VII. — Diagnostic, pronostic
L’anasarque rapidement croissante, la dyspnée, la douleur épigastrique, la diminution, puis la suppression delà sécrétion urinaire, l’absence d’albumine dans les urines, d’une part, et d’autre part, l’exploration physique, méthodiquement pratiquée, des organes dans lesquels réside habituellement la cause des hydropisies, permettent, le plus ordinairement, de distinguer bientôt le béribéri des suffusions séreuses dues aux affections organiques, ainsi que de l’anasarque consécutive à la suppression de transpiration. La rapidité des suffusions séreuses empêchera de confondre cette maladie avec l’œdème qui survient à la période ultime de la chloroanémie qui, chez les noirs, a été désignée sous le nom de mal de cœur ou mal d'estomac des nègres. Mais entre le scorbut observé dans les pays chauds et le béribéri, il y a de si profondes ressemblances, que, sauf les ulcères et les pétéchies qui manquent dans cette dernière maladie, et sont caractéristiques de la première, il faut bien connaître la symptomatologie des deux affections, lorsqu’elles coexistent, pour les distinguer, à leur début, chez des individus de race colorée. Nous renvoyons aux articles consacrés aux affections des centres nerveux pour le diagnostic différentiel entre le béribéri, la myélite, la méningite rachidienne, etc., etc. Il ne faut pas oublier surtout que le béribéri est assez apyrétique.
Pronostic. — Le béribéri est généralement grave. A bord de Y Indien, sur 107 cas observés par Guy, il en est mort U2 ; sur le Jacques-Cœur , Richaud a eu IA décès sur AA malades. La proportion de mortalité a dû encore être plus forte à bord du Parmentier, qui, par diverses causes, a perdu 68 pour 100 de ses passagers. Le danger est d’autant plus imminent que la dyspnée est plus intense, que la suppression de l’urine est plus complète et plus persistante; si l’épidémie sévit à la mer elle prendra des proportions d’autant plus sérieuses qu’il sera plus difficile d’atteindre une relâche qui permette de déposer les malades à terre et de leur donner un régime alimentaire convenable.
lin ce qui concerne les moyens prophylactiques, nous ne pouvons (pie renvoyer à ce que nous avons dit, h ce sujet, pour le scorbut. Une fois la maladie déclarée, il faut chercher h conjurer la marche envahissante de la suffusion séreuse et des épanchements. Si l’état du pouls cl des forces le permet, une saignée générale, au début, pourrait prévenir l’asphyxie imminente; les purgatifs, les diurétiques, seront employés pour répondre également à l’indication la plus urgente. A l’hôpital de la Pointe-à-Pitre, Walther, médecin en chef de la marine, dit s’être bien trouvé des pilules suivantes:
Digitaline 5 centigr. ] Jalap 5 gram.
Scille en poudre 5 gram. | Scammonée 5 gram.
F. s. a. cent pilules. Une de deux heures en deux heures jusqu’à effet prononcé.
(I) Voyez Geneeskundig} t. V, n° 1, Mil, 1860, p. 696.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
On pourrait, pour plus cle simplicité, se servir de cette formule :
Poudre de digitale ") aa - ] Poudre de scammonée 5 gram.
F. cent pilules. De quatre à six par jour.
Ou cherchera, en même temps, à rappeler les fonctions de la peau et à soutenir les forces. Mais il ne faut pas se le dissimuler, c’est dans l’ensemble des moyens hygiéniques et surtout dans un régime alimentaire varié, tonique et substantiel, que résident les ressources les plus puissantes, dès qu’on a été assez heureux pour conjurer l’asphyxie. Dans le cas de paraplégie, on aurait recours au traitement généralement usité en pareil cas. Le changement de climat et, plus immédiatement, l’envoi des convalescents dans les localités élevées des pays subtropicaux, sont des mesures d’une efficacité reconnue,]
ARTICLE XIV
DIPHTHÉRITE.
§ I. — Historique.
[Sous le nom de diphthérite (HtfQcpa, pellis, exvvium , vestis coriacea), Bre tonneau a décrit, en 182(3 (1), une maladie épidémique et contagieuse ayant son siège dans la bouche et dans les voies aériennes, et caractérisée par la production de fausses membranes.
Ce médecin avait alors en vue la description de ces maladies épidémiques connues sous le nom de gangrène scorbutique des gencives, de croup, d’angine maligne, qui avaient été signalées dans l’antiquité sous le nom de mal égyptiac, et qui, à différentes éporpies, ont fait de grands ravages. Bretonneau observa une de ce s grandes épidémies, et arriva h conclure que la gangrène scorbutique des gencives, le croup et l’angine maligne n’étaient qu’une seule espèce de phlegmasie, que le croup n’était que le dernier degré de l’angine maligne, et que l’angine maligne ou gangréneuse ne donnait pas lieu, en réalité, à une véritable gangrène. L’auteur décrivait ainsi qu’il suit les altérations locales successives que produit celte maladie :
« Au début de la maladie, on aperçoit une rougeur circonscrite qui se recouvre d’un mucus coagulé demi- transparent. Celte première couche, mince, souple et poreuse, peut encore être soulevée par des portions de mucus non altéré, de façon à former des vésicules. Souvent, en peu d’heures, les taches rouges s’étendent de proche en proche par continuité et par contact, à la manière d’un liquide qui s’épanche sur une surface plane ou qui coule par stries dans un canal. La concrétion devient opaque, blanche, épaisse. Elle prend une consistance membraniforme.
A cette époque, elle se détache facilement et n’adhère à la membrane muqueuse que par des prolongements très-déliés de matière concrète qui pénètrent dans les follicules mucipares. La surface recouverte est ordinairement d’une teinte légère-
(1) Bretonneau, Recherches sur l’inflammation spèciale du tissu muqueux, et en particulier sur la diphthérite. Paris, 1826, in-8.