‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 166 sur 369 · SYPHILIS TRANSMISE PAR LA VACCINATION · texte numérisé non relu

SYPHILIS TRANSMISE PAR LA VACCINATION

Nous avons déjà indiqué ce mode de transmission de la syphilis à l’article Vaccine.

Ce fait a été mis eu doute; il est accepté aujourd’hui. Pratiquement, il était évident ; théoriquement, il gênait la doctrine de la non-inoculabilité des accidents secondaires. Ainsi les doctrines erronées qui ont un représentant illustre retardent les progrès de la science.

On trouvera cette question exposée méthodiquement et avec des recherches historiques fort intéressantes dans le mémoire de Viennois (1). — D’après cet auteur, la transmission de la syphilis par la vaccination a été observée dès le commencement de ce siècle, c’est-à-dire dès l’invention même de la vaccination.

Moseley, en 1800, publiait une série de cas malheureux produits par la vaccination, parmi lesquels la tjale vaccinale , qu’il traitait avec succès par les mercuriaux.

Monteggia, en 1814 (cité par Viennois), dénonçait la syphilis vaccinale; Marcolini faisait les mêmes observations, à Milan, en 1823. Cerioli de Crémone, en 1821 et en 18/il, dénonçait ces faits, qui semblent s’être multipliés à cette époque. En 1831, Bidart, à Pas (Pas-de-Calais), publia un article (2) qui a pour objet de réfuter la croyance à la syphilis vaccinale. Cette question était résolue également par la négative par la Société de médecine de Paris en 1 839.

En 18/»2, Sigmund entreprenait une série d’expériences sur le mélange du virus syphilitique avec différents liquides, et arrivait à ce résultat, que le virus syphilitique détruit les propriétés du virus vaccin. Ceccaldi, en 1845, observait la contagion sur plusieurs enfants vaccinés. Viani (3), en 1849, publia une observation de ce genre. En 1850 (faits cités par Viennois), 'Wegeler (4) rapportait les fails suivants : dix familles se firent revacciner, et, à la suite de cette vaccination, 19 individus sur 24 furent atteints de syphilis. Un vétérinaire, auteur de ces vaccinations, fut condamné à la prison. Parmi les faits de ce genre, un des plus intéressants est celui qui a donné lieu au procès du docteur Hübener (5), dont Broca a rendu compte à la Société de chirurgie (fi). 13 enfants sont vaccinés avec du vaccin pris sur un sujet syphilitique ; plusieurs sont, à la suite, atteints de syphilis.

Viennois rapporte encore que la statistique dressée par le (10010111’ James (de Manchester) donne, sur 258/; enfants, 63 syphilitiques, parmi lesquels 3/i avaient contracté la syphilis par le vaccin (1859).

La même année, parut un mémoire de M. .). Lecoq (de Cherbourg), sur 2 cas de syphilis transmise par le vaccin. Les recueils allemands contiennent un grand nombre de dissertations publiées à l’occasion du procès Hübener. En 1860, Roïlel

(1) Viennois, De la syphilis transmise par la vaccination (Archives de médecine , juin 1860, et De la syphilis vaccinale, communications à l’Académie. Paris, 1865, in-8.

(2) Bidart, Essai sur la non-contagion de la syphilis par l’inoculation vaccinale (Journal de médecine pratique, 1831, n° 287, p. 85).

(3) Viani, Guzetta medica lombarda, 1 8 4 9 .

(4) Wegeler, Berliner mediziniche Zeitung, 30 avril 1850.

(5) Hübener, Propagation de la syphilis par la vaccination (Gazette hebdomadaire 1855 p. 176 et 571, et Annales d’hygiène , 1864, 2e série, t. XXI).

(6) Rapport sur une brochure allemande de M. Pauli, Bulletin de lu Société de chirurgie séance du 25 juillet 1855, Paris, 1.856, t. VI, p. 76.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

et Viennois oui publié de nouveaux faits sur cette importante question. Un fait semblable a été observé récemment par Ilérard; ces faits se multiplient, on lira avec profit l’excellent rapport que Depaul a lu sur cette question à l’Académie de médecine en 1 866 (1), nous empruntons au mémoire de Viennois les conclusions suivantes, qui résument l’ensemble de nos connaissances sur ce sujet :

1° La syphilis a été observée un grand nombre de fois à la suite de l’opération vaccinale.

2° Lorsqu’on vaccine un sujet syphilitique n’ayant la maladie qu’à l’état latent, des accidents syphilitiques peuvent éclater sous l’influence de la vaccine : ces accidents, observés un certain nombre de fois, consistent en éruptions constitutionnelles papuleuses, vésiculeuses, pustuleuses, etc., ce n’est jamais un chancre primitif développé au lieu de la piqûre vaccinale.

3° Lorsqu’on recueille du vaccin sur un sujet syphilitique, et qu’on inocule à un sujet sain ce meme vaccin pur et sans mélange de sang, on n’obtient pour résultat que la pustule vaccinale, sans aucune complication syphilitique prochaine ou éloignée.

U" Au contraire si, avec le vaccin d’un syphilitique porteur ou non d’accidents constitutionnels, on vaccine un sujet sain, et que la pointe de la lancette ait été chargée d’un peu de sang en même temps que du liquide vaccinal, on peut transmettre par la même piqûre les deux maladies, la vaccine avec l’humeur vaccinale, et la syphilis avec le sang syphilitique.

5° Dans ces cas dont il existe de nombreux exemples, la vaccine se développe la première, parce qu’elle a une incubation moins longue et une évolution plus rapide que la syphilis ; cette dernière apparaît ensuite et se manifeste tout d'abord par une lésion caractéristique au point inoculé.

G0 La lésion initiale par laquelle se manifeste alors la syphilis succède à la pustule vaccinale et se présente sous la forme d’une ulcération indurée, avec adénite multiple, en un mot, avec tous les caractères du chancre syphilitique.

