NÉVRALGIE GÉNÉRALE
(Jette affection ne nous est connue quedepuis le commencement de l’année 1847, époque à laquelle nous avons pu en observer avec attention le premier fait bien évident. Nous avons complété cette étude par deux mémoires publiés en 1847 (1) et 1848 (2); Leclerc (de l’ile Bourbon) en a fait le sujet de sa thèse inaugurale (1852) ; [Fonssagrives (3) a étudié Faction des miasmes des marais, et Tanquerel des Planches (4) l’influence des préparations saturnines sur lu production de la névralgie générale].
La névralgie générale nous a tout d’abord paru distincte de la névralgie multiple , ou névralgie plus ou moins généralisée , par un ensemble de phénomènes nerveux très-remarquables, de telle sorte que l’affection, loin d’être localisée dans les nerfs, occupe tout l’ensemble du système nerveux. Ces phénomènes ont une très-grande importance; car ils ont fait prendre bien des fois pour une maladie très-grave, et môme incurable, une affection dont le traitement est des plus simples et en même temps des plus sûrs.
§ I. — Synonymie, définition, fréquence.
Nous donnons le nom de névralgie générale à une affection caractérisée par de nombreux points douloureux à la pression sur la surface du corps, par les autres plié nomènes de la névralgie le long de plusieurs nerfs, et par des symptômes cérébraux, tels que les étourdissements, les vertiges, le tremblement, l’abattement des forces.
La fréquence de celte maladie n’est pas grande : nous n’en avons observé qu’une quinzaine de cas. U n’est pas douteux cependant que, quand on la connaîtra bien, les exemples se multiplieront.
Nous n’avons vu la maladie que chez des hommes adultes ; mais dans douze cas observés par Leclerc (5), quatre eurent lieu chez des femmes, et nous l’avons notée nous-même chez une femme. Presque tous avaient une mauvaise hygiène , se nourrissant mal et ne prenant aucune précaution contre les intempéries de l’air.
Huit fois sur les douze cas recueillis par Leclerc, les malades habitaient des logements bas, humides, mal aérés.
(1) Valleix, Considérations sur un cas de névralgie occupant, presque tous tes nerfs du corps ( Union médicale , 22 mai ISA 7).
(2) Valleix, De la névralgie gén ., etc. ( Bulletin général de thérapeuthique, janvier 1848).
(3) Fonssagrives, Mémoire sur la névralgie générale et notamment sur celle d'origine paludéenne (Arch. gén. de méd., 1836, 5e sér. , t. Vit, p. 277).
(4) Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb ou saturnines , Ier vol. Arthrologie saturnine.
(3) J. M. M. Leclerc, Dr la névralgie générale, thèse de doctorat en médecine. Paris, 1852, 19 août, n° 239.
NÉVRALGIE GÉNÉRALE. — SYMPTÔMES
Il n’en est que deux sur sept qui eussent l’ habitude de boire de l'eau-de-vie , principalement le matin à jeun, et encore n en faisaient-ils pas un véritable abus. Ce fait mérite d’être noté, à cause de la ressemblance assez grande qui existe entre Ja névralgie générale et le delirium tremens .
§ ni. — Symptômes.
Le début a toujours été lent et graduel. Un peu de malaise allant toujours en augmentant, des douleurs vagues, de la tristesse et le brisement des forces, tels ' sont les symptômes qui l’ont marquée dans tous les cas.
La douleur est de nature essentiellement névralgique. Elle occupe, en effet, des points limités et plus ou moins éloignés les uns des autres. Ces points sont sensibles à la pression. Ils sont parfois le siège d'élancements plus ou moins vifs et plus ou moins étendus, et ils se trouvent précisément là où l’on rencontre les points douloureux à la pression dans les névralgies ordinaires. Ainsi on les trouve disséminés le long de la colonne vertébrale , dans différentes parties des espaces intercostaux, le long de la crête iliaque, à l’épi f/astre, à Yhgpogastre, comme dans les névralgies cervicale, dorsale, lombaire; le long du trajet des nerfs trifacial , occipital, cubital, radial, sciatique, etc. Comme dans les autres névralgies, c’est aux points d'émergence, dans ceux oit les nerfs deviennent superficiels , dans ceux ou ils viennent, se terminer dans la peau, que la douleur sc manifeste. Il y a identité parfaite, de telle sorte que, quand même on ne voudrait pas admettre que la maladie tout entière consiste dans une névralgie, il faudrait au moins reconnaître que, quelle que soit l’affection à l’existence de laquelle on s’arrêterait, il y a complication, et il existe des symptômes de névralgie qu’il est impossible de nier.
