FOLIE. — SYMPTÔMES
rien à noter de particulier dans l’état physique, si la santé n’est en rien troublée, chez un grand nombre aussi se présentent des phénomènes remarquables, soit du côté de la circulation, soit du côté de la sensibilité, soit du côté de l’appareil locomoteur, soit enfin du côté de l’appareil digestif.]
L’état de la circulation a été noté par différents auteurs. Foville, en observant le pouls sur 62 malades pris au hasard, a trouvé pour moyenne 8ù pulsations par minute. Leuretet Mitivié (1), après avoir compté le pouls pendant vingt-huit jours chez 89 aliénés, ont obtenu une moyenne de 82. Suivant eux, la fréquence du pouls varie dans les différentes espèces d’aliénation ; mais dans celle où la fréquence leur a paru être le moins considérable, la moyenne a encore été de 76. Ils ont, en outre, trouvé une fréquence plus grande en été qu’en hiver, plus grande aussi chez les vieillards que chez les jeunes gens ou les adultes, et chez les malades maigres et faibles que chez les malades forts et robustes.
[Chez les mélancoliques, surtout dans, les formes où la dépression est profonde, la circulation est singulièrement, ralentie. Le pouls, petit et faible, bat h peine 60 pulsations ; les extrémités sont froides et violacées; en hiver, elles deviennent e siège d’érythèmes qui passent facilement à l'ulcération. La peau du visage, celle des mains, reste froide, et l’élévation de la température n’active pas la circulation. Il en résulte un aspect particulier du malade qui parfois a de la bouffissure, un œdème passif des extrémités, parfois une teinte jaune rappelant celle des cachexies.
La sensibilité peut être exaltée, diminuée ou complètement abolie. Si l’exaltation est rare, l’anesthésie et l’analgésie sont bien plus communes, elles peuvent être, à leur tour le point de départ de conceptions délirantes d’une invincible ténacité (2).
Aux troubles de la sensibilité vient s’ajouter {'insomnie dont la persistance varie avec les formes d’aliénation mentale. Dans les manies et dans les mélancolies aiguës, il n’est pas rare de voir des malades privés de sommeil pendant des mois entiers. Chez d’autres malades, c’est surtout vers le soir que s’accroissent les troubles ; chez les alcoolisés, par exemple, les hallucinations terrifiantes s’exagèrent pendant la nuit, et le repos n’arrive que vers le matin. D’autres fois l’insomnie n’est que passagère; elle marque souvent le début de la folie.
La physionomie de l’aliéné reflète souvent les préoccupations qui assiègent l’esprit. Les traits du mélancolique expriment l’abattement, l’inquiétude ; son attitude humble, suppliante ou craintive, ses gestes, sont en rapport avec la conception délirante triste qui enchaîne toutes ses facultés. Le maniaque a la physionomie mobile, les yeux brillants; il parle avec volubilité, les mots se pressent et forment d’incohérents assemblages ; il ne reste pas en place, il prend des attitudes bizarres, etc. La démence simple, la démence paralytique, s’annoncent extérieurement par le défaut d’expression, par l’indifférence, par une démarche lente, etc.; l’aliéné, à quelque moment qu’on l’observe, est toujours à peu près le même. Nous aurons occasion de revenir sur ces symptômes généraux en décrivant chaque forme en particulier.
Les fonctions digestives varient elles-mêmes dans l’état d’excitation et dans 1 état
(1) Leuret et Mitivié, De la fréquence du pouls chez les aliénés. Paris, 1832, in- 8 .
(2) L. V. Marcé, Des altérations de la sensibilité, thèse d’agrégation. 18G0.
NÉVROSES
de dépression. Dans le premier, l’appétit est souvent exagéré, mais il est loin de l’étre toujours, car on trouve des aliénés qui refusent systématiquement l’alimeniation, l’acceptent et la refusent encore, sans donner de leur détermination des raisons acceptables. Les mélancoliques mangent peu, le tube digestif participe à lenteur des fonctions de tous les autres appareils; souvent des constipations opiniâtres, souvent aussi d incoercibles diarrhées : ces dernières arrivent dans les périodes avancées de l’affection, quand une longue durée du délire a amené dans l’état général une détérioration profonde.
Les troubles de la menstruation sont habituels dans toutes les formes aiguës, et il ne faudrait pas croire cpie la suppression des règles doive être considérée comme un symptôme fâcheux dans l’immense majorité des cas. On peut dire de la menstruation comme de toutes les autres fonctions, que si ces troubles coïncident avec la période aiguë, leur valeur sémiologique ne doit pas être exagérée, et qu’en général, ces désordres emportent d’emblée un pronostic moins grave que le rétablissement régulier, normal des fonctions, sans , qu’une modification analogue se soit produite dans l’état mental. Il y a toujours lieu de craindre le passage à la chronicité quand l’état physique s’améliore tout d’un coup, et que l’intelligence reste troublée.
Ces considérations générales nous permettent de décrire maintenant les formes que nous avons admises. Nous ne pouvons que décrire ici les formes types, celles qui réclament l’intervention momentanée du médecin. Quant aux formes complexes dont la description nous entraînerait trop loin, nous renvoyons aux traités spéciaux.
ARTICLE IL