7° Après ce chancre primitif développé au point inoculé et dans les délais ordinaires, la syphilis secondaire éclate et se déroule normalement sans différer des cas de syphilis transmise par une autre voie.

8° Lorsque le mélange des virus, au lieu de se faire accidentellement, est opéré volontairement, le résultat est le même, en ce sens qu’un virus ne détruit pas l’autre, et que choque virus accomplit son évolution distincte.

L’humeur vaccinale n’est donc, pour le virus syphilitique contenu dans le sang, qu’un simple véhicule qui le divise et l’étend, ainsi que le ferait une goutte d’eau, sans en modifier en rien les propriétés ni les effets.

10° Il importe donc infiniment de ne jamais emprunter de vaccin à un individu suspect, et s’il s’agit d’un nouveau-né, de ne pas lui emprunter le vaccin avant l’âge où la syphilis héréditaire a l’habitude de se manifester par des signes apparents.

11° Si des circonstances spéciales rendaient cet emprunt nécessaire, il faudrait avoir le plus grand soin de ne recueillir que du vaccin pur, sans aucun mélange de sang ou d’autre humeur syphilitique.

(1) Depaul, Bulletin de f Académie de médecine. Paris, 1864-1865, t. XXX, p. 135, et De la syphilis vaccinale , communications à l’Académie de médecine. Paris, 1865.

12° En aucun cas on ne doit vacciner des sujets sains avec du vaccin recueilli sur un sujet syphilitique ; car, malgré toutes les précautions et fût-on sûr de la pureté du liquide vaccinal, il sera toujours préférable d’en employer un autre.

13° Ces précautions sont d’autant plus importantes, qu’avec un seul sujet syphilitique on peut vacciner une foule de personnes à la fois et leur transmettre à toutes ou presque toutes la syphilis.

14° Il suffit d’indiquer ces précautions pour éviter de nouveaux malheurs, et enlever tout prétexte aux adversaires de la vaccine ; car, dans ces cas, la syphilis n’est pas le fait de la vaccine, mais du vaccinateur.

Nous ajouterons que de nouveaux laits observés en Italie et que nous axons relatés il l’article Vaccine, ont démontré les dangers sérieux que la vaccination mal entendue peut faire courir à la santé publique, et que la discussion soutenue en 1864 à l’Académie de médecine a jeté le jour le plus vif sur cette question. Le vrai remède est la vaccination par le cowpox recueilli directement sur le pis de la vache. La reproduction faite artificiellement du vaccin sur les génisses et l’entretien en permanence de génisses vaccinifères est le vrai remède au mal. Le docteur Lanoix a entrepris cette œuvre méritoire, et tout fait espérer que ses efforts seront couronnés de succès et trouveront de nombreux imitateurs.

Ici, comme pour la contagion des accidents secondaires et pour l’inoculation de la syphilis par le vaccin, il y a eu une interruption entre les observateurs des trois derniers siècles et les travaux contemporains. Pendant une période qui va de 1800 à 1840 environ, on ne s’est plus occupé de ces faits, ou plutôt on en a nié l’existence, parce qu’ils ne s’accordaient pas avec les théories régnantes.

Jacques Cataneo, Génois du xvi° siècle, qui a vu la fin de la première épidémie de vérole, s’exprime ainsi : « Vidimus plures inf antulos la étant es (ali morbo infectas plures nulrices infecisse. » Bertin affirmait la contagion de la nourrice au nourrisson, et réciproquement : « Ce mode de transmission est si généralement reconnu, dit-il, si unanimement adopté, qu’il semblerait superflu de le discuter, si nous ne trouvions ici, sous nos pas, les opinions de limiter. » En effet. limiter n’admettait la transmission de la syphilis que par le virus chancreux.

Après Bertin, Lagneau, son élève, a professé les mêmes idées. Alphée Ca/.enave et Gibert ont soutenu les mêmes opinions. Ce dernier auteur s’exprime ainsi :

« J’avoue que, dans beaucoup de cas de nourrisson infecté par sa nourrice et vice versa. , il m’a paru bien difficile de se refuser 'a admettre la possibilité de contagion des phénomènes consécutifs, tubercules plats ou ulcères secondaires, dans des rapprochements intimes et répétés, encore que la règle générale paraisse être que les phénomènes consécutifs de la syphilis soient peu ou point susceptibles de se transmettre par contagion. »

Déjà, en 1802, B. Bell, dont les travaux occupent une place si honorable dans l’histoire des maladies vénériennes, avait rapporté plusieurs observations de syphilis congénitale transmise par la nourrice à son nourrisson. Bell ne parlait pas d’après une tradition aveugle; il parlait d’après sa propre expérience, et il avait donné assez Valleix, 5® édit. I 31

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de preuves de sa sagacité et de sa valeur scientifique pour que ses paroles dussent être prises en grande considération. Dans l’une de ses observations on lit ce qui suit :

«' Je fus appelé à examiner un enfant de huit jours qui présentait une éruption d’apparence vénérienne. Déjà les parents avaient eu un enfant qui avait présenté, en naissant, une semblable éruption, et qui était mort. I.e père reconnaissait avoir eu la vérole six mois avant son mariage. » Bell administra le mercure à l’enfant et aux parents. L’enfant guérit; le père et la mère eurent, depuis, plusieurs enfants sains.

