MALADIE D’ADDISON
§ I. — Historique et bibliographie.
[Le docteur Addison, médecin de Guy s hospital, à Londres, a publié en 1855 une monographie (l)sur les eiïets locaux et généraux de l’altération des capsules surrénales. Celte maladie, ayant pour signe caractéristique une coloration brune de la totalité ou de certaines parties de la peau, fut plus particulièrement désignée par le docteur Addison sous le nom de peau bronzée ( beonz'd d'in). Grâce à l’initiative de Trousseau, cette maladie porte le nom de maladie d" Addison.
I. Partie physiologique. — Fonctions des capsules surrénales. — Ces organes ont été considérés pendant longtemps, à cause de leur situation, comme des annexes des reins; mais si les capsules sont voisines des reins, elles n’ont pas de connexité nécessaire avec ces organes, et dans les déplacements congénitaux des reins, les capsules ne les accompagnent pas dans leur migration, mais conservent leur place normale. On a renoncé déjà depuis longtemps à l'idée que les capsules surrénales faisaient partie du système uropoélique. Heim (de Berlin), en 1826, et Ilaumann, en 1836, ont pensé que le sang veineux y était révivifié à sa sortie des reins, supposition qui a été réfutée par Rayer et AL Huschke.
Ilewson le premier, puis après lui, Meckel, Cooper, Klein, Rayer, avaient remarqué que chez les monstres acéphales on trouvait les capsules surrénales atrophiées, observations qui paraissent avoir conduit Bergmann (d’Hildesheim) à conclure dans sa thèse inaugurale, en 1859, que les capsules n’étaient pas autre chose que des ganglions nerveux. L’anatomie démontre, du reste, dans ces organes, la présence des éléments nerveux en très-grande quantité. Cassai) et Meckel avaient observé, d’autre part, que chez les nègres les capsules surrénales avaient urt Volume plus considérable que chez les hommes à peau blanche. Quelques cas d’altérations diverses des capsules surrénales avaient été observés, soit en France, soit à l’étranger, par Rayer, Andral, Louis, et Rayer avait publié en 1837 (2) un mémoire dans lequel on trouve décrite l’apoplexie observée dans ces organes sur des personnes âgées et sur des fœtus. En 1851, Brown-Séquard avait signalé à la Société de biologie une altération survenant dans les capsules surrénales après la section d’une moitié latérale de la moelle. Un certain nombre d’anatomistes, parmi lesquels on doit citer Kollikcr, Frey, Eckcr, Gray, Virchow, Leydig, ont décrit minutieusement la structure de ces organes.
Lorsque le livre du docteur Addison parut, la physiologie des capsules Sdrt'énôlcs était très-imparfaitement connue, et, malgré les efforts tentés dans ces derniers
(1) Addison, On the const dutional and local cffcct of discase of the suprarénal capsules, in-4. Londres, 1855.
(2) Rayer, Recherches anutomo-pathologiqucs sur les capsules surrénales (Journal / Expérience, 5U série, t. VIH, p. 385 et 572).
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
temps pour élucider ce point obscur, on peut dire que cette question est à l’étude et ne saurait avoir une solution immédiate. Aucun auteur n’a poussé plus loin les recherches sur la physiologie des capsules surrénales que Brown-Séquard. La découverte d’Addison était à peine comme que Brown-Séquard, en 1856, entreprenait à cette occasion des recherches qui sont consignées dans une série de mémoires présentés à l’Académie des sciences de Paris. Ces recherches portaient sur les résultats de l’ablation des capsules surrénales citez différents animaux. Peu de temps après, le même auteur publiait un mémoire sur la physiologie des capsules surrénales (1). On trouve énoncés, dans ce remarquable travail, les faits physiologiques suivants : sensibilité très-vive des capsules; accroissement, après la naissance, de ces organes qui ne sont pas transitoires comme le thymus ; nécessité de la mort chez tous les animaux domestiques (les seuls sur lesquels on ait fait l’expérience) après l’ablation des capsules. L’auteur a noté le temps que chaque animal survit après l’ablation des capsules : il a obtenu dix-sepl heures et demie comme moyenne générale; chez quelques animaux il a vu survenir des convulsions épileptiformes, et une tendance à la rotation sur l’axe. Sur les animaux dépouillés des capsules, il a trouvé plus de pigment qu’on n’en rencontre ordinairement; il a trouvé également qu’une maladie commune chez les lapins, et qui amène rapidement la mort, semblait liée à une production exagérée du pigment et à une inflammation des capsules surrénales, et essayé de montrer qu’une grande analogie existait entre les symptômes de cette maladie, ceux de la maladie d’Addison, et ceux que l’on observe après l’ablation des deux capsules. Enfin, des faits observés par Addison et de ses propres expériences, Brown-Séquard lirait cette conclusion, qu’en l’absence des fonctions des capsules, il se faisait une accumulation de pigment dans le sang chez les animaux et dans la peau chez l’homme, et que l’une des fonctions des capsules paraissait être de modifier une substance douée de la propriété de se transformer en pigment, modification d’après laquelle cette substance perdrait cette propriété.
Quelques-uns de ces résultats furent contestés par Gratiolet et Philipeaux, qui pensaient que la mort était duc, dans le cas d’ablation de ces organes, non pas a l’absence d’une fonction nécessaire à la vie, mais au traumatisme de l’opération. Philipeaux a déclaré que la mort, après celte ablation, pouvait ne pas survenir chez les rats albinos; il vit même survivre à cette opération des animaux à poils colorés. Martin-Magron conserva pendant sept semaines un chat auquel il avait enlevé les capsules surrénales, et dans le sang duquel il n’avait pu constater la présence du pigment. Cependant Brown-Séquard n’abandonna pas sa première opinion, et, en 1858, il publia (2) un nouveau mémoire dont voici les conclusions :
1° Les fonctions des capsules surrénales semblent être essentielles à la vie chez les animaux non albinos.
2° La suppression immédiate et complète de ces fonctions amène la mort trèsrapidement.
3° La suppression graduelle de ces fonctions amène la mort au plus tard aptes
(1) Brown-Séquard, Recherches expérimentales sur la physiologie et la pathologie di s capsules surrénales (Archives générales de médécine, oct. et nov. 185G;.
(2) Iîrown-Séquard, premier numéro de son Journal de physiologie, 1853.