TYPHUS ET TYPHUS FEYER. — NATURE DÉ LA MALADIE
un contagium, quelquefois un poison véritable,.... par la respiration ou la diges- Les auteurs anciens étaient mieux à l’aise pour s expliquer sur 1 essence de ces affections; ils n’étaient point gênés par les difficultés que soulève, sans les résoudre, la science de nos jours, et ils pouvaient dire, sans prétention, comme Borsieri :
« J’avoue ignorer ce qu’est ce principe qui infeste l’air et erre d’un côté et d’autre, ou qui se développe sur les malades, se fixe sur les personnes voisines et engendre
la contagion Mon esprit incline cependant à croire que ce principe est un
miasme particulier, subtil et volatil.... Ce miasme, ayant pénétré dans les humeurs, ou s’y étant développé d’une façon quelconque et circulant avec elles, possède la faculté de se multiplier et de se propager à l’instar d’un ferment (1). » On ne saurait, même aujourd’hui, rien dire de plus.
Les observations météorologiques n’ont donné que des résultats négatifs, et ne nous ont rien appris, quant à l’influence du milieu atmosphérique, sur le développement du typhus.
Causes occasionnelles ou prédisposantes ; topographie. — Il n’est pas possible de dire sous quels degrés de longitude et de latitude règne le typhus, ni quel est le pays où il est né, pour de là s’irradier dans les contrées voisines. Tandis que la fièvre jaune semble résider à l’embouchure du Mississippi, dans le golfe du Mexique et aux Antilles, le typhus s’observe en des points du globe si éloignés les uns des autres, sans qu’on puisse invoquer la transmission par contagion, que la carte topographique de cette affection ne saurait être tracée. Le typhus sévit à Saint- Pétersbourg et à Philadelphie, à Chypre et à Stockholm. Cependant il faut distinguer le typhus épidémique du typhus endémique. Cette affection ne s’est montrée en France qu’à l’état épidémique, et ne s’y est pas acclimatée. Actuellement elle sévit d’une façon endémique dans certaines parties de la Russie, en Suède, en Silésie, en Irlande ; mais la maladie peut disparaître de ces pays comme elle a disparu de l’Italie, de la Hongrie, [de la Pologne, où elle s’était établie à la suite des longues guerres des siècles derniers.
L’insalubrité du sol joue sans doute un rôle dans la production de cette affection ; mais il n’y a point là de condition spécifique analogue à celle des pays marécageux où s’engendre la fièvre intermittente. Lorsqu’on voit le typhus régner habituellement en Irlande, où la misère est excessive, et en Silésie, où l’insalubrité du sol s’ajoute à la pauvreté des habitants, on ne peut s’empêcher d’admettre comme cause prédisposante du typhus, l’insalubrité du sol et la misère des habitants. Il ne faut pas oublier non plus que c’est sur des masses d’hommes armés, fatigués, surmenés, affamés, débilités, «pie se sont montrées les grandes épidémies de typhus. Ainsi se trouvent justifiées les expressions de fièvre des camps, des hôpitaux, fièvre carcéraire, des navigateurs, hunger typhus (typhus de la faim), qui ont servi à désigner cette maladie.
V encombrement, l’affaiblissement, sont des causes certainement prédisposantes pour le typhus. Il faut aussi reconnaître que toutes les maladies qui régnent sur une grande masse d’hommes rassemblés, telles que la dysenterie, le choléra, le scorbut, préparent les voies au typhus. Ce fait a été bien constaté sur les navires
(1) J. Borsieri, Instituts de médecine pratique, trad. par Chauffard.
FIÈVRES
(|iü, en 1853, étaient chargés du rapatriement en France des soldats convalescents de l’armée d’Orient.
L’influence de la saison froide a été notée par le plus grand nombre des auteurs. D’après Barrallier, les épidémies observées à Toulon ont presque toutes sévi en hiver. En 1820, le typhus sévit de février à juillet; en 1829-1830, de décembre à avril; en 1833, de février à juillet; en 1845, de février à mai ; eu 1855, de mai a août; en 1856, de janvier à avril. L’épidémie de Grimée sévit surtout pendant l’hiver de 1855 à 1856.
Influence de l’âge et du sexe. — Cette influence n’a pu être notée dans les grandes épidémies qui ont sévi sur les armées, attendu qu’il ne s’agit là que d’hommes appartenant tous à l’âge adulte. Un observateur, cpii est bien placé pour faire ces sortes d’observations, Magnus IIuss, a noté l’influence du sexe et de l’âge sur trois mille malades atteints du typhus à Stockholm, et il a vu que les hommes en étaient affectés plus souvent que les femmes, dans le rapport de 68 à 31 ; la plus grande fréquence de la maladie est de vingt à trente ans, puis de quinze à vingt ans, enfin de trente à quarante , avec décroissance jusqu’à soixantedouze ans.
Contagion. ■ — Le typhus est éminemment contagieux; c’est là un fait que n’ont jamais mis en doute les médecins qui ont observé directement cette maladie. P. E. Chauffard s’exprime ainsi à cet égard : « Le caractère contagieux de celle affection fébrile est incontestable, et la transmission contagieuse est une des grandes voies de la propagation de ce mal... A tous les points de vue, l’expression qui rendrait le mieux les caractères essentiels, le genre et la nature de la maladie, serait celle de fièvre pétéchiale contagieuse (1).
Les auteurs anciens ne doutaient point que le typhus ne fût contagieux ; ils se laissaient conduire par l’évidence des faits. Après une période \oisine de nous, pendant laquelle un certain nombre de médecins ont mis en doute le caractère contagieux de quelques affections et ont cherché à substituer partout le mot infectieux au mot contagieux , on est revenu de nos jours à l’idée de contagion. « Le typhus, une fois formé, se propage par contagion. Chaque malade devient un petit foyer d’infection assez énergique pour communiquer sa maladie aux individus sains qui l’approchent. » (Roche et Sanson. )
Tous les récits des grandes épidémies qui ont ravagé l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la France, démontrent ce fait de la façon la plus évidente ; c’est avec raison que les auteurs du Compendium de médecine disent (pie « les observations les mieux faites pour prouver la propagation du typhus par voie de contagion, sont celles qui nous montrent un sujet malade transmettant son affection à toute sa famille ou à tout un village, où le mal n’existait pas avant son arrivée. »
L’affection se transmet le plus ordinairement par le contact direct , et les épidémies sévissent surtout sur les personnes réunies dans un étroit espace, ainsi que cela a lieu dans une ville assiégée, une prison, un navire. Les ambulances de Crimée, où un si grand nombre de chirurgiens, soit du côté des alliés, soit du côté des Russes, ont contracté cette maladie, ont fourni une nouvelle et terrible confir-
(1) Chauffard, Étude clinique sur le typhus. Paris, 1856.