Pour prouver la nature syphilitique de l'affection, Bell ajoute ceci : «L’enfant dont il s’agit eut deux nourrices qui furent infectées: l’une eut des ulcérations aux mamelons et communiqua la syphilis à son enfant, lequel en mourut ; la seconde nourrice eut également des ulcères au mamelon, et dans la gorge, un chancre vénérien qui nécessita l’emploi du mercure. <>

Cette observation est nette et ressemble à toutes celles qui ont été recueillies à notre époque. Les faits de celte nature ne faisaient point défaut, et l’esprit de prévention seul pouvait obscurcir le jugement des médecins au point de leur en faire méconnaître le véritable caractère. C’est ainsi que l’un de nos maîtres les plus autorisés, Cullerier, en 18 :U, se refusait à reconnaître l’inoculation des accidents secondaires; après avoir établi comme loi que le chancre seul peut transmettre la vérole, il ajoutait : « Cette loi, dont chaque jour on reconnaît la justesse et la portée, » lorsqu’on suit pas à pas l’évolution de la vérole au lit du malade et par la voie de '> l’expérimentation, celte loi, incontestable pour la syphilis des adultes, est-elle ,> également applicable à celle des enfants, soit qu’ils reçoivent la maladie des i) femmes qui les allaitent, soit qu’ils la leur communiquent? Tel est le problème à » résoudre. » Et il terminait ainsi son- mémoire: <• D’après les observations que •> j’ai rapportées dans toute leur étendue, d’après l’analyse ou l’examen critique » de plusieurs autres, et tout en tenant un grand compte de ce qu’il peut y avoir » de grave à froisser des croyances généralement admises, ne suis-je pas en droit » de conclure en disant : la loi de contagion de la syphilis que j’ai indiquée au » commencement de ce travail, est la même chez les enfants à la mamelle que chez » les adultes. »

Ricord professait la même opinion : admettre la transmission de la vérole, des enfants aux nourrices, c’eût été admettre la contagion des accidents secondaires, fait contraire à la doctrine reçue. Aussi vit-on les médecins imbus de cette erreur doctrinale rechercher les faits rares et exceptionnels et imaginer des explications très-compliquées cl trop ingénieuses, là où il suffisait de regarder et de se laisser aller h l’évidence. Par exemple, c’était une nourrice qui, ayant un chancre a la vulve, se l’inoculait au mamelon et infectait son nourrisson, ou bien, d après Diday, le symptôme constitutionnel, siégeant au mamelon de la nourrice, s’y était déclare dans presque tous les cas par l’effet du contact du sein avec la bouche d’un autre enfant héréditairement atteint.

Cette contradiction entre des faits devenus évidents pour tout le monde et une doctrine éphémère devait bientôt cesser. Les travaux de Wallace, de Waller (de Prague), de Rinecker, de Rollet, Sigmund, Spcrino, Guyenot, Gibert, Rollet, les faits rapportés par Castelnau, Bardinet, Bouchut, Gazenave, Putégnat, Dron,

Doyon, Viennois, Tardieu, l’édat de certains procès dans lesquels les magistrats avaient paru plus éclairés que les médecins , enfin un débat public devant 1 Académie de médecine, mirent fin à une situation qui s’était trop prolongée.

Notre savant maître A. Tardieu (1) rapporte vingt-sept observations contemporaines de transmission de la vérole du nourrisson à sa nourrice. Plusieurs de ces faits ont donné lieu à des enquêtes judiciaires. Nous ne saurions citer ici les noms de tous les auteurs qui ont publié des observations de cette nature. Bouciiut (2) en rapporte sept exemples dont deux observés par lui-même, un par Bouchacourt, un par Rayer et trois par le docteur John Égon; Caradec (3) et Petrini (’/i), le docteur Lodwet (5) ont fourni plusieurs faits de ce genre.

Dans la Clinique de Trousseau se trouve un chapitre spécial consacré à cette question. Nous transcrivons ici, en partie, une observation de Melchior Robert, laquelle fournit un exemple frappant de cette sorte d’infection de nourrisson à nourrice.

Vers la fin de 1857, je fus appelé en consultation auprès de RI. X..., atteint de syphilis constitutionnelle depuis plusieurs mois. RI. X..., en apparence guéri, était marié ; mais, deux mois après son entrée en ménage, il eut sur la langue une éruption confluente de plaques muqueuses; sa femme n’était pas-encore enceinte. Traitement par le proloioduve. Deux mois après cette entrevue, le médecin ordinaire fut appelé auprès de madame X..., qu’il trouva en proie ù une syphilis constitutionnelle caractérisée surtout par de nombreuses plaques muqueuses h la vulve; cette dame n’était pas encore enceinte.

» Au mois de mars 1 S 5 3 , les premiers signes de la grossesse se manifestèrent, et, à la faveur d’un traitement bien suivi, madame X... accoucha à terme. L’enfant eut, peu de jours après la naissance, de nombreuses manifestations syphilitiques secondaires, telles que plaques rouges sur différentes parties du corps, macération de l’épiderme aux mains, coryza. Dans cet étal, il fut remis h une jeune femme de mon pays, d’un embonpoint et d’une fraîcheur remarquables, femme mariée, ayant un mari très-sain et deux beaux enfants. Connaissant l’état du nourrisson, le médecin de la famille fit prendre à cette femme un sirop dépuratif destiné à prévenir l’infection chez elle et à guérir le petit malade. Cependant cet enfant eut de nombreux symptômes de vérole, malgré la médication. Quelques mois après le début de l’allaitement, au commencement de 1859, la nourrice commença à perdre l’appétit, se plaignit de lassitude générale, de maux de tète, d’insomnie et d’une espèce de torticolis très -douloureux. Ces symptômes l’engagèrent à venir me consulter. L’enfant, que je voyais alors pour la première fois, avait les mains gercées

(1) A. Tardieu, Etudes sur les maladies provoquées ou communiquées , comprenant t'hisl-iirc médico-légale de lu syphilis et de ses divers modes de transmission , extrait des Annales d'hygiène publique et de médecine légale , 1801, 2° série, t. W, et 1864, 2e série, t. XXI.

i,2) Pouchut, Mémoire sur la transmission de la syphilis des nouveau-nés aux nourrices (Gazette médicale Au 20 avril 1850, p. 296), et Traité des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1862, in-8, p. 1004.

(o) Caradec, Remarques sur le cas de contagion de la syphilis congénitale de !' enfant à h- nourrice (Bulletin de thérapeutique, t. XLI, p. 505).