Il n’y a presque pas de point du corps où puisse se manifester une douleur névralgique qui ne fût douloureux chez un des sujets dont nous avons recueilli l’histoire, et chez les autres sujets le nombre des points douloureux était très-con- I sidérable.
Comme dans toutes les névralgies, la vivacité de ces douleurs varie beaucoup d’un jour à l’autre, et parfois dans la même journée ; après s’être plaint seulement d’une douleur vague générale, les malades accusent souvent plus tard une douleur bien caractérisée, cl les foyers douloureux deviennent évidents.
Il arrive aussi, chez quelques sujets, qu’on observe, dans certains points du I corps, une insensibilité plus ou moins complète de la peau. Ce fait ne surprendra |l pas ceux qui connaissent bien l’histoire des névralgies, car il a été noté dans d’aul' très cas de névralgie isolée bien évidente : nous en citerons, entre autres, un qui a Lété observé dans notre service, à l’Hôtel-Dieu annexe (1).
La douleur qui existe chez ces malades, et qui se développe, soit spontanément, l 'Soit sous l’influence de la pression, est bien de nature névralgique.
Un second symptôme, qu’il importe beaucoup de signaler, est l 'affaiblissement I des membres. Nous l’avons constaté chez tous les malades, et parfois nous avons I vu qu’il était plus marqué d’un côté que de l’autre. C’est surtout dans les membres
(1) Notta, Mémoire sur le traitement des névralgies par ta cautérisation transcurrente I ( Union médicale, 1847).
NÉVROSES
supérieurs qu’on le remarque : si l’on dit au malade de vous serrer la main, ou voit que ce serrement n’est nullement en rapport avec la force que fait supposer le développement des muscles, cl l’augmentation très-considérable d’énergie, après la guérison, vient prouver que cette faiblesse des membres supérieurs était bien réelle.
i,a faiblesse des membres inférieurs est moins notable; cependant, quand on fait marcher les malades, on voit qu’ils le font lentement, et l’existence des étourdissements et des vertiges ne rend pas seule compte de cette lenteur de la démarche. Chez un malade, nous avons noté, en outre, une roidcur évidente des membres supérieurs.
Tous ont présenté, à un degré plus ou moins élevé, un tremblement, des membres supérieurs, que l’on constate comme il suit : Si, après avoir fait asseoir ou lever les malades, on leur fait étendre les bras, les doigts étant écartés les uns des autres, on voit d’abord ceux-ci, puis les poignets, agités de mouvements rapides et courts, qui augmentent d’étendue et de rapidité, quand on laisse les malades pendant un certain temps dans celle position. Nous avons remarqué que le degré de ce tremblement était en rapport direct avec celui des étourdissements et de la faiblesse musculaire. Aussi était-il surtout remarquable, chez le premier sujet qui s’est offert à notre observation (1).
Nous avons, dans tous les cas, examiné avec soin la sensibilité cutanée, et nous ne l’avons trouvée obtuse que chez un seul sujet. Ce symptôme ne doit donc être regardé que comme accidentel ; et c’est ainsi, du reste, qu’il se montre dans les névralgies tle quelque espèce qu’elles soient.
Des éblouissements, des étourdissements, qui se manifestent surtout lorsque le malade veut marcher, ont été notés chez tous les sujets, moins un dont la maladie n’était pas aussi avancée. Quelquefois ils sont portés à un tel degré, que le malade est, à chaque instant, près de tomber à droite, à gauche ou en arrière; qu’il marche comme un homme ivre ; qu’il est obligé de se tenir aux colonnes du lit, à la muraille. Ces symptômes sont ceux dont les malades se plaignent le plus, on comprendra comment ils peuvent attirer exclusivement l’attention du médecin.
Dans les névralgies trifaciale et occipitale, les étourdissements se montrent assez souvent, si ce n’est d’une manière constante, du moins pendant les violents paroxysmes; il y a alors des battements des artères, la rougeur, la chaleur de la face, le larmoiement, l’écoulement nasal, la salivation. Un simple état douloureux des nerfs peut causer, d’une manière plus ou moins marquée, des troubles de l’innervation, qui eux-mêmes produisent des troubles de la circulation et des sécrétions.
\' intelligence ne présente pas de troubles très-considérables, cependant on y remarque un peu d'affaiblissement, caractérisé par un certain air d’hébétude et par la lenteur des réponses. Les malades sont tristes, découragés, ce qui est dû, sans aucun doute, «à la persistance des douleurs, au malaise général et à l 'impossibilité de travailler qui en résulte. La face présente tour à tour des signes d’accablement et d’anxiété, suivant que les douleurs sont plus ou moins vives.
Du côté des voies digestives on n’observe rien de remarquable. La langue était un peu tremblante chez un sujet. L'appétit était, en général, conservé à un assez
(1) Valleix. Union médicale, lue. cil.