GLYCOSURIE, OU DIABÈTE SUCHÊ. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
trouverait pas cette fétidité spéciale de l’haleine et des crachats qui est le signe pathognomonique delà gangrène ordinaire. Cependant ce signe s’est présenté dans un cas récemment observé par Fritz. . Dans la plupart des cas, l’affection s’est développée autour de masses tuberculeuses déposées dans les poumons.
L’existence bien démontrée des affections gangréneuses dans le diabète conduit à cette conclusion pratique que l’on doit examiner les urines de tous les individus qui présentent une de ces affections, lorsqu’elles ne dépendent pas d’une autre cause bien évidente; le médecin sera ainsi amené à reconnaître des diabètes dont aucun symptôme ne lui permettait jusqu 'alors de soupçonner l’existence; il pourra, en outre, établir le traitement rationnel de ces accidents, qui nécessitent impérieusement, en même temps que le traitement local, le traitement général de la cause qui leur a donné naissance, du diabète lui-même. ]
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La maladie peut être divisée en trois périodes , qui, sans être complètement distinctes, ne laissent pas de se caractériser par des phénomènes remarquables.
Dans la première, nous trouvons l’augmentation de l’appétit, la soif, la constipation, l’abondance des urines, la présence du sucre dans ce produit de la sécrétion rénale, sans que d’autres symptômes bien tranchés viennent éclairer le sujet sur sa position.
Dans la deuxième, on observe le trouble des fonctions digestives (vomissements, etc.), des alternatives de diarrhée et de constipation, l’émaciation plus ou . moins rapide, l’affaiblissement de la vue, la suppression de la transpiration, des symptômes d’hypochondrie ; et plusieurs des symptômes précédents, tels que l’excrétion du sucre par les urines et la soif, augmentent encore.
Enfin, dans la troisième , nous voyons souvent un dévoiement continuel, la fièvre, le marasme; et quoique l’abondance des urines diminue, et que même la transpiration cutanée puisse, dans certains cas, se reproduire en partie, le dépérissement fait des progrès tels, que le malade ne tarde pas à succomber après avoir été plongé dans l’abattement et le désespoir.
Selon Moritz Traube(l), il existe deux périodes dans le diabète. Pendant la première, la totalité du sucre contenu dans l’urine est fournie immédiatement par les aliments ingérés; durant la deuxième, le sucre ne provient pas seulement de la nourriture, mais il est le résultat d’une sécrétion propre du foie.
Pour mesurer l’intensité d’un diabète, il faut analyser l’urine le matin avant le repas. Si elle est exempte de sucre, la maladie est au premier degré ; si elle contient du sucre, le diabète est au deuxième degré, et d’autant plus avancé que la quantité de sucre rendue chaque heure est plus considérable.
Si on le considère d’une manière générale, on doit dire que la marche du diabète est lente, continue et progressive. Cependant, comme le régime a une influence marquée sur l’intensité des symptômes, il arrive nécessairement parfois que des améliorations de plus ou moins longue durée, accidentelles ou obtenues par l’art, paraissent venir suspendre cette marche croissante ; mais bientôt la maladie
(1) Moritz Traube, Archiv für pathologische Anatomie von Virchow wnr/Reinhardt. Berlin. 1851, Barid IV, Helt I. Seile 146.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
(il 8
reprenant son cours, on voit que ses symptômes soûl plus graves, et que ses progrès, quoiqu’un instant masqués, n’en sont pas moins réels. On a vu parfois des affections aiguës, et surtout des exanthèmes fébriles, suspendre momentanément les symptômes de la glycosurie ; mais on ne saurait admettre l’existence d’un diabète intermittent , variété qu’on a cru trouver dans quelques faits qui ne sont nulment concluants.
Suivant quelques auteurs, comme Dobton et Osterdyckc (1), cités par Contour, la durée de la maladie serait parfois de quelques semaines, ou même de quelques jours; mais on a pensé, et très-probablement avec raison, que dans ces cas le début a été fixé beaucoup trop tard, la maladie ayant été méconnue jusqu’à ce qu’elle ait donné lieu à des symptômes très-graves, ou bien qu’une maladie intercurrente soit venue accélérer la terminaison fatale.
On a cité, au contraire, des cas dans lesquels le diabète aurait duré un grand nombre d’années, et même toute la vie, sans altérer notamment la santé. Moegling(2) indique un fait de ce genre ; et cite Dodonœus et Fernel comme en ayant rapporté de semblables. Mais en lisant cette observation, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître l’existence d’une simple polydipsie qui avait commencé dès l’enfance, comme cela a lieu fréquemment dans cette maladie. Un fait plus important sous ce rapport est celui qui a été signalé par Bassereau à Contour, et dans lequel on a constaté fréquemment la présence du sucre dans les urines pendant un espace de plus de trente ans, sans que le malade ait été forcé de suspendre ses occupations habituelles. Le défaut de détails ne nous permet pas de rechercher s’il y a dans ce fait quelque circonstance qui puisse expliquer cette anomalie.
Dans presque tous les cas, la glycosurie est une affection de très-longue durée , mais les termes de celte durée n’ont pas été fixés d’une manière précise. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elle est très-différente suivant les périodes de la maladie : la première peut être de plusieurs années ; mais les deux autres, et surtout la dernière, sont beaucoup plus courtes, surtout lorsque les tubercules ont envahi les poumons.
Jusqu’à ces derniers temps, on a pu dire que le diabète était une maladie incurable, et c’était là l’opinion des médecins qui, comme Prout et Berndt, ont observé de véritables glycosuries. On a sans doute cité, beaucoup de faits dans lesquels on a affirmé que le diabète a été guéri, mais il faut remarquer, avec Bell, que les principaux symptômes, et en particulier la présence du sucre dans t’urine, n’ont pas été constatés dans ces cas, que les malades n’ont pas été observés pendant assez longtemps, et qu’on a pris, sans aucun doute, une amélioration passagère pour une guérison. Faut-il regarder comme des cas plus concluants de terminaison heureuse ceux qui ont été cités par Bouchardat et Mialhe? G est une question sut laquelle nous aurons à revenir à propos du traitement.
§ V. — Lésions anatomiques.