(4) Petrini, Transmission de la syphilis congénitale des nourrissons aux nourrices (il Haecoglitur medico, et Gazette des hôpitaux . 1852, p. 18).

5) Medical Gazette, 1842.

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»'t squameuses, oi portait des croûtes à la tête, des boutons, des pustules sur le dos <n. le ventre, etc. J’engageai cette nourrice à se présenter chez le médecin de la famille et a revenir dans quelque temps. Les deux seins étaient alors exempts de toute trace de contagion.

Peu de jours après, elle revint chez moi ; son enfant était dans le même état, mais elle était plus fatiguée, son embonpoint et sa fraîcheur avaient disparu pour faire, place à une teinte jaune qui annonçait une souffrance profonde. En examinant les seins, je vis, au dedans du mamelon dçoit, une tache rouge un peu ovale ayant trois lignes dans son plus grand diamètre. Aucun autre symptôme objectif. Je conseillai à cette nourrice de rendre immédiatement l’enfant et de se soigner chez elle, ce qu’elle fit volontiers. Je lui laissai néanmoins ignorer la nature de la maladie à laquelle elle était en proie.

» Elle vint me voir très-régulièrement tous les trois ou quatre jours, et suivit ponctuellement un traitement analeptique et tonique que je lui avais prescrit pour la préparer h la médication spécifique.

» Malgré les soins qu’elle prit de sa santé, les phénomènes généraux signalés s’aggravèrent, la tache du mamelon droit s’éleva en saillie papuleuse, se recouvrit d’une squame mince, qui de jour en jour s’épaissit et prit l’aspect croûteux. Le bouton s’élargit considérablement et devint dur. En faisant sauter la squame croûtcuse, je mis à nu une ulcération superficielle; j’avais affaire à un chancre induré, au pseudo-chancre de M. Auzias Turenne; je constatai en même temps un engorgement très-prononcé des glandes axillaires, notamment de celles qui sont sous le bord du grand pectoral.

» Peu de temps après apparut une roséole générale très-confluente, les ganglions postcervicaux se prirent. Traitement hydrargyrique.

» Peu de jours après son retour dans son ménage, elle devint enceinte. Tout le temps de sa grossesse, dans le courant de 1859, elle fit un traitement assez rigoureux, sans pouvoir échapper aux accidents syphilitiques les plus incommodes, alopécie, impétigo du cuir chevelu, ulcérations gutturales, céphalalgie très-intense et très-tenace, etc. Seulement, effrayé de la voir dépérir, son mari l'envoya dans les Alpes, auprès de ses parents, où, grâce aux petits soins, le traitement aidant, elle put mener sa grossesse à bonne fin ; elle accoucha, dans les premiers jours de janvier 1860, d’un enfant assez bien constitué, qui fut remis, le 13 janvier, à la nommée A..., femme mariée très-robuste, mère de cinq enfants très-bien portants. Ne pouvant moi-même continuer l’observation, je priai mon ami le docteur Chaudony de me tenir au courant de ce qui se passerait chez le nourrisson et chez la nourrice.

» Voici les renseignements qu’il recueillit : 21 mars 1860. — J’ai, d’après vos désirs, visité la femme A... et son nourrisson; ils sont l’un et l’autre atteints de symptômes syphilitiques. Le petit garçon a un ozène très-caractérisé avec écoulement de pus et de sang; les croûtes qui se forment «à l’entrée de chaque narine sont un obstacle à la respiration. Deux ou trois taches cuivrées sur la joue droite, les mêmes syphilides s’étaient produites sur un avant-bras, mais elles ont disparu. La femme A... a reçu cet enfant le 13 janvier 1860. Elle a éprouvé de l’inappétence h la fin du mois de février, et en même temps de petites pustules très-prurigineuses mit apparu à chaque sein. Le 20 mars, premier jour do ma visite, ces pustules

s’étaient transformées en ulcérations à bords violacés, de la grandeur et de la iorme d’une lentille, ayant leur siège à l’auréole de chaque sein. Il est bien constaté que l’ulcération a succédé à la pustule.

» Les pustules et l’anorexie ont été les premiers phénomènes de l’infection. Je vous ai dit également que ces ulcérations avaient un aspect cuivré ou violacé caractéristique. La base était dure, aujourd’hui même on trouve à leur place des tubercules assez proéminents et très-durs. J’ai pu en constater deux à chaque sein.

» Les ganglions axillaires ont été engorgés, la nourrice a plutôt attribué cet engorgement à la cessation de l’allaitement qu’à la maladie du sein. Cet engorgement a disparu aujourd’hui.

» La malade n’a pas de glandes derrière le cou, elle m’a dit avoir, sur chaque cuisse, au dos et au ventre, quelques boutons rouges, qui ensuite ont suppuré. Le mari et les enfants sont bien portants.

» J’ajouterai qu’à partir du 20 mars, la nourrice a été mise en traitement par mon confrère, et que la peur de devenir plus malade lui a fait retirer le sein au nourrisson. Cet enfant, nourri au biberon, a rapidement dépéri et est mort plutôt de privations que de sa maladie; telle est du moins l’opinion de M. le docteur Chaudony. En résumé : accidents secondaires transmis par M. X ... à sa femme avant la grossesse, grossesse dans des conditions d’infection, accouchement à terme d’un enfant syphilitique ayant présenté des symptômes très-variés et notamment à la bouche ; allaitement par une femme bien portante, développement sur le mamelon droit de cette femme, d’une papule, bientôt transformée en papule squameuse, en papule ulcérée, et finalement en chancre induré suivi de toutes ses conséquences en dépit du traitement ; abandon du nourrisson. Grossesse chez la nourrice, pas d’infection chez son mari, accouchement à terme d’un enfant atteint d’ozène et d’ulcérations labiales, allaitement par une femme ayant une bonne santé, développement aux deux seins de cette femme de pustules qui s’ulcèrent, ie transforment en chancre induré, puis laissent en leur lieu et place, après la guérison, des tubercules cutanés; abandon de l’enfant, mort de celui-ci. »

L’observation qui précède suffit à donner une idée du mode habituel de transmission de la syphilis infantile et des suites fâcheuses qui en résultent. Cette infection peut s’étendre à toute une famille et former, pour ainsi dire, un centre épidémique. La mort, une maladie grave, des infirmités incurables, tel peut être le triste résultat de cette infection.

