‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 254 sur 369 · DERMALGIE OU HYPERESTHÉSIE DE LA PEAU · texte numérisé non relu

DERMALGIE OU HYPERESTHÉSIE DE LA PEAU

Celte affection douloureuse de la peau, dans l’immense majorité des cas, ne constitue autre chose qu'un des points douloureux des névralgies ordinaires dans un siège déterminé: la peau. Nous avons dit, en parlant des névralgies en général, qu’il n’est pas rare d’observer une douleur vive au simple contact du doigt sur la peau ; que parfois il suffit de promener sur le tégument un corps léger, la barbe d’une plume par exemple, pour y réveiller la douleur dans un point circonscrit. C’est là évidemment une simple dépendance de la névralgie; mais, dans quelques cas, on a trouvé cette douleur indépendante, comme on trouve une douleur bornée à un petit rameau nerveux, et l’on a donné le nom de rhumatisme de la peau ou de dermalgie à l’une et à l’autre de ces formes d’affections douloureuses du tégument.

Piorrv, Jollv et Beau ont insisté sur ces douleurs superficielles. [Canuet (1) s’est fait l’interprète des idées d’Alphée Cazenave et de Chausit. On consultera encore avec fruit la thèse d’agrégation de Marcé.]

En pratique que faut-il entendre par névralgie de la peau ? Si, avec les auteurs que nous venons de citer, on disait qu’il y a dermalgie toutes les fois que la peau devient douloureuse sans aucun changement appréciable de son tissu, on aurait raison d’une manière générale, mais on établirait une distinction fâcheuse; car parla ou tendrait à faire croire qu’il existe dans tous ces cas une affection du tégument nettement séparée de toute autre. Ce serait comme si, prenant chaque rameau nerveux en particulier chez les sujets affectés de névralgie ordinaire, on voulait en faire autant de névralgies particulières. Or il n’en est pas ainsi : par exemple, un sujet est affecté de névralgie sciatique ; il a des douleurs dans les rameaux plantaires ; mais il en a aussi dans les autres parties des nerfs: on ne dit pas qu’il y a une névralgie plantaire, mais bien une névralgie sciatique. Il faudrait, pour que la première dénomination fût bien appliquée, que la douleur fût bornée au nerf plantaire. De même, si, dans un cas où la peau présente un point douloureux très-vif, nous trouvons dans plusieurs points du nerf qui apporte la sensibilité à celle partie du tégument d’autres foyers de douleur, nous ne pouvons pas dire qu’il existe une dermalgie ; nous di.-ons qu’il y a une névralgie sciatique, intercostale, lombaire, avec un point cutané plus ou moins douloureux. Or, c’est ce qui a lieu ordinairement Tous ces cas, par conséquent, entrent dans les névralgies ordinaires, et nous ne devons pas nous en occuper ici.

On doit laisser de côté les douleurs plus ou moins vives occasionnée» par l’érysi-

(1) Canuet, Sur l’influence du système nerveux dans les maladies cutanées, thèse inaugurale, 1855.

(2) Marcé Altérations de la sensibilité. Paris, 1860.

N fi V ROSES.

pèle Commençant, le zona et les autres affections (le ce genre. En pareil cas, la clou" leur est un simple symptôme d’une autre maladie, et ne saurait être considérée ellemême comme une affection distincte. S’il en était autrement, il faudrait considérer comme des névralgies presque toutes les douleurs causées par les inflammations, puisqu’il est évident que les filets nerveux de l’organe enflammé en sont le siège.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Nous donnons le nom de dermalgie à une douleur de forme névralgique ayant son siège exclusivement dans la peau et étant idiopathique. Cette affection, considérée ainsi, n’est pas très-fréquente.

§ II. — Causes.

Suivant Beau (1), cette maladie est bien évidemment de nature rhumatismale. Ce qu’il y a de certain c’est que, ainsi que le fait remarquer cet auteur, la douleur nerveuse de la peau survient souvent chez des personnes qui présentent des douleurs musculaires auxquelles on a donné le nont de rhumatisme. Mais elles se montrent aussi fréquentes chez des sujets affectés de névralgie ordinaire, et par conséquent il nous faudrait discuter si ces névralgies sont ou ne sont pas de nature rhumatismale (2).

D’après Beau encore, cette maladie se rencontre le plus souvent dans Y âge adulte , et plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes ; mais nous ne connaissons aucun relevé de faits qui démontre d’une manière décisive l’exactitude de ces assertions. Relativement à l’âge adulte, ce que nous savons des névralgies eu général doit nous porter à admettre qu’il en est réellement ainsi. Quant au sexe, nous devons rester indécis.

Beau a vu l’impression du froid, surtout le corps étant en sueur, produire cette affection. Il a cité des cas où une douleur vive du tégument a suivi de près le refroidissement causé par une pluie froide; mais celle dermalgie était d’une espèce particulière. C’était, en effet, une dermalgie fébrile, et. il reste toujours à savoir si les douleurs de la peau qui se produisent sans aucune réaction reconnaissent la même

cause.

D’après le même auteur, la dermalgie s’observe habituellement au commencement du printemps, dans un simple changement de temps. Elle se présente souvent chez les femmes hystériques, et aussi chez les sujets affectés de paraplégie. Rela • tivement à ces dernières assertions, en pareil cas la dermalgie est le plus'ordinairement une simple dépendance d’une névralgie ordinaire. C’est ainsi que le clou hystérique en particulier, sur lequel Beau a insisté, doit être presque toujours considéré comme un simple point douloureux d’une névralgie de la tète (3). [Sandras (fi) a cité des cas où une cause locale (ablation d’une tumeur au sein, contusion) a été la cause occasionnelle d’une névralgie cutanée. Corlieu a vu un cas d’hyperesthésie cutanée chez un individu près duquel tomba la foudre : 1 hyperes-

(1) Beau, Note sur les dermalgies , etc. (Archives générales de médecine, oc série, 1841, t. XII, p 120).

(2) Voy. tome I, Rhumatisme musculaire.

(3) Voy. Névralgie trifaciale et cervico-occipitale, t. I, p. 708.

(4) Sandras, Traité des mal. nerveuses, t. II, p. 143.

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