On a dû naturellement diriger d’abord son attention sur 1 état des reins, et 1 on a vu ces organes le plus souvent hypertrophiés, quelquefois au contraire atrophiés,
(1) Ostcrdycke, Miim. de la Soc. de Harleim, t. XII.
(2) Moegling, Êphémèrides des curieux de la nature , an XI, obs. 4 75, p. 21 1\.
GLYCOSURIE, OU DIABÈTE SUCRÉ. — DIAGNOSTIC. 61f>
ordinairement flasques, ramollis, pâles ; parfois on les a trouvés congestionnés, et cette congestion est, dans certains cas, la seule altération apparente. On a noté rarement une véritable inflammation des reins. Chez certains sujets on a rencontré dans ces organes quelques points de suppuration. Le peu d importance de ces lésions dans la grande majorité des cas, et le peu de fréquence des altérations un peu graves signalées par quelques observateurs ont dû faire élever des doutes sur leur valeur comme causes organiques de l'affection, avant même qu’on sût comment le sucre se forme dans l’économie ; aujourd’hui il faut nécessairement reconnaître que ces lésions sont secondaires et dues uniquement à l’excès de la sécrétion urinaire déterminé par la maladie déjà existante. On a signalé encore la dilatation et l’épaississement des uretères et de la vessie, ou bien la diminution de capacité de ce dernier organe.
L’hypertrophie, la congestion du foie, ont encore été mentionnées; mais Cullen a constaté l’absence de ces lésions dans vingt autopsies. L’acidité de la bile, indiquée par R. AVillis, n’a pas été retrouvée par Contour, pas plus que l’acidité des matières intestinales.
Sauf une dilatation de l’estomac et des intestins, due sans aucun doute à la grande quantité d’aliments ingérée pendant un temps assez long, on n’a vu, dans ces organes, rien qui mérite d’être noté, et par là se trouve repoussée l’opinion qui a voulu placer dans l’estomac le siège anatomique de la glycosurie.
On ne doit accorder aucune importance à l’accroissement de volume du grand sympathique indiqué par Duncan; et quant au ramollissement, à la tuméfaction des ganglions mésentériques et à l’épanchement péritonéal qu’on observe quelquefois, ce sont évidemment des lésions secondaires, ainsi que les accumulations de sérosité dans d’autres cavités, les plèvres par exemple.
La très-grande fréquence de la tuberculisation pulmonaire dans cette maladie a frappé tous les observateurs. Il ne paraît guère douteux que ce ne soit encore là une lésion consécutive ; la succession des symptômes le prouve suffisamment.
Enfin, quelques lésions du cœur n’ont aucun rapport avec la maladie qui nous occupe ; la séparation du chyle et du sang dans la sous-clavière (Marshall), et jusque dans les veines du cœur (Michaëlis), une accumulation de sérosité dans les membranes encéphalo-racbidiennes, telles sont les altérations que des recherches minutieuses ont pu faire découvrir. Capezzuoli a trouvé du sucre dans le pus d’un abcès, dans la sérosité du péricarde et dans la bile. Les autres expérimentateurs n’ont pas trouvé celte substance dans d’autres liquides que l’urine et le sang, et dans ce cas c’est pendant la vie des sujets que les expériences ont été faites.
Francis et Cl. Bernard ont trouvé du sucre dans les crachats des diabétiques, et le dernier de ces expérimentateurs en a démontré la présence dans le sang, dans le foie et dans les reins. A propos des causes, nous avons parlé des remarquables observations de ce dernier observateur.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Diagnostic. — La glycosurie ayant pour caractère essentiel la présence dans l’urine d’une substance qu’on ne rencontre dans aucun autre cas, le diagnostic ne peut offrir aucune espèce de dilïiculté, dès que l’attention est dirigée sur la possibilité de cette maladie. Les affections dans lesquelles l’excrétion de l'urine est
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
augmentée, et qui ont pour symptôme une soif exagérée, comme la polgdipsie, Vanazoturie , ont sans doute de nombreux points de ressemblance symptomatique avec la glycosurie ; mais un diagnostic différentiel entre ces maladies n’aurait d’intérêt qu’autant que le procédé pour reconnaître la présence ou l’absence du sucre demanderait une habileté, une aptitude particulières ; or il ne s’agit que de mettre en usage les procédés de Trommer , de Barreswil , de Mialhe, de Bottger ou celui de Maumené, ou même d 'introduire dans l'urine une petite quantité de bière qui produit la fermentation alcoolique, lorsque ce liquide contient du sucre. Est-il nécessaire de chercher d’autres signes diagnostiques ? Non, sans doute, et la quantité des urines ne fùt-clle pas notablement augmentée , ce qu’on a observé bien rarement, on ne pourrait, à l’aide de ces moyens si simples, rester un seul instant dans l’erreur.
Mais il faut que l’attention du médecin soit éveillée; or c’est le défaut de symptômes suffisants, dans les premiers temps de la maladie, qui nuit le plus à la promptitude et à la sûreté du diagnostic. Hufeland a constaté que ce n’est presque jamais le médecin qui reconnaît le premier la glycosurie dont son malade est affecté. L’état de langueur, le dépérissement, sont attribués très-souvent à des maladies nerveuses ou à d’autres affections chroniques ; les malades sont traités comme des hypochondriaques, et ce n’est qu’à une époque fort avancée que ceux-ci, soit qu’ils aient été mis sur la voie par une autre personne affectée de la même maladie, soit spontanément, découvrent du sucre dans les urines, en les goûtant.
Dans les cas même où le médecin s’aperçoit le premier de l’existence de la glycosurie, il arrive très-souvent qu’il a perdu un temps précieux avant d’examiner l’urine, et qu’il a dirigé contre une maladie imaginaire des moyens inutiles, sinon dangereux. C’est donc en s’attachant à reconnaître de bonne heure la maladie, et, s’il se peut, dès la première consultation, que les praticiens rendront les plus grands services. C’est aussi cette partie du diagnostic qui est la plus importante.