Les tribunaux ont été souvent et seront de plus en plus saisis de ces sortes de faits qui entraînent la responsabilité des parents et des médecins eux-mêmes.

Siège de l’inoculation accidentelle. — Le plus souvent c’est au mamelon que se déclare le chancre. On peut établir en principe qu’il y a trois sièges de prédilection pour le chancre ainsi contracté : le mamelon que tette l’enfant, la bouche de la nourrice, à cause de l’habitude qu'ont les nourrices de porter alternativement à leur bouche et à celle de l’enfant la cuiller quand les enfants mangent la bouillie, et l’avant-bras qui est souvent en contact, étant à nu, avec les fesses de l’enfant. Souvent les deux mamelons présentent des chancres.

Diagnostic. — Examen de l'enfant. — Le plus souvent l’enfant vient au inonde exempt de toute manifestation syphilitique; ainsi s’explique la sécurité des parents et des nourrices. Malheureusement l’ignorance des nourrices ne leur per—

MALADIES CONSTITUTIONS ELLES

met pas de reconnaître tout de suite le caractère de la maladie qui se développe chez l’enfant, et souvent elles ont recours au médecin, alors qu’elles sont elles-mêmes infectées. L’époque ordinaire de l’apparition de la syphilis infantile se place entre le premier et le second mois. Nous donnons ici la statistique dressée par Didav sur 158 cas :

Avant 1 mois révolu 86 fois

— 2 mois Zi5

— 3 mois 15

— U mois 7

— 5 mois 1

— 6 mois 1

— 8 mois . . . . , 1

— 1 an 1

— 2 ans 1

On trouvera plus loin la description des signes de la syphilis infantile. « Il suffit, dit Tardieu (for. cil.), de rappeler que l’élément caractéristique est la plaque muqueuse à l’entrée de la bouche et des narines, au pourtour de l’anus ou des organes génitaux. Des éruptions de formes diverses, tantôt simplement vésiculcuses, tantôt pustuleuses et même bulleuses, les accompagnent. Les ongles des pieds sont le siège d’un onyxîs spécifique*; un coryza tout particulier, persistant, rebelle, que les matrones et les nourrices en certains pays appellent rifflrttes, et qui entretient l’écoulement d’une matière verdâtre, quelquefois fétide; le catarrhe des bronches, les lésions des poumons, du thymus, du foie, plus rarement des os, tels sont, dans leur ensemble, les signes caractéristiques de la syphilis du nouveau-né. On sait qu’il ne tarde pas à tomber dans un état de cachexie et de sénilité anticipée. »

Examen de la nourrice. — La maladie chez la nourrice (en cas de transmission par l’enfant) est toujours postérieure à la maladie du nourrisson. Cependant il n’est pas nécessaire que le contact soit trcs-prclongé. Didav cite un cas de contagion dans lequel la nourrice n’a donné à teter au nourrisson que pendant trois jours; Campbell a vu une nourrice infectée par un enfant qu’elle a gardé seulement du dimanche au jeudi. On a vu dans quelques cas plusieurs nourrices être successivement infectées par le même enfant. Lé chancre du mamelon produit par la syphilis secondaire ou congénitale du nourrisson a été étudié par Viennois (1), qui en trtee ainsi les caractères. « Généralement il est unique, solitaire, quelquefois multiple, C’est l’exception ; il affecte ordinairement la base du mamelon, mais ne s'éloigne pas trop de cet organe ; quelquefois il affecte l’auréole et très-rarement la peau du sein, en dehors de l’auréole; quelquefois on l’observe sur le mamelon luimême; en général, ce sont les parties du sein les plus exposées â se fendiller, à s’excorier sous l’influence des efforts de succion exercés par le nourrisson, qui sont envahies par l’ulcération chancrcuse. L’ulcération est généralement superficielle, quelquefois cependant elle est profonde. V. Kollct a cité des observations de chancres qui ont fait le tour de la base du mamelon... Le fond de l’ulcère est tan-

(1) Viennois, Recherches sur le chancre primitif et les accidents consécutifs produits par la eontâffion de la syphilis secondaire, thèse inaugurale. Paris, 1860.

SYPHILIS DES ENFANTS NOUVEAU-NÉS

tôt grisâtre, pultacé, tantôt lie de vin. — L’induration est, en général, très-marquée, chondroïde. — Quant à l’adénite, il faut la rechercher dans l’aisselle, quelquefois un peu au devant de cette région, sous le grand pectoral. » Il ne faut pas négliger d’examiner les nourrices afin de savoir si elles ne portent pas de traces de syphilis antérieure; on doit examiner aussi leurs enfants. Si le chancre, qui est l’accident primitif, s’est montré chez la nourrice dans le temps ordinaire, après qu’elle a allaité un enfant syphilitique, la preuve est presque faite.

