TYPHUS ET TYPHUS FEYER. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
malion de ce fait. Les gens qui soignent les malades succombent en grand nombre. Dans l’épidémie observée à Reims par Landouzy, il y a eu neuf morts parmi les personnes qui soignaient les malades; à Paris, au Yal-de-Gràce, plusieurs sœurs de Ja Charité ont été atteintes également de cette affection.
La contagion par les vêtements et les objets ayant, servi aux malades est admise par beaucoup d’auteurs. Pringle rapporte que, sur a ingt-trois ouvriers de G and, chargés de raccommoder de vieilles tentes qui a\ aient servi de couvertures à des soldats malades, dix moururent du typhus. Il en est de même des lieux où ont séjourné des hommes atteints de typhus : c’est ainsi qu’on a vu des corps d’armée contracter la maladie pour avoir occupé une position qui venait d’être évacuée par l’ennemi, dans les rangs duquel sé\issait le typhus.
La connaissance de ces faits doit conduire les médecins à conseiller, en temps d’épidémie, des mesures sanitaires, dont la principale est la dispersion et la séquestration dans des lieux salubres, aérés et éloignés des grands centres de population, des corps de troupes parmi lesquels le typhus est endémique.
§ III. — Anatomie pathologique.
Il n’y a point d’organe spécialement lésé dans le typhus. La lièvre typhoïde, à une époque où l’anatomie pathologique et la localisation morbide sont fort en honneur, est presque synonyme d’altération spéciale des plaques de Pever. Il n’en est pas de même pour le typhus. Dans celte affection, le plus souvent les plaques de Pever ne sont pas malades. Les auteurs du siècle dernier, parmi lesquels Hoffmann, ont indiqué des altérations des intestins... inflammation gangréneuse du ventricule, aphthes ulcéreux de la gorge et de l’œsophage, estomac parsemé de taches noires. Ilildenbrand a noté que les intestins étaient remplis de gaz. D’autres auteurs du même temps parlent de taches gangréneuses dans l’intestin. Fouquier a vu, sur la surface des intestins marqués de tachés livides, des ulcérations gangréneuses en grand nombre. Les auteurs les plus modernes, desquels on était en droit, en raison des progrès de l’anatomie pathologique, d’attendre une description plus exacte des lésions, ne se sont guère attachés qu’à la description de l’état des plaques de Pever. G est la un hommage rendu aux travaux de Louis sur les altérations des plaques de Peyer dans la fièvre typhoïde. C’est aussi une preuve de la tendance des auteurs modernes a rechercher si le typhus et la fièvre typhoïde étaient une seule et même maladie.
Aoici les noms et les résultats des recherches de quelques-uns de ces auteurs.
Pellicot, en 1830, n’a point trouvé de lésions des plaques de Peyer dans le typhus du bagne de Toulon.
Fleury a fait la même remarque (1).
Gerhard (de Philadelphie) n’a trouvé les follicules malades qu’une fois sur cinquante autopsies (1836).
Home, sur cent une autopsies pratiquées à Edimbourg, a vu les plaques de Peyer marquées dans vingt-neuf cas, ulcérées dans sept, perforées dans deux.
Reid, sur quarante et une autopsies, a constaté que les plaques de Peyer étaient,
(1) Historique médical de la maladie qui a régné à Toulon (Mém. de T Acad, de méd., Paris, 1833, t. III, p. 501 etsuiv.).
FIÈVRES
dans vingt-quatre cas visibles, dans six cas à peine visibles, dans onze invisibles, dans quatre cas saillantes, clans deux cas elles étaient un peu ulcérées.
Stewart a vu, sur seize autopsies, dans deux cas les follicules saillants, à peine saillants dans huit cas, à peine visibles dans six cas.
Dans le typhus observé à Reims par Landouzy, il y a quelques années, cet auteur a noté, comme lésions principales, des ulcérations des glandes de Brimer, de la psorentérie, et une augmentation de volume de la rate.
Magnus lluss, qui a observé en Suède, à Stockholm, une épidémie mixte dans laquelle le typhus et la fièvre typhoïde étaient mêlés, a consigné les résultats suivants de vingt-cinq autopsies: congestion des méninges, huit fois; pneumonie, six fois; gonflement de la rate chez dix sujets; gonflement des glandes du tul)e intestinal, douze fois; ulcérations intestinales, six fois; sept n’ont présenté aucune lésion des glandes intestinales. Or, ajoute cet auteur, si l’on est d’opinion que l'affection des glandes intestinales est une chose décisive pour distinguer le typhus pétéchial du typhus abdominal, opinion que je ne partage pas complètement, le rapport du typhus pétéchial au typhus abdominal, sur deux cent cinquante cas observés par moi, serait comme 7 est à 18. 11 n’y a eu de perforation intestinale dans aucun des six cas d’ulcération intestinale. »
De récents travaux faits sur le typhus épidémique importé de Crimée en France dans ces dernières années, peuvent se résumer dans les deux passages suivants :
« Quatre autopsies ont été pratiquées; chacune nous a montré les altérations suivantes : engorgement des sinus de la dure-mère et des vaisseaux arachnoïdiens, épanchement peu considérable de sérosité dans les ventricules, engorgement hypostatique du tissu pulmonaire, engorgement des veines du mésentère et des intestins; foie et rate de couleur foncée et d’un volume normal ou peu accru; les plaques de Beyer n’ont présenté aucune altération. Les caractères autopsiques de la fièvre typhoïde manquaient entièrement. Ce serait une nouvelle preuve clc la distinction de ces deux maladies, s’il en était besoin (1). »
Godelier, médecin au Val-de-Grâce, s’exprime ainsi :
« Huit autopsies ont montré les lésions suivantes : congestions disséminées dans plusieurs organes, dans les poumons, le foie, les reins, le cerveau, ou, pour mieux dire, les méninges; augmentation de volume et ramollissement de la rate; ecchymoses de la muqueuse digestive; parfois de la psorentérie ou du pointillé noir : lésions banales. Mais quant à l’altération caractéristique de la fièvre typhoïde, des plaques de Peyer saillantes, molles ou dures, érodées ou ulcérées, et l’engorgement des ganglions mésentériques, nous ne l’avons jamais rencontrée: cela seul suffirait pour séparer radicalement ces deux affections. »
Si l’on cherche quelles autres lésions ont été décrites dans les autres parties du corps, on voit que les auteurs anciens seuls, soit qu’ils aient observé des épidémies spéciales à forme très-grave, soit qu’ils aient eu moins de souci qu’on n’en a aujourd'hui de l’exactitude, décrivent des gangrènes des poumons, des abcès du cerveau et des autres viscères de la poitrine et du ventre (Hoffmann) ; une infiltration du cerveau et de ses membranes, la suppuration du cerveau, l’otite purulente, la
(1) Chauffard, Typhus cl’ Avignon.