Il faut dire, avec Hufeland, que le médecin doit toujours examiner attentivement les urines de tout malade qui dépérit sans qu'on en trouve une cause suffisante. On peut même aller plus loin, et ajouter que si, malgré l’existence d’une cause
semblable, on trouve quelque chose d’insolite dans la marche de la maladie, 1 examen doit être également fait. Il ne peut, en effet, résulter rien de fâcheux d’un pareil examen, et la chose est si facile, si promptement exécutée, qu'il n’y aura jamais à se repentir d’une recherche inutile. Ce précepte est capital ; quand on en aura bien compris toute la portée, on sera bien moins exposé à se tromper et à voir des malades venir avec une affection méconnue pendant des mois et même des
années.
On pourra se demander si, dès le début, la présence du sucre dans les urines est un caractère constant et facile à constater. Ce que nous avons vu dans les récidives, où les urines sucrées ont coïncidé immédiatement avec le retour des avilies symptômes, permet de croire qu il en est ainsi au début même de 1 aflection, et le procédé indiqué plus haut permet de constater une quantité minime de sucre dans l’urine.
En supposant qu’on ait besoin de quelque signe pour être déterminé à l’examen du liquide urinaire, on en trouve plusieurs dans les circonstances suivantes : 1° Une soif inusitée ; la sécheresse de la bouche, l’acidité de la salive, la carie des dents.
GLYCOSURIE, OU DIABÈTE SUCRÉ. — TRAITEMENT
2° L’augmentation de l’appétit, qui cependant n’est point constante, mais qui, lorsqu’elle existe, est bien digne de remarque ; car quelle est l’autre maladie chronique avec dépérissement qui présente un pareil symptôme ? 3° La sécheresse de la peau : ce symptôme est si remarquable, qu’il frappe non-seulement le malade, mais encore parfois ses amis. Des personnes étrangères à l’art ont reconnu une amélioration marquée dans l’état des glycosuriques au simple contact de la main, tant cette partie, comme les autres, est sèche, à quelque température qu’elle soit. Quant aux malades, tous les praticiens qui ont eu à soigner des glycosuriques savent qu’ordinairement ils ont recours d’eux-mêmes aux frictions, aux vêtements chauds, en un mot à tous les moyens vulgaires de ramener la transpiration supprimée. k° L’augmentation de la quantité des urines, et un besoin fréquent de les rendre : c’est encore là un symptôme qui peut manquer, mais dont la valeur n'est pas moins fort grande. 5° Le dépôt gommeux qui reste sur la chemise, et qui la rend comme empesée : c’est quelquefois en goûtant les taches qui en résultent que les malades ont reconnu la présence du sucre dans leurs urines. 6° La diminution ou l’anéantissement des facultés viriles. 7° L’affaiblissement de la vue.
11 n’est même pas nécessaire de l’ensemble de ces symptômes pour faire supposer une glycosurie, et un petit nombre d’entre eux, chez un sujet pâle, affaibli, émacié, frapperont immédiatement le praticien prévenu. L’examen de l’urine à l’aide de l’alcali lèvera promptement tous les doutes qui pourraient rester encore.
Pronostic. — Si l’on ne considérait que les laits publiés avant ces dernières années, on devrait nécessairement porter un pronostic des plus graves, puisque tout ce qu’on a pu obtenir, dans les cas de véritable glycosurie, c’est une amélioration plus ou moins passagère. Si, au contraire, on n’avait égard qu’aux faits rapportés par Bouchardat et surtout par Mialhe, on devrait regarder la glycosurie comme une affection dont il est très-facile de triompher. Mais il faut qu’un plus long temps soit venu démontrer la solidité de la plupart des guérisons qu’ils ont publiées, et en attendant voici ce que l’on peut dire : L’affection livrée à elle-même, est nécessairement mortelle ; traitée par les moyens mis en usage avant ces dernières années, elle n’a pas été radicalement guérie ; il y a lieu de croire que sous l’influence du traitement proposé par Bouchardat et de celui que conseille Mialhe, on a obtenu quelques guérisons réelles, et d'espérer que les exemples de guérison se multiplieront rapidement.
§ VII. — Traitement.
Les diverses théories du diabète admises par les auteurs ont tour à tour dirigé les médecins dans le traitement de cette maladie. Ayant donné la préférence à celle de Mialhe, parce qu’elle nous paraît établie sur certains faits importants, nous ne pouvons pas attacher une influence majeure aux divers traitements qui ne se l'attachent pas à cette manière de voir, et pour deux motifs : le premier est que si les moyens proposés ne tendent nullement à ramener à l’état normal les humeurs viciées, on ne peut pas en attendre des effets durables ; et le second, qui a une plus grande valeur pour le praticien, puisqu’il est fondé sur l’expérience, c’est que les remèdes qui n’ont pas, soit directement, soit indirectement, atteint le but que nous venons d’indiquer, ont eu une efficacité sinon nulle, du moins très-hypothétique dans les cas où on les a mis en œuvre, et cfela non-seulement comme moyens cura-
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
tifs, mais encore comme moyens palliatifs. Nous ne croyons pas néanmoins devoir passer entièrement sous silence la longue série de remèdes proposés; il faut qu’on sache ce qui a été fait et le résultat qu’on en a obtenu, pour bien apprécier la valeur de ce que nous proposerons de faire.
Jusqu’à l’époque où l’on a séparé nettement la glycosurie des autres espèces de diabète, on a fréquemment confondu, dans l’étude du traitement, les diverses affections qui consistent dans une excrétion surabondante d’urine ; c’est encore là une cause d’erreurs qui doit nous rendre très-réservé dans l’appréciation des résultats thérapeutiques publiés avant qu’on ait senti la nécessité de considérer tout à fait à part la maladie dont le caractère essentiel est la présence du sucre dans les urines. Enfin remarquons qu’un assez bon nombre d’observateurs ont négligé de constater d’une manière précise l’état des urines après les guérisons apparentes qu’ils disent avoir obtenues, et nous comprendrons combien est difficile le jugement en pareille matière.
Emissions sanguines. — Ungrand nombre d’auteurs, parmi lesquels on remarque Aétius, Borsieri, Hufeland, Rollo, etc., ont recommandé d’avoir recours aux émissions sanguines au début de la maladie, et de les pratiquer avec modération. D’autres, au contraire, comme 'Watt et Carbutt(l), veulent qu’on saigne à toutes les époques de la maladie. Le dernier de ces deux auteurs conseille la saignée générale, les sangsues à l’épigastre, les ventouses scarifiées aux lombes. Ce sont de fausses idées sur la nature delà maladie qui ont engagé à mettre en œuvre ces moyens dont l’efficacité est plus que contestable. On n’admet plus aujourd’hui l’existence d’une inflammation de l’estomac et des intestins, et les émissions sanguines sont généralement abandonnées. 11 faudrait des circonstances toutes particulières, connue une complication inflammatoire, pour qu’on y eût recours.
