NÉVRALGIE EN GÉNÉRAL
En quelque point du corps que se manifeste la névralgie, elle a des caractères généraux et communs.
[Peu connue dans l’antiquité, la névralgie a commencé à être bien étudiée par Cotugno (1), puis par Chaussier (2), par Vallcix (3), par Notta (A), Sandras (5), Trousseau et Axenfeld.]
§ I. — Définition, synonymie.
La névralgie consiste dans une douleur plus ou moins violente, ayant son siège sur le trajet d’un nerf, et disséminée par points circonscrits : véritables foyers douloureux d’où partent, par intervalles variables, des élancements ou d’autres douleurs analogues, et dans lesquels la pression, convenablement exercée, est plus ou moins douloureuse.
Si nous avons séparé les névralgies des viscéralgies, c’est que, selon nous, les névralgies présentent des particularités importantes et qu’elles forment un groupe pathologique bien distinct.
Chaussier a désigné sous le nom de névralgie l’affection qui nous occupe ; cette dénomination a été généralement adoptée, et ce n’est que dans les névralgies, en particulier, que nous trouvons des noms différents, tels que tic douloureux , sciatique, etc.
Les névralgies sont des affections très-fréquentes, et, depuis qu’on les recherche avec plus de soin, on en découvre un très-grand nombre qui passaient inaperçues ; c’est ce que nous voyons en particulier pour la névralgie intercostale.
§ n. — Causes.
Causes prédisposantes. — Age. — C’est de vingt à cinquante ans que se montre le plus grand nombre des névralgies. Vient ensuite la période de cinquante à soixante. Avant l’âge de dix ans, cette affection est extrêmement rare.
Sexe. — La névralgie, considérée d’une manière générale, se produit à peu près aussi souvent chez la femme que chez l’homme; mais, dans certaines névralgies, la proportion est bien différente suivant les sexes : c’est ainsi que la femme est bien plus sujette à la névralgie dorso-intercostale, et l’homme h la névralgie sciatique. La névralgie est, avant l’àge de trente ans, plus fréquente chez la femme ; c’est l’inverse qui a été noté après ce! âge.
(1) Cotugno, De ischiade nervosa.
(2) Chaussier, Table synoptique de la névralgie, 1803.
(3) Yalleix, Traité des névralgies ou affections douloureuses des nerfs. Paris, 1841.
(4) Notta, Mémoire sur les lésions fonctionnelles qui sent sous la dépendance des névralgies ( Arch . gén. demécl., 1854, 5e série, t. V, p. 1, 290 et 543).
(5) Sandras, Traité pratique des mal. nerveuses, 1862.
NÉVROSES
La constitution, le tempérament, V habitation, la nourriture, h profession, les climats , les habitudes, n’ont pas une influence réelle sur les névralgies. [Certaines diathèses paraissent avoir une action plus manifeste, telles que les diathèses rhumatismale, herpétique, etc. La disparition d’une maladie cutanée peut donner lieu a des névralgies. L influence des altérations du sang, soit par la variation de scs éléments normaux, soit par la présence d’éléments étrangers (toxiques), n’est pas moins évidente.]
La menstruation, la grossesse, surtout pendant les premiers mois, la lactation, prédisposent aux névralgies.
Causes occasionnelles. — Le refroidissement prolongé a été constaté le plus fréquemment. Rarement la maladie se développe immédiatement après la suppression des règles, ou dans un mouvement brusque.
L’exagération momentanée de la force motrice (Sandras), le traumatisme , déterminent souvent des névralgies, comme on le voit à la suite de plaies, de contusions, d’application de forceps, etc.
[Émile Dubois (1), le premier, a signalé l'intermittence quand il va solution de continuité, ainsi qu’on peut l’observer dans le zona, les brûlures, etc.] La névrite, l’inflammation du névrilème, la compression des nerfs par une tumeur cancéreuse, syphilitique (2), un névrome, etc. , développés sur leur trajet, sont aussi des causes de névralgie.
§ III. — Siège de la maladie, points douloureux.
La névralgie, telle que nous l’avons définie, n’occupe que les nerfs sensitifs, et principalement les parties les plus superficielles de ces nerfs. Il en résulte des points douloureux, dont nous aurons à parler. Les points douloureux que la névralgie constitue se trouvent placés dans quatre points principaux du trajet des différents nerfs : 1° au point d'émergence d'un tronc nerveux : ainsi à la sortie des trous sus et sous-orbitaires, etc. ; 2° dans les points où un filet nerveux traverse les muscles pour se rapprocher de la peau dans laquelle il vient de se jeter : ainsi les parties dans lesquelles se rendent les nerfs spinaux, etc. ; 3° dans les points où les rameaux terminaux d’un nerf viennent s’épuiser dans les téguments : ainsi à la partie antérieure des nerfs intercostaux, etc.; 4° enfin, aux endroits oh des troncs nerveux deviennent très-superficiels : par exemple, celui où le nerf péronier contourne la tete du péroné. Parmi ces points, ceux qui sont le plus fréquemment et le plus violemment atteints, sont les points d’émergence.
§ IV. — Symptômes.
Début. — Dans les six septièmes des cas, la névralgie se développe graduellement, mais d’une manière plus ou moins rapide. C’est d’abord une pesanteur, une douleur sourde, une chaleur, en un mot une sensation incommode ; cette sensation douloureuse va ensuite en augmentant, et devient une douleur aiguë. Dans un septième des cas, le début a été subit.
Symptômes. — La douleur est le principal et presque l’unique symptôme de la névralgie. Il importe de distinguer la douleur spontanée de la douleur a la pression.
(1) Émile Dubois, De ta névralgie traumatique (daz. hebd., 1 b G 1 , n° 5). Charles I.onde, thèse inaug., 18(50.
(2) Zambaco, Des affections nerveuses syphilitiques, p. 103. Gros et Lanceraux, p. 41.