Il arrive cependant que ces faits, produits devant les tribunaux, cessent bientôt d’être clairs, parce qu’il y a en jeu des intérêts graves et que Y intérêt est en contradiction avec le sentiment de la vérité. On peut nier la syphilis ou incriminer la nourrice; si celle-ci présente aux parties sexuelles des lésions secondaires, il se peut qu’on veuille voir là le point de départ de la syphilis. On n’oubliera pas que la syphilis congénitale n’a pas de voie d’entrée, pas de chancre au début, tandis que l’enfant contaminé après sa naissance, a la syphilis comme l’adulte, c’est-àdire avec un chancre pour point de départ. En résumé, nous dirons avec Tardieu (loc. vit.) « la contagion de la syphilis congénitale du nourrisson à la nourrice est tout à fait hors de doute; elle n’est même pas très-rare ; la réalité du mal vénérien étant bien établie par l’étude attentive des symptômes spécifiques, le mode de transmission sera, en général, facile à déterminer par la comparaison attentive du siège primitif et de la forme des accidents caractéristiques, tant chez l’enfant à la mamelle que chez la nourrice, et par les différences d’évolution que présentent la syphilis contractée par les rapports sexuels et celle qui résulte d’un vice originel. »

52° SYPHILIS DES ENFANTS NOUVEAU-NÉS

La syphilis des enfants nouveau-nés peut être héréditaire ou acquise. Elle est très-rarement acquise ; elle est le plus souvent héréditaire ou congénitale (syphilis connata de Swediaur). La syphilis peut se montrer après la naissance, c’est le cas le plus commun; ellepeut se produire pendant les derniers temps de la vie intra-utérine. Doublet est le premier (1) qui ait décrit régulièrement cette affection chez les enfants nouveau-nés observée par lui sur 150 sujets. Bertin ensuite publia un livre resté célèbre sur cette question (2). Depuis, Trousseau et Lasègue (3), Putégnat (à), Cullcrier, Bouchut, ont fourni des observations nouvelles et intéressantes. On lira également avec profit la thèse de E. Vidal sur la syphilis congénitale (1860). Le mode de transinission de la syphilis héréditaire est mal connu. On a discuté sur l'influence que le père ou la mère peuvent avoir sur l’hérédité de la syphilis.

Influence de la mère. — Le plus grand nombre des auteurs pense que l'enfant ne peut avoir la syphilis héréditaire si sa mère n’est pas elle-même syphili iiiue.

(1) Doublet, Mémoire sur tes symptômes et le traitement de la maladie vénérienne de nouveau-nés. Paris. 1781.

(2) J. H. Bertin, Traité de la maladie vénérienne chez lé nouveau-né, les femmes enceintes et les nourrices. Paris, 1810.

(3) Trousseau et Lassègue, Syphilis des enfants du premier Age (A r eh. yen. deméd ! 854'.

(h) Pulégnat, Syphilis des nouveau-nés, 1854 .

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Cullerier est tout à fait affirmatif clans ce sens; Bouclait partage cette opinion. Quant à savoir s’il est nécessaire que la mère soit infectée avant ou au moment de la conception, ou s’il est possible que l’enfant soit sypliilisé alors que la mère n’a été infectée que pendant le cours de sa grossesse, les avis sont partagés. Cullerier croit que l’infection est possible, quelle que soit l’époque où la mère a été infectée, lticord pense que la limite extrême après laquelle l’infection ne peut se transmettre est le sixième mois.

Influence du père. — Cette influence peut-elle exister sans que la mère ellemême soit sypliilisée ? Trousseau et Diday se prononcent pour l’affirmative. Émile Vidal ( loc . cit.) rapporte trois cas qui semblent établir l’influence exclusive du père. Mayr (de Vienne) établit, d’après 49 cas (1), que le père seul transmet la syphilis. Nous avons dit que Cullerier professe une opinion diamétralement opposée à celle-là. Un grand nombre de questions peuvent se poser ici ; Melchior Robert les résume dans le paragraphe suivant : 1° Le père peut-il engendrer un enfant syphilitique à toutes les périodes de la vérole? 2° Est-il nécessaire, pour que la transmission ait lieu, qu’il soit, au moment de la procréation, sous le coup de quelque accident visible? 3° Le traitement que subit le père au moment de la procréation a-t-il une influence sur l’état du germe et conséquemment sur la santé du fœtus? Ricord n’admet la transmission que pendant la période secondaire; passé ce temps, la transmission aurait lieu sous la forme de la scrofule. Celte opinion n’est pas acceptée en général par les syphilographes. Bassereau admet que les accidents se transmettent dans leur espèce, qu 'ainsi le fœtus infecté par un père atteint d’accidents tertiaires n’aura pas d’accidents secondaires et aura d’emblée des accidents tertiaires. Quant à la deuxième question, on cite des exemples d’enfants procréés syphilitiques par un père qui, à ce moment, ne présentait plus de signes de syphilis. Pour la troisième question, il paraît, d’après plusieurs observateurs, que le traitement subi par le père au moment de la fécondation peut modifier avantageusement les prédispositions du germe.

Infection au passage. — On a pensé qu’il pouvait quelquefois se faire qu’un enfant né d’une mère syphilitique fut contaminé, au moment de la naissance, par le contact des parties sexuelles de la mère. S’il existe à la vulve ou dans le vagin un accident primitif ou des accidents secondaires (plaques muqueuses), le fait peut matériellement se produire; mais on n’en connaît pas d’exemple authentique. D’ailleurs ici il se produirait un chancre sur la surface du corps de l’enfant, et il s’agirait non d’une syphilis congénitale, mais d’une syphilis acquise.

Syphilis avant la naissance. — L’observation a démontré que les parents atteints de syphilis engendrent souvent des enfants faibles, cachectiques, qui naissent avant terme, qui meurent souvent dans le sein maternel, et que le traitement antisyphilitique peut, en guérissant la maladie chez les parents, les rendre aptes à concevoir ensuite des enfants qui viennent au terme normal et indemnes. À côté de ce fait se place une autre observation : un certain nombre d’enfants apportent en naissant des lésions qui ont été rapportées à la syphilis; souvent ces enfants naissent avant terme ou ne tardent pas à succomber, quelques-uns succombent avant

(1) Mayr, Syphilis héréditaire chez les enfants (Annales de la syphilis et des maladies de ta peau. t. IV, p. 265).