Antispasmodiques. — On a attribué une assez grande efficacité aux antispasmodiques ; cependant ou ne les a jamais employés seuls, et on les a toujours associés avec d’autres remèdes dont l’effet est plus généralement admis, ce qui doit nous inspirer des doutes sur leur utilité. Shee (2), Dzondi (3) et Richter (ù) recommandent le camphre , que ce dernier donne à la dose de 50 ci 00 centigrammes. Wasa fœtida est conseillé par P. Frank (5) et par Hufeland ; la valériane par A. G. Richter ; si ces médicaments ont l’avantage de calmer quelques symptômes, on ne peut les regarder comme des moyens curatifs, et l’on doit les placer tout au plus parmi les adjuvants.
Narcotiques. — L’ opium a été presque exclusivement conseillé. Déjà Aétius le recommandait, et AVillis lui accordait une très-grande confiance. Moncy (6) veut qu’on élève progressivement la dose de l’opium jusqu’à 1 gramme 20 centigrammes par jour. Cette dose paraîtra énorme, elle a été de beaucoup dépassée, puisque Tommasini a été jusqu’à prescrire 3 grammes d’opium dans les vingt-quatre
(1) Watt et Carbutt, Voy. Pabsl, Allgemcine medizinisehe Zcit., 1830.
(2) Shee, Duncan’s Annal, of medicine, 1706.
(3) Dzondi, De similitudinc ad. illustr. diabetis nat., etc. Halæ, 1830.
(4) A. G. Richter, Spec. thérapie. Berlin.
(5) P. Frank, Traité de médecine pratique , traduction Goudareau. Paris, 1842, t. I, p. 401.
(6) Moncy, Med. chir. Trans. of London, 1814, t. V, p. 236.
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heures. Ce serait au médecin qui voudrait employer ce moyen à juger, en graduant prudemment les doses, jusqu’où il peut les élever. Ce qu’il faut constater ici, c’est que, de l’avis de tous les médecins qui ont une grande confiance dans l’opium, il faut donner des quantités considérables de cette substance, et ne pas craindre de produire le narcotisme et même une intoxication assez marquée (Dzondi).
Très -fréquemment l’opium a diminué la soif et l’appétit, et par suite l’abondance de la sécrétion urinaire ; sous son influence, on a vu des malades recouvrer en partie leurs forces, et par conséquent, ce remède n’est pas sans utilité ; mais dans les cas de guérison rapportés par les auteurs, il s’agit d’une simple polyurie , ou il n’y a eu qu 'amélioration passagère, et l’efficacité de l’opium devient très-contestable sous ce rapport.
D’autres narcotiques, comme la belladone (Hufeland), hjasquiame, etc. , ont été administrés, maison ne leur accorde généralement pas une grande confiance. Quant à Y acétate de morphine , conseillé par Berndt (1) et Ronander (2), il n’a évidemment pas d’autre action que celle de l’opium lui-même.
Astringents. — Les astringents, vantés par les uns, ont été regardés par les autres comme n’ayant aucun effet utile. Brisbane et Osterdycke sont de cette dernière opinion. Parmi les astringents mis en usage, il n’en est aucun qui ait une plus grande réputation que la gomme kino; beaucoup d’auteurs l’ont recommandée, et Sandras l’a administrée à la dose de 1 gramme 25 centigrammes pendant un mois.
Les autres astringents sont la noix de galle , V écorce de chêne, le cachou, le tannin, X acétate de plomb, etc. Les astringents sont des médicaments qui ne doivent pas être complètement rejetés du traitement de la glycosurie : ils peuvent, en effet, modérer un peu la sécrétion urinaire dans les cas où elle dépasse toutes les bornes; mais il ne faudrait pas compter sur eux pour guérir radicalement l’affection.
Toniques. ■ — Ce que nous venons de dire des astringents s’applique entièrement aux toniques; qu’il nous suffise, par conséquent, de citer le quinquina et le simarouba parmi les toniques principalement employés, laissant au praticien le soin d’apprécier l’opportunité de leur administration, que l’extrême faiblesse des malades, dans la plupart des cas, semble parfaitement autoriser.
Ferrugineux. — Les ferrugineux ont été principalement recommandés par Marshall, Peacok, Vcnable, etc. La grande pâleur des individus affectés de glycosurie, ayant fait supposer que leur sang était très-appauvri, a engagé à administrer le fer, qui peut avoir quelques avantages comme tonique.
Rostan (3) a obtenu une guérison complète chez un sujet dont la constitution était déjà très-altérée, en lui donnant X induré de fer à la dose de 1 gramme à lBr,25 en pilules, dans la journée. En même temps on tenait le malade au régime animal et tonique; mais ce n’est pas à ce régime qu’on doit rapporter la guérison,
(1) Berndt, Klinische Mittheilungen. Greifswald, 1834.
(2) Ronander, Ars beraett., etc. Stockholm, 1831.
(3) Rostan, lodure (le fer dans le diabète sucré (Bulletin général de thérapeutique novembre 1842, t. XXIII, p. 377).
r,-'i MAL DIIÜS CONSTITUTIONNELLES.
puisqu’il était suivi depuis deux mois sans amélioration quand on commença l’administration de l’iodure de fer. Ce médicament doit être recommandé.
Vomitifs , purgatifs. — Les vomitifs et les purgatifs, conseillés par des auteurs très-recommandables, comme Ilildenbrand, Richter, Berndt, etc., peuvent être de quelque utilité, mais uniquement pour combattre certains symptômes, et non pour procurer la guérison complète. C’est ainsi que le tartre stibié , Yipécacuanha, pourraient être administrés aux doses ordinaires pour aider l’estomac à se débarrasser de l’énorme quantité d’aliments que prennent souvent les diabétiques, cl qu’ils ne peuvent pas digérer. C’est ainsi également que les purgatifs ordinaires serviront à vaincre la constipation, symptôme habituel de l’affection, surtout au début. Mais ces traitements palliatifs ne triompheront pas véritablement par euxmêmes de ces symptômes incommodes, et tant qu’on n’aura pas recours au traitetemcnt radical, on pourra espérer de suppléer momentanément à l’intégrité des fonctions, mais non à la rétablir complètement.
