MALADIE D’ADDISON. — HISTORIQUE
un petit nombre de mois, et chez certaines espèces animales, en quelques jours.
I\° L'ablation simultanée des deux capsules surrénales amène la mort, en général, notablement plus vite que l’ablation des deux reins.
5° Si certains animaux albinos semblent capables de survivre définitivement à l'ablation des capsules surrénales, ce fait vient à l’appui de l’opinion (émise par l’auteur) que l’une des causes principales de mort chez les animaux non albinos, après la perte de ces petites glandes, consiste dans une accumulation de pigment.
Beaucoup d’auteurs refusent aux capsules surrénales des fonctions aussi importantes que celles qui leur sont attribuées par Brown Séquard, et ne considèrent pas ces organes comme indispensables à la vie. Outre ceux que nous avons cités plus haut, plusieurs expérimentateurs ont vu survivre des animaux qui avaient subi l’ablation des capsules. Quant à la cause de la mort qui survient dans la plupart des expériences, Brown-Séquard la trouve dans l’ablation des capsules ; Gratiolet dans le traumatisme de l’opération; plus récemment, dans un travail important sur ce sujet (1), Harley a attribué la mort à la lésion des nerfs ganglionnaires qui avoisinent les capsules surrénales, et spécialement à celles du ganglion semi-lunaire droit.
Châtelain (2) et Schiff (3), cités par Martineau, ont daus ces derniers temps pratiqué l’ablation des capsules, et quelques-uns des animaux opérés ont guéri. Ces auteurs ont conclu de leurs recherches que les capsules surrénales ne sont pas indispensables à la vie, et en outre qu’elles n’ont pas pour fonction de détruire le pigment ; ayant, en effet, examiné à diverses reprises le sang des animaux qui avaient survécu à l’opération, ils n’ont pu y rencontrer le pigment, et n’ont vu survenir aucune altération de couleur dans la peau et les autres tissus.
On voit qu’il est très-difficile, au milieu des contradictions qui régnent encore entre les physiologistes, d’avoir une opinion sur les fonctions des capsules surrénales, et que ce point réclame encore de nouvelles recherches.
II. Partie pathologique. — -Lorsque le livre du docteur Addison eut été publié en Angleterre, en 1855, les médecins anglais recherchèrent avec zèle les faits de ce genre. Le docteur Jonathan Ilutchinson fit appel à tous ses confrères dans le Medical Times, et parvint, dans l’année 1856, à réunir un grand nombre d’observations de la maladie. Addison en avait consigné onze cas, depuis lors dix-neuf autres cas ont été recueillis en Angleterre; ce qui porte le chiffre total à trente. Les médecins qui se sont le plus occupés de ces recherches sont les docteurs Ilutchinson, Farre, Banking, Vincent, Gibbon, Monro. En France, dès 1856, au mois de mars, Lasègue publiait (U) un article critique intitulé : « Les maladies des capsules surrénales.; symptômes et diagnostic, d’après Addison. » Cet article est le premier qui ait paru en France sur cette question. Trousseau, au mois de septembre de la même année (1856), communiquait à l’Académie de médecine (5) une observation de peau bronzée avec lésion des capsules surrénales qu’il avait recueillie dans
(1) Harley, The histology of the suprarénal capsules, dans la Lancette anglaise , numéros
du 5 et du 12 juin 1858. »
(2) Châtelain, thèse inaug., Strasbourg, 1859.
(3) Maurice Schiff (de Florence), l’ Imparziale du 26 mars 1863.
(A) Lasègue, Les maladies des capsules surrénales, symptômes et diagnostic d’après Addison ( Archives générales de médecine, 1856, 5e série, t. VII, p. 257).
(5) Trousseau, Bulletin de l’Académie de médecine ■ Paris, 1856, t. XXI, p. 1036. — Voyez aussi Trousseau, Clinique médicale de l’ Hôtel-Dieu, 2e édit. Paris, 1865, t. III, p. 533.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
son service (le l’Hôtel- Dieu, et demandait que cette maladie s’appelât désormais maladie d’Addison. Au mois de septembre 1856 également, Ferréol publiait une observation de la meme maladie (1). Depuis cette époque, les observations se sont multipliées, et même il a paru sur ce sujet plusieurs travaux d’ensemble, parmi lesquels nous citerons ceux de Damier (2), de Hecht (3), les thèses de Châtelain, de Laguille, et surtout celle de Martineau (A), où se trouvent rassemblés toutes les observations et les documents relatifs à la maladie d’Addison.
L’exposé qui précède montre que si la physiologie des capsules surrénales n’est pas comme encore, il n’en faut accuser que l’imperfection relative de nos connaissances générales et de nos moyens d’observation, et non le zèle des physiologistes. La maladie d’Addison est peut-être destinée, à mesure qu’elle sera mieux ou plus longuement étudiée, à éclairer cette question de physiologie.
§ II. — Symptômes.
Les symptômes les plus frappants sont les suivants : affaiblissement progressif, perte de l’appétit, vomissements; apparition sur la peau et certaines, muqueuses de taches pigmentaires de couleur brune, ou même d’une teinte foncée répandue sur tout le tégument.
Début, prodromes, causes prédisposantes. — Cette maladie est essentiellement chronique, comme toutes les cachexies. C’est même en cherchant à classer les cachexies qu’Addison est arrivé empiriquement à découvrir cette nouvelle espèce morbide. Il ne faut donc pas s’étonner si la plupart des malades n’ont attiré l’attention qu’alorsque l’état cachectique existait déjà chez eux depuis assez longtemps. Le plus grand nombre étaient des gens atteints de cancer, soit à la mamelle, soit à l’estomac, ou d’affections tuberculeuses, de mal de Pott; d’autres étaieni affaiblis par des excès, par l’alcoolisme ; ainsi on peut dire que le début de la maladie appartient souvent à des causes variées de cachexie. Dans un très-petit nombre de cas, la maladie a paru primitive. Aussi, en présence des conditions défavorables au milieu desquelles ont vécu la plupart des malades, des maladies graves dont ils étaient affectés déjà, on s’est demandé si l’on ne pouvait pas regarder la coloration bronzée comme le résultat des cachexies profondes, et des altérations d’organes essentiels dont elle est si souvent accompagnée (Hecht). On a jusqu’ici observé plus souvent celte maladie chez les hommes que chez les femmes. C’est surtout dans l’âge moyen qu’elle paraît sévir.
Apparition des symptômes propres à la maladie. — Cette apparition est quelquefois lente, mais elle a été parfois assez rapide. Le plus souvent ce sont des vomissements opiniâtres, avec un dégoût marqué pour b s aliments, et habituellement de la constipation. Un malaise général sans fièvre, un sentiment de faiblesse, de courbature, et le plus souvent une sorte d’anéantissement, accompagnent ces premiers accidents. L’anémie est quelquefois portée à son comble. Les conjonctives sont bleuâtres, les muqueuses décolorées, et tous les autres signes habituels de
(1) Ferréol, Gazette médicale, septembre 1856.
(2) Damier, De l’état actuel de nos connaissances sur la maladie bronzée d’Addison (Archives générales de médecine , 1857, 5'' série, t. IX, p. 34).
(3) ileclit, Société méd. allemande , 1857. Voy. Gaz. hebdom., 1858, p. 82.
(A) Martineau, De la maladie d'Addison, thèse inaug. Paris, 1864.