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la naissance. Bien que les auteurs anciens aient signalé ces faits, ce n’est qu’à notre époque qu’on les a étudiés avec soin. Doublet, Rondelet, Bertin et À. Cooper, Guérard, Landmann (1), Bouchut (2), Deville, de Méric (3), en ont rapporté des exemples. On doit à P. Dubois (4), à Gubler (5), à Depaul (6), des recherches importantes sur ce sujet.

Symptômes. — La manifestation la plus habituelle de la syphilis avant la naissance est le pemphigus , signalé déjà par les anciens, et étudié surtout par Ant. Dugès (7). Cet auteur admet la nature syphilitique de cette éruption. Krauss (8) en rapporte de nombreux exemples et pose la question de savoir si le pemphigus est syphilitique ou seulement cachectique. Ricord admet, avec Cullerier et Diday, que le pemphigus est simplement cachectique et non syphilitique. Presque tous les accoucheurs contemporains, Dubois, Danyau, Depaul, Stoltz, regardent cette éruption comme étant de nature syphilitique; telle est aussi l’opinion de Trousseau, de Huguicr, de Gubler, de Bouchut. On a objecté que le pemphigus ne se rencontrait pas chez l’adulte syphilitique, mais on en a produit plusieurs exemples qui doivent faire tomber cette objection. P. Dubois (9) donne la description suivante du pemphigus des enfants nouveau-nés : « Le pemphigus, que je regarde comme syphilitique, est caractérisé par des vésicules pour la plupart volumineuses et rapprochées, presque toutes remplies de pus d’une couleur jaune très-prononcée. Les plus remarquables sont développées sur la face plantaire des pieds et sur la face palmaire des mains, et reposent sur une peau dont la teinte violette ou bleuâtre contraste avec la couleur rosée des autres parties ; ici, les vésicules sont si pressées en général, qu’elles se touchent et semblent se confondre par quelque point de leur base. Les vésicules répandues sur les autres parties du corps y sont ordinairement plus séparées les unes des autres et moins volumineuses; la peau sur laquelle elles sont placées n’y présente pas au même degré la teinte bleue signalée plus haut; cette teinte est même le plus souvent absente sur le tronc. L’apparition du pemphigus syphilitique précède généralement la naissance d’un laps de temps assez long pour que, dans la plupart des cas, on puisse voir, aussitôt que l’enfant est né, des vésicules déjà creusées et vides, à côté d’autres qui commencent à paraître, et d’autres qui sont parvenues au terme de leur évolution. Cette éruption existe souvent chez des enfants bien développés et dont la nutrition s’est normale-

(1) Landmann, Journal de Siebold.

(2) Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau-nés, 4e édition. Paris, 1862, chap. VU, art. Syphilis infantile.

(3) De Méric, Lectures on the syphilis ( The Lancet, 1858, p. 54).

(4) Paul Dubois, Du diagnostic de la syphilis considérée comme une des causes possibles de la mort du fœtus ( Gazette médicale de Paris, 1859, et Bulletin de T Académie de médecine ,

1851, t. XVI, p. 954 et 971).

(5) Gubler, Mémoire sur une nouvelle affection du foie liée à la syphilis héréditaire chez les enfants du premier âge ( Gazette médicale, 1852, et Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, 1852).

(6) Depaul, Bulletins de la Société anatomique, 1837. — Bulletin de V Académie de médecine, 1850-1851, t. XVI, p. 920 et suiv. — Mémoires de l’Académie de médecine 1853 t. XVII, p. 503 à 521.

(7) Ant. Dugès, Thèse inaugurale. Paris, 10 mai 1821, n° 64.

(8) Krauss, De pemphigo neo-natorum. Bonnæ, 1834.

(9) Paul Dubois, Discours sur la syphilis congénitale (Bulletin de V Académie de médecine

1851, t. XVI, p. 977).

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ineiu accomplie jusqu’au moment de leur naissance. « Ces enfants succombent le plus souvent au bout de quelques jours. Ce n’est pas 15 une éruption indépendante de la syphilis; en effet, dans la plupart des cas, P. Dubois a reconnu des traces de syphilis chez les parents de ces enfants. D’ailleurs, quelques-uns de ces enfants présentaient des signes de syphilis en d’autres régions, par exemple, des ulcérations de la voûte palatine, du pharynx et de la membrane pituitaire, avec perforation de la cloison, caries osseuses, etc. Entre l’opinion de Ricord, qui admet difficilement le pemphigus syphilitique, et celle de Cazeaux (1), qui pensait que le pemphigus des nouveau-nés impliquait une cachexie quelconque scorbutique, syphilitique, tuberculeuse, scrofuleuse ou autre, se place celle de Gubler, qui admet deux espèces de pemphigus, l’une cachectique, bulleuse, l’autre spécifique, offrant des caractères différents, plus abondante, purulente, avec altération profonde du derme. D’après E. Vidal (2), le pemphigus congénital est, dans le plus grand nombre des cas, sinon toujours, un des signes de la syphilis héréditaire. On rencontre fréquemment avec le pemphigus, quelquefois sans cette éruption, des lésions viscérales que Dubois, Depaul, Gubler, Virchow, Braun, Decker ont plus particulièrement étudiées.

Thymus. — Nous avons signalé plus haut la lésion du thymus rattachée par P. Dubois 5 la syphilis. Virchow adopte cette opinion (3). Il s’agit de foyers laiteux d’apparence purulente que l’on trouve quelquefois chez les nouveau-nés syphilitiques.

Poumons. — Depaul a décrit le premier une lésion pulmonaire [h), qu’il a observée en 1837 pour la première fois, et qui se rencontre fréquemment avec le pemphigus et l’hypertrophie du foie. Cette lésion a quelque analogie avec les gommes; Lebert en donne la description suivante : au milieu d’une charpente formée par la trame pulmonaire, mêlée d’éléments fibro-plastîques, se trouve une substance diffuse, molle, pulpeuse, et dans laquelle existent de nombreuses cellules de petit volume, semblables à celles que l’on rencontre dans les gommes syphilitiques.