Nous allons maintenant donner l’énumération rapide d’un certain nombre de remèdes variés préconisés par les auteurs qui se sont occupés de cette maladie.
Acides. — D’après la théorie que nous avons adoptée, on comprend difficilement qu’on ait administré les acides dans Je diabète sucré ; c’est cependant ce qui a eu lieu, et Venable recommande V acide phosphorique ; Brera, V acide nitrique mêlé à r éther ; Fraser et Pitschaft, Y acide suif urique ; et enfin Copland, Y acide chlorhydrique. Les faits invoqués par ces auteurs sont loin d’être concluants, ainsi que l’a déjà fait remarquer Naumann, et, d’après tout ce que nous avons dit sur les causes et la nature de la glycosurie, loin de conseiller les acides, on doit les proscrire sévèrement.
Moyens divers. — Berndt (1) prescrit les pilules suivantes :
Hp Acétate de morphine 15 centigr. lExtrait de fiel de bœuf 4 gram.
Sulfate de cuivre ammoniacal 30 centigr. |Poudre de quassia amara. ....... 4 gram.
F. s. a. des pilules de 10 centigrammes Dose: cinq matin et soir.
N’ayant pu étudier les faits dans lesquels ces pilules ont élé administrées, nous nous bornons par conséquent à signaler ce moyen à l’expérimentation.
La créosote a été administrée par Berndt à la dose de huit gouttes par jour ; la térébenthine , prescrite par Schoenlein ; le fiel de bœuf, recommandé par Hufeland ; les mer curiaux ; le calomel, conseillé par Dzondi ; le café, le soufre (Christie) ; les bains froids (Michelolti) ; et enfin Y urée, prescrite lorsque l’on pensait que celte substance avait disparu de l’urine des glycosuriques, ou qu’elle avait été convertie en sucre, mais qu’on ne saurait plus administrer, aujourd’hui qu’on sait que cette opinion n’est nullement fondée.
/temèdes externes. — Les moyens de ce genre ne peuvent encore être que des adjuvants. Les frictions sèches ou aromatiques, conseillées par les anciens ; celles de Naumann, dans lesquelles entrent le baume du Pérou, Y ammoniaque, la teinture de canthaiddes ; celles qu’on fait avec la pommade d’Autenrieth ; les vésicatoires, les sinapismes, tous ces moyens ont pour but d’exciter la peau, qui
(1) Berndt (Pilules de) contre la glucosurie ( Bulletin général de thérapeutique, 15 septembre 1849, t. XXXVII, p. 220).
TRAITEMENT
GLYCOSURIE, OU DIABÈTE SUCRÉ
a cessé ses fonctions. Mais tant qu’on ne modifie pas I état général des gl\ cosmiques, on ne peut pas espérer que ces excitants soient suffisants, et, dans tous les cas, ils peuvent être utilement remplacés par les sudorifiques. Quant aux moxas, qu on a également conseillés, rien ne prouve qu’ils aient la moindre utilité.
Les frictions faites avec l 'huile, le lard (Nicolas et Gueudeville) , sont destinées à compléter le traitement par le régime azoté / nous en reparlerons à 1 occasion de ce traitement. Nous réservons également, pour en parler un peu plus loin, l’emploi des diverses espèces de bains.
Séjour dans les climats chauds. — Reith Imray (1) a cité six cas de diabète qui avaient résisté à plusieurs traitements, et qui ont été heureusement influencés, par un séjour prolongé dans les climats chauds. Notons toutefois qu’il n’avait pas employé le traitement par les alcalins. On peut néanmoins conclure de ces faits, que le séjour dans un climat chaud est un adjuvant très-utile dans le traitement de cette affection, ce qu’on pouvait d’ailleurs prévoir à priori, en se rappelant ce que nous avons dit à propos de l’absence complète des sueurs chez les diabétiques.
Sudorifiques. — Bouchardat et Mialhc ont beaucoup insisté sur la suppression de la transpiration cutanée. Il ne faut pas croire pour cela que ce phénomène ail échappé aux observateurs qui les ont précédés. Hufeland, en particulier, attache une telle importance à cette suppression de la transpiration, qu’il dit (2) : « Parmi les causes éloignées, la plus importante est la suppression chronique de la sécrétion cutanée. » Aussi, depuis très-longtemps a-t-on conseillé les sudorifiques, qui sont une partie essentielle de la médication recommandée par Mialhe.
De tous les moyens propres à exciter et à rétablir la sécrétion cutanée, il n’en est aucun qui ail été plus vivement préconisé et plus anciennement employé que les bains de vapeur. Arétée, Paul d’Égine, Aétius, en faisaient usage, et ils ont eu do nombreux imitateurs. Mialhe en a signalé les grands avantages, et dans un cas rapporté par lui et par Contour, il n’a fallu que six bains de vapeur , concurremment avec les remèdes internes, pour rétablir la transpiration. Ce moyen ne saurait être trop recommandé.
Les bainschaiuls d’eau simple ont quelquefois suffi pour remplir cette indication, sinon d’une manière définitive, du moins pendant un certain temps. Marsh (3) y joint l’emploi de l 'opium, qui agit sur la peau en même temps qu’il exerce l’action indiquée plus haut (p. 623).
La poudre de Dower est administrée dans la même intention ; mais, suivant Carter (U), il faut en continuer longtemps l’usage, si l’on veut en obtenir des effets durables. On doit commencera en donner 2 décigranunes, et augmenter lentement la dose jusgu’à 5 ou 6 décigranunes par jour, qu’on continuera ensuite.
Les ammoniacaux ont été mis en usage, surtout depuis Rollo, qui employait V hydrosulfate d'ammoniaque à la dose de 25 à 50 centigrammes, trois fois par jour. Hufeland a adopté cette manière d’administrer ce médicament. Albers a rapporté un cas où Y ammonium sulphuratum, donné chaque jour à ia dose de trois on quatre gouttes seulement dans un demi-litre d’eau, aurait eu les plus heureux
(1) Imray, The Edinburgh med. and surg. Journal , janvier 1866.
