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MANIE, MÉLANCOLIE

sistance de l’agitation amène promptement l’amaigrissement, mais la constitution, dans les cas de manies simples, sans complication, ne s’altère pas pour cela. On ne saurait se faire une idée de l’indifférence de l’organisme à la plupart des causes qui dans d’autres conditions auraient de fâcheuses influences. La perte à peu près complète du sommeil n’amène pas la perte des forces, et les maniaques, après plusieurs mois passés dans une agitation presque continuelle, conservent la même énergie de résistance qu’au début de l’accès. Dans les manies qui éclatent chez des sujets tuberculeux, nous avons constaté déjà plusieurs fois que l’état du poumon ne s’aggravait pas pendant toute la durée de l’accès, mais dès que le calme revenait, la phthisie marchait avec une rapidité très-grande vers la terminaison fatale.

Les désordres, l’agitation, ne sont pas toujours au même degré pendant l’accès de manie : il se présente des périodes plus calmes, puis des paroxysmes allant jusqu’à la fureur. Poussés alors par une force aveugle, les malades, pendant quelques heures, brisent, déchirent tout ce qui tombe sous leurs mains, il n’y a rien autre chose à faire dans ces cas, que de les empêcher de se nuire à eux-mêmes et de nuire aux autres par l’emploi des moyens appropriés. Il est rare que les maniaques ne deviennent pas malpropres : c’est par insouciance, ou par calcul qu’ils en arrivent là, et non par la paralysie des sphincters.

La durée moyenne d’un accès de manie franche varie de cinq à huit mois. La convalescence s’annonce par le retour du sommeil, par une diminution dans l’excitation. Les malades commencent à s’asseoir, à rester quelques instants calmes dans le même endroit ; ils écoutent et répondent à peu près juste aux questions. Ils ne peuvent longtemps se contenir, mais du moins ils acceptent quelques échanges : deux ou trois jours se passent ainsi, puis l’agitation reparaît pendant quelque temps, pour décroître de nouveau, et peu à peu le calme se rétablit franchement; l’appétit revient ; l’embonpoint qui coïncide avec cette période est toujours bon signe; il en est de même du rétablissement de la menstruation quand elle a été supprimée complètement pendant les mois remplis par l’agitation maniaque. L’apparition de furoncles est aussi d’un bon augure.

b. La manie chronique ne se présente pas avec les mêmes caractères. Si l’ incohérence dans les idées et dans les actes y persiste, si les hallucinations et les illusions s’y retrouvent toujours, les conceptions délirantes sont moins nombreuses, moins variées : le cercle du délire s’est rétréci, et c’est dans ce cercle restreint que se circonscrivent tous les troubles. C’est l’une des formes les plus communes, Yexcitation en est le phénomène dominant; l’exagération du sentiment de supériorité se traduisant par les idées orgueilleuses, en est l’un des caractères saillants; c’est un état uniforme, dans lequel apparaissent, à des intervalles parfois réguliers, de véritables paroxysmes d’agitation. C’est alors ce qu’on appelle la manie périodique. Ces accès, qui ne durent que quelques jours, ramènent pour un moment l’aliéné au type de la manie aiguë; mais dès qu’ils disparaissent, le délire reprend ses allures accoutumées, jusqu’au moment où, par la longue durée de la maladie et les progrès de l’àge, se révèle enfin la lésion terminale, le passage à la démence.

2° Mélancolie. — Délire général avec dépression; phrénalgie de Guislain; lypémanie d’Esquirol, spécialement caractérisée par la prédominance de sentiments ou d’idées tristes avec un état de dépression plus ou moins profond.

Le début delà mélancolie, comme celui de la manie, peut être brusque ou bien

NÉVROSES

précédé de quelques jours de malaise, avec agitation, insomnie ; les conceptions délirantes finissent par se dégager : nombreuses au début, elles donnent presque immédiatement au malade cet aspect craintif, inquiet si caractéristique : la physionomie s’altère rapidement, les sécrétions diminuent, et pour peu qu’un état de panophobie se déclare, les mélancoliques se cachent, fuient, refusent les aliments, se blottissent dans les endroits les plus sombres; la plus haute expression de celte forme d’aliénation est la stupeur (1).

Symptômes. — Les conceptions délirantes dans la mélancolie ont toutes le caractère de la tristesse. Les malades se croient perdus, ruinés, déshonorés, accusés de crimes imaginaires; des hallucinations impérieuses, terrifiantes, les plongent dans un état d’anxiété continuelle, que viennent accroître de nombreuses illusions; les malades protestent de leur innocence, ou bien s’accusent eux-mêmes des crimes les plus monstrueux. Rien n’égale la méfiante susceptibilité des mélancoliques, tout alimente leur délire, et les interprétations les plus fausses sont données aux paroles, aux gestes les plus insignifiants. Les craintes d’être empoisonné, ou de présenter une oblitération des voies digestives, conduisent souvent au refus complet des aliments ; bien différent en cela du maniaque, dont la mobilité ne permet guère de persistance dans les déterminations, le mélancolique refuse pendant des journées entières, il faut en venir à l’alimentation par la sonde œsophagienne, sinon l’aliéné mélancolique se laisserait mourir d’inanition. Les impulsions suicides sont communes dans la mélancolie. Nous ne faisons que les signaler ici, nous les retrouverons plus loin dans les délires partiels, avec des caractères plus nettement tranchés.

U état physique ne présente pas moins de troubles. Nous avons déjà signalé l’insomnie, le ralentissement des sécrétions ; on constate encore le ralentissement de la circulation , le pouls est petit, la chaleur de la peau s’abaisse ; chez quelques malades, le toucher donne la sensation de l'enveloppe visqueuse et froide des reptiles. L’œil est terne-, le regard fixe; la langue est saburrale, les garderobes rares, les urines peu abondantes et foncées en couleur. En un mot, toutes les fonctions sont comme arrêtées, et cet état est d’autant plus prononcé que la conception délirante est plus fixe, que la dépression est plus profonde. Comme la manie, la mélancolie existe à l’état aigu ou à l’état chronique. Aiguë, elle parcourt en cinq à six ou huit mois ses diverses périodes, présentant des alternatives de rémission, puis de dépression; le début de la convalescence est marqué par le retour aux habitudes de la vie, par le réveil des sentiments affectifs, par la possibilité de s’occuper quelques instants et par une demi-conscience de l’état de maladie. Comme pour la manie, le retour des fonctions périodiques, le sommeil, le rétablissement des fonctions digestives, annoncent la fin de la maladie. Comme pour la manie encore, le passage à la chronicité est marqué par une amélioration dans l’état physique auquel ne correspond pas parallèlement une modification de l’état mental. Dans ce cas, le délire se circonscrit, se limite, et c’est parmi les mélancoliques chroniques que l’on classe ce grand nombre de malades à délires tristes, caractérisés par des idées de persécution, de damnation, de possession, etc.

(1) EtocDémazy, De la stupidité chez les aliénés , thèse de Paris, 1838. — Baillargcr, De la stupidité chez les aliénés (Annales médico-psychologiques , janvier et mars ISA 3).

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