Foie. — Nous avons décrit précédemment (syphilis viscérale) l’altération du foie signalée par Gubler (5); cette altération, tantôt partielle, tantôt générale, sorte de cirrhose, peut se présenter à tous les degrés, depuis la simple infiltration jaune jusqu’5 l’atrophie de la masse du foie.

Gubler a observé un cas d’ictère congénital pouvant être rapporté à cette cause.

D’autres lésions ont été signalées, telles que les pleurésies, l’hydrocéphale (de Vléric), l’exostose (Underwood), la carie (Cruveilhier, Laborie), l’éburnalion des os (Bouchut).

Symptômes. — Les symptômes de la syphilis des nouveau-nés, bien que se rat-

(1) Cazeaux, Bulletins de la Société anatomique , 1837. — Bulletin de l’Académie de médecine, 1851, t. XVI.

(2) Émile Vidal, De la syphilis congénitale, thèse pour l’agrégation en médecine. Paris. 1860. '

(3) Virchow, La syphilis constitutionnelle , traduit de l’allemand par le docteur Paul Picard. Paris, 1860.

(4) Depaul, Bulletins de la Société anatomique, 1837. — Bulletin de l' Académie de médecine, 1851, t. XVI.

(5) Gubler, Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, 1852.

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tachant k l’ensemble des manifestations syphilitique», telles qu’on les observe chez L’adulte, ont cependant un caractère spécial, une intensité et une violence particulières, et ils ne se succèdent pas avec la même régularité que citez l’adulte. D’abord l’accident initial, le chancre, fait défaut; ensuite il ne faut pas s’attendre à voir ici des accidents secondaires, gradués pour ainsi dire. Des éruptions très-apparentes et caractéristiques, des lésions des muqueuses, un coryza spécial, un état de souffrance générale avec dépérissement rapide et cachexie, tel est le caractère général de la syphilis des nouveau-nés.

Éruptions cutanées. — Quelquefois, au début, on voit des taches ou plaques rouges, une sorte d'érythème. Il n’y a point de roséole franche. On rencontre aussi l’érythème des fesses et des organes génitaux.

Lorsque l’érythème est très-intense et très- rouge, il justifie l’expression de semi-cocti , qui a été appliquée à ces enfanLs. Aux fesses et aux parties sexuelles, cet érythème se transforme en plaques ou pustules qui s’ulcèrent et suppurent. Souvent les pieds et les mains sont d’un rouge vif; il se produit: une espèce d’onyxis suppuré, qui, quelquefois, entraîne la chute des ongles. Un pus mal lié, verdâtre et fétide, s’écoule sur le bord latéral des ongles. Quelquefois la peau des mains et des pieds est blanchie et comme macérée.

Les pustules muqueuses se montrent k la peau de l’ombilic, dans les plis des membres, aux fesses et sur les organes génitaux, sous la forme d’élevures plates, dures, luisantes, ou humides et suppurantes.

Les éruptions squameuses ont été quelquefois observées; Cazenave cite deux cas de syphilides cornées à la paume des mains et k la plante des pieds. Melchior Robert (1) rapporte un exemple d’éruption papuleuse sèche très-confluente, observée sur le ventre et la poitrine d’un nouveau-né syphilitique. On a signalé aussi, chez les nouveau-nés syphilitiques, les éruptions pustuleuses, acné, impétigo, ecthyma, avec altération profonde du derme, avec tendance ulcéreuse, et les éruptions tuberculeuses.

Les éruptions bulleuses , qui sont habituellement confondues sous le nom de pemphigus, occupent une place importante dans la syphilis neo-no forum . Ces bulles occupent le plus souvent la paume des mains et la plante des pieds; mais elles peuvent se montrer sur toute la surface du corps. Mous en avons donné la description plus haut. Le n’est pas toujours une éruption précédant la naissance. On l’a nie se produire plusieurs jours après la naissance. Cette éruption est moins fréquemment observée et moins caractéristique que les autres, notamment que les plaques muqueuses.

Membranes muqueuses. — Les plaques muqueuses se produisent en grande quantité k l’anus, sur les parties sexuelles, dans la bouche, au palais et sur la muqueuse des joues, aux angles des lèvres, k l’orifice des narines. Ces plaques muqueuses suppurent et forment dos ulcérations, des fissures. C’est par la bouche que les enfants transmettent surtout la syphilis k leur nourrice.

Le coryza syphilitique des nouveau-nés est un symptôme très-caractéristique et qui manque rarement. Un écoulement abondant, séro-sanguinolent, fétide, a lieu

(1) Melchior Robert, Nouveau traité des maladies vénériennes d’après les documents puisés dans la clinique de Ricord. Paris, 186t.

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par les narines; des fissures, des croûtes noirâtres se produisent; quelquefois il y a des ulcérations de la muqueuse et même des perforations de la cloison ; l’enchifrèueinent, la difficulté de respirer et, par suite, l’impossibilité pour l’enfant de teter rendent ce symptôme très-grave.

I .'otorrhée purulente a été aussi signalée comme un des signes de la syphilis des nouveau-nés. L’ entérite est fréquente. Nous n’insisterons pas sur les lésions viscérales que nous avons décrites plus haut.

Pronostic. — La syphilis des enfants nouveau-nés est le plus souvent mortelle. Indépendamment du malaise, de la cachexie, de la difficulté que les enfants éprouvent à respirer, et des conditions propres de la maladie, les accidents développés dans la bouche et qui gênent la succion, le dégoût qu’inspirent ces enfants et la nécessité de les allaiter artificiellement, sont autant de circonstances défavorables cl qui rendent le pronostic des plus fâcheux.

La durée de la syphilis des nouveau-nés peut être de plusieurs mois, elle peut guérir par un traitement convenable, le plus souvent elle entraîne la mort en quelques semaines. On ne doit jamais perdre de vue le danger auquel ces enfants exposent les nourrices auxquelles on les confie.

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