(2) Hufeland, Manuel de méd. prat., trad. par A. J. L. Jourdan-, article Diabète.
(3) Marsh, Dublin hospital Reports , t. 111.
(6) Carter, London med. Reposit., novembre 1823.
Valleix, 5e édit.
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résultats. D’autres médecins ont donné Y ammoniaque liquide à la dose de six à sept gouttes dans un verre de liquide sucré, deux ou trois fois par jour, et quelques autres médicaments ammoniacaux.
C’est comme sudorifiques que les préparations ammoniacales ont été principalement administrées; mais l’ammoniaque entre aussi dans la médication. alcaline, et ce que nous dirons plus loin de cette médication s’appliquera en partie à son emploi. Si maintenant nousexaminons d’une manière générale le traitement par les diaphoniques, nous voyons que le grand nombre de faits cités en sa faveur, quoique n’étant pas hors de toute contestation, prouve du moins que le rétablissement de la transpiration cutanée est une des principales indications, et que si l’on n’en a pas obtenu des effets plus grands, c’est que, dans le traitement de la glycosurie, il faut une combinaison de moyens internes et externes qui, séparés, seraient insuffisants.
Alfoilins. — Les rapports acides, l’acidité extrême des liquides contenus dans l’estomac, et de la salive, ont dû engager nécessairement à mettre en usage les alcalins. Aussi voyons-nous AVillis, Fothergill, Fuller, etc., prescrire ces médicaments, et les recommander vivement.
Venu de chaux était employée par AVillis et Fothergill. On la prescrit à la dose de 20 h 30 grammes, deux ou trois fois par jour, pure ou dans du lait. Fuller avait adopté la formule suivante :
Eau de fontaine 6000 gram.
faites bouillir jusqu’à réduction de moitié. A la colature, éteignez dans cette décoction :
If Racine de salsepareille 180 gram.
Raisins de Corinthe coupés. . 240 gram.
Chaux vive
Dose : 90 grammes, trois fois par jour.
600 gram.
On verra plus loin qu’on a prescrit l’eau de chaux à des doses bien plus considérables.
Trader (1) a conseillé la 'magnésie calcinée, à la dose de 6 grammes, et il affirme avoir obtenu deux guérisons complètes qui n’ont exigé qu’un traitement de huit à quinze jours. Devons- nous regarder le fait comme parfaitement démontré? Non sans doute, parce que cet auteur ne fournit pas des détails suffisants; mais la chose n’est pas impossible, car les alcalins peuvent agir en très-peu de temps. Hufeland a recommandé le même médicament.
Ce dernier auteur s’exprime ainsi qu’il suit au sujet d’autres substances alcalines (2) ; J’ai guéri, dit-il, le diabète, suite d’obstruction du foie, par l’usage des eaux alcalines de Carlsbad, de la soude, avec des extraits amers. Lorsque nous exposerons le traitement conseillé par Mialhe, et que nous indiquerons les faits qui en prouvent l’efficacité, on verra quelle place importante tiennent les alcalins dans le traitement de la glycosurie.
Bouchardut (3) s’exprime ainsi au sujet des alcalins : « J’ai vu très-souvent employer les bicarbonates alcalins; mais aucun succès constaté n’est venu me démon-
1) Trader, The New-Englamd Journal, etc., 1 8 2 A.
,'2) Hufeland, Manuel de mèd. prat., article Diabète.
'3j Rouohardat, Annuaire de thérapeutique, 1841, p. 240.
GLYCOSURIE, OU DIABÈTE SUCRÉ. — TRAITEMENT
trer l'efficacité (le cetlc classe d’agents. » Il est probable que dans les essais tentés sous les yeux de cet habile observateur, on n’a agi ni avec assez de hardiesse, ni avec assez de persévérance, et dans tous les cas, il serait indispensable, pour apprécier les faits à leur juste valeur, d’avoir des détails qui nous manquent entièrement.
Rêgimp. — L’influence capitale accordée jusqu’à ces derniers temps à l'alimentation comme cause productrice de la maladie a dù nécessairement faire du régime un des points les plus importants du traitement de la glycosurie. Celse se borne à prescrire des boissons et des aliments astringents ; Arétée veut qu’on se soumette à la diète lactée et féculente , et Aétius conseil e le régime végétal : ces moyens ont été abandonnés après avoir été bien souvent mis inutilement en usage.
Régime azoté. — Sydenham avait signalé les avantages qu’on pouvait retirer d’un régime presque entièrement animal ; mais Rollo insiste bien plus encore sur ce moyen, et entre là-dessus, ainsi que sur les autres parties du traitement, dans des détails que nous croyons devoir consigner ici, en les empruntant à Bouchardat (1).
Traitement de Rollo. — « A déjeuner , un litre et demi de lait et un demi-litre d’eau de chaux, mêlés ensemble; du pain et du beurre.
» A dîner , des boudins composés de sang et de graisse ; l’usage modéré des viande faisandées , et des graisses aussi rances que l’estomac pourra les supporter, telles que celles de porc, etc.
■> A souper , les mêmes substances qu’à déjeuner. Pour boisson journalière, dix milligrammes de sulfure d'ammoniaque dans un décilitre d’eau. On fera au i malade des frictions tous les matins avec du lard , et on lui appliquera une flanelle sur la peau. On ne lui permettra que de très-légers exercices. On lui fera prendre,
: à l’heure du sommeil, vingt gouttes de vin antimonial tartarisè et vingt-cinq gouttes de teinture d'opium; on augmentera graduellement ces doses.
» On appliquera sur chaque région rénale un vésicatoire , et on l’entretiendra avec soin On conservera la liberté du ventre avec une pilule composée de parties > égales d'aloès et de savon.
» Dès le second jour de ce traitement, dit Rollo, l’urine se rapproche de l’urine i naturelle. »
Dans ce traitement de Rollo, dont le régime est la base, nous trouvons à peu près tous les genres de médicaments qui ont été conseillés, sauf les alcalins à dose élevée, qui, d’après les expériences récentes, sont, de tous les moyens dirigés contre la glycosurie, les plus efficaces et les plus indispensables. Aussi les modifications de l’urine observées par Rollo et les cas d’amélioration plus ou moins grande qu’il a recueillis ne doivent-ils pas nous convaincre de l’elïicacilé de cette médication, qui ne pourrait être admise exclusivement qu’autant qu’on aurait rapporté Ides faits bien concluants.
