‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 24 sur 369 · TYPHUS ET TYPHUS FEVER · texte numérisé non relu

TYPHUS ET TYPHUS FEVER

§ I. — Considérations générales.

[Le typhus est une fièvre pestilentielle, qui paraît avoir sévi sur différents points du monde ancien, depuis la plus haute antiquité. Celte maladie règne épidémiquement et endémiquement ; elle est profondément infectieuse et contagieuse; elle atteint surtout les hommes rassemblés en grand nombre dans des espaces restreints, et vivant dans des conditions insalubres; aussi séx it-elle principalement sur les camps, les villes assiégées, les navires et les prisons. Importé par un ou plusieurs malades qui forment un noyau d’infection, le typhus rayonne et devient rapidement épidémique dans les lieux où il est introduit. Ce rayonnement est souvent limité, quelquefois il s'étend au loin. Parfois c’est une épidémie rapide qui passe, fait de nombreuses victimes et disparaît. Ces épidémies font époque, elles ont leurs historiens. Telles sont les épidémies de typhus décrites en 1505 et 1528 par Fracastor, sous le nom de fièvre 'pétéchiale épidémique ; en 1556, par les auteurs allemands, sous le nom de viorbus Hungaricus. En 1580, Pierre de Castro, à Vérone; en 1623, Rivière, à Montpellier; en 16A3, Willis, à Oxford; en 1692, Ramazzini, et en 1699, Hoffmann, décrivirent de semblables épidémies. Au XVIIIe siècle, Serink, Lecat, Haen firent des observations identiques. Les grandes guerres du commencement de notre siècle furent un puissant moyen de faire naître et de propager le typhus. Pinel, Geoffroy, Laugier, Rasori, Pringlc, Frank, et une foule d’autres auteurs écrivirent à cette époque sur le typhus. On consultera avec profit l’excellent livre de Borsieri (Instituts) sur cette question. Parmi nos contemporains on doit citer Forget (2), Baudens, Michel Lévy, Godelier, Cazalas, Marroin, et Barrallier (de Toulon), auteur d’un Traité complet du typhus (3). Bien des générations ont ignoré le typhus ou ne l’ont connu que comme un fait lointain. C’est dans ces périodes de répit qu’on a vu des médecins suspecter l’intelligence des anciens auteurs, et soutenir que le typhus n’était pas autre chose que la fièvre typhoïde. C’est d’ordinaire la clinique, c’est-à-dire l’observation au lit du malade, qui doit juger de semblables questions. A notre époque, pendant une longue période

(1) Clinique medicale de T Hôtel-Dieu, 2e édition. Paris, 1865.

(2) Preuves cliniques de lu non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde ( Gazette médicale de Paris, 1855, nos 42-43).

(3) Barrallier, Du typhus épidémique et Histoire épidémique des épidémies de typhus observées au bagtie de Toulon , in-8. Paris, 1861.

FIÈVRES

cle temps, le typhus ne s’est pas montré clans les grands centres d’études médicales. On n’a guère entendu parler pendant longtemps du typhus que par des hommes qui ne l’avaient pas vu, et qui soutenaient, quelquefois avec l’approbation des corps savants, que le typhus et la fièvre typhoïde n’étaient qu’une seule et même maladie, dont le typhus était peut-être la plus haute expression. Cette manière de voir, que quelques personnes appellent philosophique, avait encore cours lorsqu’est survenue la guerre de Crimée, qui a permis aux chirurgiens d’armée de voir le typhus épidémique, et de puiser à une source malheureusement trop féconde.

Avant cette époque, et depuis une vingtaine d’années, les médecins anglais, allemands, suédois, russes, américains, ont publié un grand nombre de travaux sur le typhus fever ou le darm typhus, ou le hunger typhus. 11 est aujourd’hui démontré que sous ces différentes dénominations ces auteurs ont décrit le typhus et non pas la fièvre typhoïde. Sans doute la maladie subit quelques modifications suivant la latitude où elle sévit, et emprunte quelque chose de particulier au milieu dans lequel elle se développe. Cette maladie peut être endémique et d’une bénignité relative, elle peut se montrer à l’état épidémique et faire de grands ravages en peu de temps, la durée en peut être plus ou moins longue; mais ce ne sont point là des différences radicales. Il y a un certain nombre de pays où le typhus et la fièvre typhoïde sévissent en même temps, et où il existe pour ainsi dire des épidémies mixtes. Ces épidémies ont été observées et bien décrites à Pétersbourg et à Stockholm. Le plus remarquable travail qui ait été fait sur ce genre d’épidémie est celui du docteur Magnus Iluss (1). Les auteurs qui ont décrit l’une et l’autre maladie sévissant parallèlement appellent le typhus vrai, typhus pétéchial, et la fièvre typhoïde, typhus abdominal , et ne confondent point l’une avec l’autre ces deux formes distinctes qui ont quelques points de contact dans les climats du Nord, mais qui s’éloignent beaucoup l’une de l’autre dans notre climat.

Nous décrirons donc le typhus et le typhus fever comme une seule et même affection très-différente de la fièvre typhoïde de notre pays.

§ II. — Nature et causes de l’affection.

On peut dire du typhus, comme de la peste, du choléra, de la fièvre jaune, que nous devons nous contenter d’en bien étudier la marche, le développement et le mode de propagation, de connaître les conditions dans lesquelles on les a observés, mais que nous devons surseoir à un jugement définitif sur leur nature intime. A quoi nous conduit l’étude de l’anatomie pathologique et de la chimie animale, telles qu’on les pratique dans les écoles du nord de l’Europe? A cette définition insuffisante et pleine d’hypothèses que donne un savant médecin suédois, le docteur Magnus Iluss : « Le point tle départ du typhus, en tant du moins qu’il est accessible à notre compréhension, semble résider dans une altération du sang d’espèce particulière. Les caractères chimiques de cette altération sont : diminution de fibrine; augmentation de la quantité de divers sels inorganiques, surtout du carbonate de soude. Cette altération du sang vient comme conséquence de ce que l’organisme a recueilli un élément étranger, quelquefois un miasme, quelquefois

(1) Observations recueillies ù l’hôpital Séraphin, de Stockholm. Paris, 1855.

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