus emprunté soit au chancre, soit au sang; le chancre s’est produit avec les mêmes apparences initiales, s’est développé dans le même temps et a présenté les caractères propres au chancre induré syphilitique.

Les syphilides pustuleuses ont été inoculées également. On doit quatre observations de ce genre à Wallace, à Vidal et à Rinecker. Dans l’observation de Vidal, ce fut un ecthyma qui servit à l’inoculation; Rinecker puisa la matière inoculable dans une pustule de syphilide chez un enfant atteint de syphilis congénitale. Dans ces cas, on vit se développer, comme dans les précédentes observations, un chancre induré et des éruptions secondaires.

C’est ainsi que la démonstration expérimentale est venue donner l’explication des faits nombreux de syphilis secondaire transmise qui se rencontrent dans la pratique. Pendant longtemps on s’est refusé à l’évidence. On voyait de jeunes femmes contracter la syphilis dans un commerce légitime avec leur mari qui ne présentait que des accidents syphilitiques d’une période plus ou moins avancée, et ces faits donnaient lieu iules interprétations erronées et malveillantes. On niait la transmission de la syphilis des enfants nouveau-nés aux nourrices, faits si évidents pour des esprits non prévenus, que les tribunaux les acceptaient alors que les médecins en doutaient encore. Comment s’opère cette contagion? Le plus souvent par le simple contact. Ici, du reste, la contagion a lieu exactement comme dans le cas de chancre; seulement elle est plus dangereuse, en ce sens qu’on se méfie moins de ces accidents, qui souvent ne sont pas apparents, et que les personnes qui en sont atteintes ignorent elles-mêmes que ces accidents soient contagieux. Ainsi, souvent des caresses impures, des baisers, l’usage d’un objet contaminé, amènent l’inoculation de la syphilis.

On lira avec profit les travaux de Rollet (2), d’Alfred Fournier (3), de Robert Lee (A), les excellents mémoires de Viennois (5), de Tardieu (6). Nous décrivons plus loin la syphilis des enfants nouveau-nés et la transmission de cette maladie du nourrisson à la nourrice. Nous plaçons ici un court aperçu sur deux causes d’inoculation syphilitique accidentelle qui relèvent de l’hygiène publique.

Syphilis contractée par les ouvriers verriers dans V exercice de leur profession. — Ce mode d’inoculation accidentelle a été signalé pour la première fois par Rollet (6) en 1859. Viennois (7) a réuni tous les cas connus de ce genre d’inocula-

(1) Guyenot, Gazette hebdomadaire, 15 avril 1859.

(2) Rollet, Archives générales de médecine , février 1859.

(3) Alfred Fournier, Contagion syphilitique. Paris, 18G0, thèse.

(û) Robert Lee, Sur la syphilis. De l’ inoculation syphilitique, traduit de l’anglais par le docteur Edmond Baudot. Paris, 1863.

(5) Viennois, De la transmission de la syphilis par la vaccination ( Arch . gén. de médecine, juin 1860, et De la syphilis vaccinale, communications à l’Académie de médecine. Paris, 1865, p. 220).

(6) Tardieu, Etude médico-légale sur les maladies provoquées ou communiquées ( Annales d’hygiène et de méd. lég., 186/1, 2e série, t. XXI, p. 104).

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

lion. C’est à ce travail que nous empruntons ce qui suit : Les ouvriers verriers qui travaillent à la fabrication des bouteilles sont réunis trois à trois et soufflent alternativement avec force dans un tube de fer qu’ils font tourner vivement dans leur bouche. Si l’un d’eux est affecté de chancre ou d’accidents secondaires dans la bouche, il peut, par l’intermédiaire de ce tube, transmettre la syphilis à d’autres ouvriers. L’homme ainsi infecté sans le savoir, peut communiquer la maladie dans sa famille : 1° par les contacts directs de bouche à bouche; 2° par l’usage d’uslensilesde ménage communs, verre, cuiller, etc.; 3° par le coït.

En 1863, une sorte d’épidémie s’est produite à L..., dans le Poitou. Plusieurs ouvriers ont été infectés à peu d’intervalle par le meme individu. Le docteur Chassagny a proposé, pour remédier à ce danger, une embouchure mobile dont chaque ouvrier serait muni et qui ne servirait qu’à lui seul.

Syphilis transmise par les médecins auristes qui pratiquent le cathétérisme de la trompe d'Eustache. — Nous possédons quinze cas au moins de syphilis transmise par l’imprudence d’un médecin aoriste qui pratiquait le cathétérisme de la trompe d’Eustache sur une vaste échelle. Ces faits ont été cités à la Société médicale des hôpitaux de Paris. Lailler, Follin, Gubler, Trousseau, Bucquoy cl nous-même en avons recueilli des exemples. Le doute n'était pas possible : il s’agissait de personnes d’un âge et d’une condition respectables, ou de jeunes sujets chez lesquels aucune autre contagion n’avait pu avoir lieu ; d’ailleurs le siège même des accidents initiaux dénonçait le mode d’infection.

C’est dans l’arrière-gorge ou au pharynx, au niveau des trompes d’Eustache, que se développe le chancre; l’induration ganglionnaire a lieu à la région cervicale latéralement. Le temps écoulé depuis l’opération jusqu’à l 'apparition du chancre est précisément celui de l’incubation habituelle après l’ inoculation. Chez la plupart de ces malades, on n’a reconnu la véritable nature de la maladie qu’au moment de l’apparition des accidents secondaires à la peau. On peut expliquer l’inoculation de la façon suivante : le spécialiste qui opère sur un grand nombre d’individus successivement et à la hâte en se servant d’une sonde qu’il fait pénétrer alternativement dans la gorge de tous ceux qui se présentent, s’expose à rencontrer quelques sujets syphilitiques. Le fait est d’autant plus vraisemblable que la syphilis produit la surdité. Si l’instrument n’est pas suffisamment lavé, il peut retenir un peu de la matière infectante développée sur des produits syphilitiques du lond de la gorge, lesquels échappent à la vue, et la sonde, qui devait être un instrument de guérison, se change en un instrument de maladie. Souvent ce cathétérisme, soit qu’il présente des difficultés, soit qu’on le pratique avec une certaine vivacité, produit une légère hémorrhagie, et ces déchirures favorisent l’inoculation. Quoi qu il en soit, le fait est certain, démontré, et il faut que les médecins se mettent en garde contre ce mode encore peu connu et vraiment singulier de transmission de la syphilis.

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