Nicolas et Gueudeville, et plus tard Dnpuytren et Thénard, adoptant pleinement •les idées de Rollo sur l’influence du régime, ont demandé presque uniquement leurs moyens de guérison à l’alimentation, et c’est en supprimant les végétaux et en donnant presque exclusivement du lard, des boudins, du bouillon gras, qu’ils ont 'traité leurs malades. Ce qui a dirigé les médecins dans cette thérapeutique, c’est la conviction où ils étaient que l’urée manquait chez les glycosuriqucs, et que de Cette
(1 ) Bouchardat, toc. cit., p. 23t.
absence de l’urée dépendent tous les phénomènes morbides. Or, nous savons que > cette opinion était fondée sur des expériences incomplètes, et, de plus, des renseignements exacts nous ont appris que les guérisons qu’ils croyaient avoir obtenues n 'étaient que de simples améliorations qui n’ont pas empêché d’avoir une terminaison fatale.
Bouchardat, ayant constaté que le diabète était la conséquence de la transformation de la fécule contenue dans les aliments en matière sucrée, dut nécessairement chercher dans le régime le principal agent thérapeutique contre cette maladie; mais comme, d’un autre côté, l’acidité des voies digestives résultant de la suppression de la transpiration lui paraissait une condition essentielle de la saccharification, il a également insisté sur la nécessité de mettre en usage les sudorifiques, déjà tant vantés. Pour remplir la première indication, il a fait confectionner un pain de gluten , qui ne contient qu’une très-petite quantité de fécule due à l'addition d'un cinquième de farine, toujours nécessaire. Voici maintenant son traitement complet :
Traitement de M. Bouchardat. — 1° Pour régime, remplacer le pain ordinaire par le pain de gluten; s’abstenir de végétaux féculents (pommes de terre, haricots, etc.); pour tout le reste, régime ordinaire.
2° Porter un habillement complet de bonne flanelle; éviter soigneusement le froid, qui pourrait arrêter la transpiration.
Prendre chaque jour la potion suivante :
Carbonate d’ammoniaque. ... 1 gram.l Sirop de sucre 20 grain.
Khum 10gram.|Eau lOOgram.
Mêlez. A prendre par cuillerées.
On peut augmenter graduellement la dose du carbonate d’ammoniaque, et la porter jusqu’à 2, h et même 6 grammes par jour.
l\° Le soir, prendre le bol suivant :
2 c. Thériaque 2 gram. | Extrait d’opium 25 milligram.
C’est à l’aide de ces moyens fort simples que Bouchardat a soigné quatre maades dont il rapporte l’histoire (1). Dans deux de ces cas, les urines sont revenues à leur état normal en très-peu de temps, et, quoique chacun des deux sujets ail ou une rechute, la maladie n’a guère duré plus de deux mois dans le cas où elle s’est prolongée le plus longtemps. Toutefois, nous ne donnons cette durée quecomme probable, parce que celle de la rechute n’est pas précisée. Dans les deux autres cas, il n’y eut qu’amélioration passagère, et l’urine ne cessa pas de contenir
du sucre. . . . , „ ,
Ce qui frappe dans le traitement des deux cas qui ont cesse de présenter des
urines sucrées, c’est la coïncidence de l’amélioration avec l’élévation de la dose du carbonate d’ammoniaque, qui n’a été donné que comme sudorifique, mais qui a dû nécessairement agir en alcalinisant les humeurs.
Mais, en supposant même que les principaux moyens employés n ont eu d autres résultats que de rétablir la transpiration cutanée, on ne trouvera là rien de con-
(D Bouchardat, toc. cit.
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traire à la théorie que nous avons adoptée, puisque ce rétablissement de la transpiration a dû nécessairement rendre le sang plus alcalin, ce qui est indispensable pour la guérison; et si l’on trouvait un moyen qui rendît cette alcalinisation plus prompte et plus sûre, il faudrait se garder de le rejeter, par la raison qu’un certain nombre de sujets ont guéri sans qu’on en fit usage. Or, c’est là ce que nous allons trouver tout à l’heure dans le traitement proposé par Mialhe.
Quant au pain de gluten, on ne doit pas attacher une importance majeure à sou administration; car ce n’est pas la saccharification de la fécule qui constitue la maladie elle-même, mais bien la tendance qu’a le sucre à passer dans les urines sans être altéré et quoiqu’on n’introduise pas de matières féculentes dans l’économie. Toutefois, comme dans ces circonstances le sucre peut être considéré comme un véritable corps étranger, puisqu’il n’est pas assimilé, il pourrait y avoir un grand avantage à mettre en usage le pain de gluten, qui ne contient qu’une très-petite portion de fécule, si ce pain, extrêmement compacte, ne dégoûtait promptement les malades. Or c’est malheureusement ce qui arrive, ainsi que l’a constaté Martin-Solon; et comme, d’un autre côté, l’usage des alcalins et des sudorifiques, administrés de la manière que nous allons indiquer, a des effets puissants, quoiqu’on ne supprime pas complètement les aliments féculents, il sera toujours ; mieux d’en permettre aux malades une quantité suffisante, pour que leur régime ne se trouve pas complètement changé.
[Depuis l’époque où il a publié ses premières recherches sur le traitement du i diabète, Bouchardat n’a cessé de poursuivre son œuvre, et, dans une série de publications successives, il a indiqué les modifications que l’expérience lui avait fait apporter à son traitement primitif.
« Dans mes premiers écrits, dit cet auteur (1), j’avais attribué à l’alimentation tune part trop exclusive; je ne veux pas dire ici qu’elle ne soit point considérable, ique la direction d’un régime alimentaire, qui doit être continué pendant des années, i n’ait pas présenté une foule de difficultés de détail que l’expérience et l’observation «ont seules pu lever. » L’alimentation ne fait pas seulement, d’après Bouchardat, i disparaître le sucre des urines en supprimant les aliments glycogéniques, elle fait I perdre à l’organisme de mauvaises habitudes morbides, en sorte que l’on peut, au bout d un certain temps, permettre l’usage modéré des féculents, à la condition < qu ils soient utilisés et que le sucre ne reparaisse pas dans les urines; pour s’assui rer qu’il en est ainsi, il faut que le malade examine tous les jours ses urines, et si 1 le sucre y réapparaît, qu’il revienne aussitôt aux rigueurs du régime.
