MALADIE D’ADDISON. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
l’anémie se montrent. On avait pensé d’abord que l’amaigrissement ne survenail pas, et que cette cachexie offrait ce caractère particulier d’altérer profondément I économie sans amener l’émaciation. Celte observation n’est pas toujours juste. Elle ne saurait l’être lorsqu’il s’agit d’un malade phthisique ou de toute autre personne atteinte d’une maladie organique, telle qu’un cancer de l’estomac, par exemple. D’ailleurs, la marche plus ou moins rapide de l’affection influe nécessairement sur le plus ou moins de rapidité de l’émaciation. Certains malades éprouvent une céphalalgie intense, et nul doute que la névralgie ne puisse venir compliquer cet état d’anémie, .lusque-là on comprend que le caractère essentiel de la maladie échappe au médecin, mais il ne saurait plus en être ainsi dès qu’apparaît le signe caractéristique, nécessaire, qui est la coloration bronzée. Parmi les auteurs, les uns ont d’abord pensé, à première vue, que les malades étaient des gens de sang mêlé, ou des Indiens, tant était intense et diffuse cette coloration dont nous allons décrire le siège le plus habituel. C’esi ordinairement à la face, au cou, aux aisselles, aux mains, au scrotum, autour de l’ombilic, que se montre cette coloration. Elle est quelquefois brune, couleur de terre (sépia) ; d’autres fois couleur de bronze, de vert-de-gris, parfois plus noire et presque semblable à une tache d’encre. Lorsque cette coloration est diffuse, généralisée, peu intense, on peut la méconnaître; il n’en est pas de même lorsqu’elle est disposée par plaques sur le front, autour des lèvres, aux mains,
> et forme sur la muqueuse des lèvres de petites taches noirâtres caractéristiques. Quoique l’étude anatomique de ces taches ne soit pas encore complètement achevée, cependant on peut affirmer qu’elles sont dues non à du sang épanché, ni à des i parasites cutanés, mais au pigment, élément normal, sécrété en trop grande abondance et déposé dans la peau. On a trouvé une fois des dépôts analogues dans le i péritoine. Ce signe a donc une valeur pathognomonique considérable, et l’on peut • dire qu’il constitue presque à lui seul la sémiologie de cette affection ; en effet, on ne le rencontre dans aucun autre cas.
§ m. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Les malades semblent, à partir du moment où la coloration bronzée apptjrail,
1 être voués à une mort certaine, Si jusque-là la maladie a marché lentement, sans fièvre, et n’a été caractérisée que par un affaiblissement graduel et des troubles gastriques, il n’en est pas de même dans les derniers temps, et les malades tombent dans le marasme. Cependant la terminaison de la maladie n’a pas toujours lieu lentement, elle est parfois brusque, inattendue, comme subite, et sans qu’on puisse comprendre le mécanisme de la mort. Ou a noté eu plusieurs circonstances des troubles cérébraux, des syncopes, et une fois une apoplexie. Si l’on rapproche ces cas de ceux où les animaux mis en expérience par les physiologistes sont morts subitement, on sera tenté de croire que la mort ne résulte pas seulement du progrès de la cachexie et de la perte totale des forces, comme cela a lieu dans la fièvre hectique, ou de quelque complication, mais qu’il existe dans la maladie une cause de mort rapide qui n’a pu être saisie jusqu’ici par les observateurs. La durée de la maladie a été, dans le plus grand nombre des cas, de plusieurs mois, souveut de cinq à six mois; une fois elle a duré vingt-deux mois, une autre fois elle n’a duré que deux mois.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
MO
§ IV. — Anatomie pathologique.
Dans la plupart des cas de peau bronzée observés jusqu’ici, les capsules surrénales ont été trouvées malades, et dans quelques cas elles étaient seules malades, aucun autre organe ne présentant de lésion. Ces altérations des capsules surrénales sont très-diverses, et c’est là, ainsi que le fait très-judicieusement observer Danner, un fait digne d’intérêt, en ce qu’il tend à prouver que les états cachectiques, qu’on se représente en général comme ayant leur point de départ dans des altérations organiques de nature identique, mais de siège variable, peuvent encore succéder à des désordres variables quant à leur nature, mais surtout quant à leur siège. Le plus souvent les capsules sont augmentées de volume et contiennent des dépôts d’apparence tuberculeuse, soit que ces dépôts forment une masse compacte ayant une consistance de tubercule cru, soit qu’il y ait un grand nombre de petits noyaux disséminés. Plusieurs fois de véritables collections purulentes ont été trouvées dans les capsules; d'autres fois on y a vu une sorte de ramollissement et de désorganisation de la substance centrale ou médullaire. On a noté également des dépôts d’apparence cancéreuse, et souvent l’existence de corps amorphes d’apparence fibrineuse, contenant une grande quantité d’éléments graisseux et des sels calcaires. Ainsi, ce n’est pas la nature, c’est le siège de la lésion qui est cause de la maladie bronzée.
Cependant il ne faudrait pas considérer la lésion des capsules surrénales comme une condition absolue du développement de la maladie d’Addison. Plusieurs fois il est arrivé qu’on a trouvé ces organes complètement sains; et, même dans un cas, il y avait absence des capsules, et en même temps intégrité de tous les autres organes. Ce sont là des faits exceptionnels, il faut l’avouer; mais ils n’en ont pas moins une valeur très-grande, et fournissent un puissant argument aux auteurs qui refusent de voir dans l’altération des capsules la cause de la maladie bronzée, et qui considèrent cette dernière comme une névrose.
§ V. — Diagnostic, pronostic, traitement.
On ne confondra pas la maladie d’Addison avec la teinte bronzée qui résulte de l’usage intérieur du nitrate d' argent (1).
Il est plus difficile de la distinguer de la mélanémie , et quelques auteurs ont même fait cette confusion. Pourtant, si l’on considère que la mélanémie reconnaît toujours pour cause une fièvre intermittente antérieure, que dans cette maladie le sang est altéré et qu’on y trouve des corpuscules pigmentaires, que la coloration, au lieu d’être bronzée, est brun grisâtre, que cette coloration, uniformément répandue sur le tégument externe, ne se montre jamais sur les muqueuses, etc., on arrivera le plus souvent à établir le diagnostic de ces deux maladies.
Jusqu’à présent tous les malades chez lesquels la peau bronzée a été observée avec tous les caractères que nous avons décrits ont succombé. Néanmoins, comme les observations sont peu nombreuses, souvent incomplètes, et que le diagnostic a souvent été fait le scalpel en main, il est sage de ne pas affirmer que le pronostic de cette maladie soit nécessairement mortel. L’avenir élucidera cette question. Le traitement n’a point encore été formulé. ]
(1) Voyez tome V, Maladies de la pëau.