Ce que l’on doit poursuivre, quand le sucre a disparu des urines, c’est l’utilisa - 1 lion îles féculents; et, pour l’obtenir, Bouchardat s’adresse à l’ensemble des moyens i que 1 on emploie dans 1 entraînement du pugiliste; ce traitement hygiénique com- 1 prend tout ce qui se rapporte à l’alimentation, à l’exercice, aux soins de la peau, aux influences morales, etc.
Nous n’avons pas à revenir sur l’alimentation; quant à l’exercice, Bouchardat ’ ' que le diabétique se livre à un exercice énergique capable d’amener une bonne ■ sueur de tout le corps et une fatigue modérée : les travaux manuels, les exercices gymnastiques, les promenades en plein air , conviennent également, et un grand
(1) Bouchardat, Annuaire de thérapeutique., 18G5, p. 291.
*‘30 MALADIES CONS'riTUïIONNELLES.
nombre d’observations en démontrent l’efficacité : ils contribuent à faire disparaître le sucre des urines et à empêcher le retour de la glycosurie, même alors que les féculents font partie de l’alimentation : « L’utilisation des aliments féculents chez les glycosuriques, conclut Bouchardat, correspond à l’utilisation des forces en plein air. >> Dans ces exercices journaliers, le malade doit éviter avec soin les refroidissements : il portera de la flanelle et s’habituera à réagir contre le froid.
Les soins de la peau ont une importance extrême : les bains, simples ou alcalins, les lotions froides, les frictions sèches, excitent les fondions de la peau et habituent à réagir contre le froid.
Les influences morales doivent aussi fixer l’attention des médecins : il faut recommander cl écarter les soucis, les occasions de colère, toutes les passions désordonnées.
Les facultés génitales sont très-habituellement affaiblies chez les glycosuriques : aussi devra-t-on leur prescrire, sinon une continence absolue, du moins un usage des plus modérés.
Tel est, en résumé, le traitement hygiénique préconisé par Bouchardat, comme le seul qui puisse revendiquer des guérisons solides et durables.
Plusieurs observations rapportées dans le mémoire que nous venons d’analyser ne laissent, en effet, aucun doute sur l’efficacité de l’exercice forcé, et montrent qu’il est le plus puissant adjuvant du régime. Des faits cités par Bouchardat établissent de la manière la plus évidente que l’on peut, avec l’aide de ces moyens employés avec persévérance, obtenir des guérisons parfaites.]
Palmer, de Birmingham (1), a fait fabriquer des pains féculents moins désagréables que le pain de gluten de Bouchardat, et qui peuvent être très-utiles dans l’alimentation des diabétiques.
« Palmer (de Birmingham) avait fait fabriquer ce pain qui contenait une trèsgrande quantité de son, substance alimentaire, ainsi que l’ont prouvé les recherches de Millon, ce pain avait l’inconvénient d’être difficile à avaler. Palmer a eu l’heureuse idée de remplacer le son par le résidu que fournissent les pommes de terre râpées après qu’on a séparé toute la fécule. Voici comment on prépare ces pains : On prend seize livres de la matière ligneuse des pommes de terre, parfaitement débarassée de la fécule; trois quarts de livre de graisse de mouton ; demilivre de beurre frais; douze œufs; demi-once de carbonate de soude, et deux onces d’acide hydrochlorique étendu d’eau. (Le carbonate de soudé et l’acide hydrochlorique ont pour but de donner à ce pain de la légèreté et du poreux.) On fait de cette masse huit gâteaux que l’on soumet à un feu vif, dans un four, jusqu’à ce qu’ils aient pris une belle couleur brune. Ces gâteaux ont un goût un peu meilleur lorsqu’on les fait légèrement rôtir. Palmer avait d’abord ajouté un peu de gomme arabique ; mais elle rendait le pain si tenace, qu’on a été obligé d’y renoncer. Depuis quelque temps, il additionne son mélange d’un peu de son en poudre.
» Ce pain, d’une nature particulière, a été essayé par plusieurs médecins de Birmingham, Percy, Johnston, etc., qui lui ont reconnu des avantages, et qui
(1) Palmer, The Lance! , et Bulletin général de thérapeutique , 15 mai 1849, t. XX.WI, p. 426.
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ne se sont pas aperçus que sou emploi ait eu l'inconvénient d’augmenter la proportion de matière sucrée dans les urines. »
Traitement de Mialhe.- — Les deux indications capitales du traitement proposé par Mialhe sont : 1° d’introduire dans la masse des humeurs une, quantité de matière alcaline suffisante pour la transformation du sucre de fécule en matière désoxygénantc, et ‘2° de faire sortir, en rétablissant la sécrétion cutanée, les acides qui diminuent l’alcalinité du sang. Pour arriver à ce but, voici les moyens qu’il propose :
1° Les féculents ne doivent pas être entièrement proscrits du régime; néanmoins, pour les raisons données plus haut, il sera bon d’en réduire la quantité de moitié ou au moins du tiers, ce qui ne sera pas une très-grande, privation poulie malade. Ainsi, il ne faudra défendre ni le pain, ni les légumes secs, ni les pommes de terre, etc., dont l’abus seul aurait des inconvénients. Du reste, le régime sera varié comme à l’ordinaire.
2° On commencera par prescrire au malade 6 grammes de bicarbonate de soude, à prendre en trois fois, le matin, vers le milieu de la journée et le soir, dans un verre d’eau, dans un verre de tisane, ou dans une tasse de bouillon. Au bout de deux ou trois jours, on augmentera chaque dose d'un gramme, et lorsqu’on sera parvenu à faire prendre de 1*2 à 18 grammes de bicarbonate de soude chaque jour, on continuera cette dose. Veau de Vichy- sera en même temps administrée aux repas, mêlée avec du vin.
On. lient encore prescrire; le lait de magnésie suivant la formule donnée par Mialhe (1) :
If Magnésie calcinée officinale.
Eau pure
•100 gram.
800 grain.
Eau de fleur d’oranger