‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 272 sur 369 · TÉTANOS.' — DÉFINITION, SYNONYMIE, FRÉQUENCE. — CAUSES · texte numérisé non relu

TÉTANOS.' — DÉFINITION, SYNONYMIE, FRÉQUENCE. — CAUSES

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

On a dit généralement que cette affection est caractérisée par la rigidité, par la contraction permanente et accompagnée de redoublements, d’une partie ou de la totalité des muscles soumis à l’empire de la volonté. Si l’on se reporte à un trèsgrand nombre de faits signalés dans la description des maladies cérébrales, ou remarquera que cette définition peut s’appliquer à une foule de cas de contracture, de roideur, de rétraction, qui se montrent dans le cours des diverses maladies des centres nerveux, et qu’elle manque de précision. Mais il est bien difficile d’éviter ce défaut. Si l’on réfléchit à la nature de la maladie, on voit que les cas où il y a contraction involontaire et permanente des muscles offrent, entre eux, une ressemblance telle, que la ligne de démarcation devient souvent impossible. Ne serait-ce pas parce que le tétanos est, comme plusieurs autres états morbides, tantôt un simple symptôme, et tantôt une affection idiopathique essentielle, qui prend, dans ce dernier cas, sa place à part dans le cadre nosologique ?

Cette affection a été connue, dans certains pays, sous le nom de spasmo real, mal des mâchoires, mal des neuf jours, Irismus des nouveau-nés. Le tétanos a été désigné sous des dénominations qui indiquent ses variétés, comme trismus, opisthotonos, etc., par des auteurs qui ont observé des cas de forme particulière.

En Europe, le tétanos non traumatique est une maladie assez rare. Sa fréquence varie beaucoup suivant les climats.

§ II. — Causes.

Sauf quelques renseignements fournis parles auteurs qui ont écrit sur les maladies des pays chauds, nous n’avons guère que des données résultant de faits isolés ou peu nombreux.

[ 1° Causes prédisposantes. — Age. — Dans les climats froids ou tempérés le tétanos non traumatique est très-rare chez les adultes, ainsi que chez les enfants. Cependant on a observé le tétanos épidémique chez les nouveau-nés. Ainsi à Lying m hospital (Dublin), à la fin de 1782, sur 17 650 nouveau-nés de cet établissement, 29ôô ou environ 17 pour 100 succombèrent à cette maladie, dans les quinze premiers jours de leur existence. Mais dans les pays chauds, le tétanos figure en première ligne comme cause de mortalité des nouveau-nés. Il se montre surtout pendant les premiers mois de la vie; il apparaît toutefois pendant toute la première enfance. On a souvent attribué cet accident au mode défectueux de section et de ligature du cordon ombilical, il est cependant plus légitime de tenir compte surtout des mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent placés les enfants des peuples peu civilisés.

Race. — Les races colorées, pendant l’enfance particulièrement, offrent une prédisposition très-accusée au tétanos. Maxwell, Hancock, Morrisson, établissent que cette maladie est une cause de dépopulation parmi les noirs des îles des Indes occidentales et des colonies de Demerary et d’Essequebo. Valentin, Dazille, Campet, Rush et d’autres la signalent comme fréquente et très-meurtrière dans les États escla-

JSÉYKOSES.

Tagistes du Sud. D’après Vinson, elle cause de très-grands ravages parmi les noua eau-nés, à la Nouvelle-Calédonie. Laure s’exprime de la même façon au sujet de lu Guyane française; Tliévenot, Chassaniol, font la même remarque pour le Sénégal; Duplouy, Kicliaud pour Gayaquil. Dans ces différents pays, les enfants de race blanche sont bien plus rarement atteints du trismus neonatorum que ceux des nègres et des mulâtres.

Sexe. — Suivant Rochoux, les sujets du sexe féminin présenteraient le tétanos non traumatique plus souvent que les sujets du sexe masculin. Chassauiol a constaté qu’il se montre plus fréquemment à Saint-Louis (Sénégal) chez les négresses, surtout chez les jeunes filles, que chez les nègres.

Pitre-Aubinais (1) a vu le tétanos se produire chez les femmes en couches , au plus fort de la fièvre de lait : il a donné à cette espèce le nom de tétanos puerpéral.

Chassaniol a vu également, au Sénégal, le tétanos survenir souvent chez les négresses, à la suite de couches.

Climats. — Le tétanos spontané se, produit particulièrement dans les pays chauds et surtout dans les localités exposées à de brusques variations de température. A la côte occidentale d’Afrique, le trismus des nouveau-nés est plus fréquent sur le littoral que dans l’intérieur du pays. Suivant Samuel Cooper, il se montre de préférence dans les contrées basses et marécageuses. Mais les observations recueillies dans la Plata, à la Nouvelle-Calédonie, à la Réunion, aux Seychelles, ne permettent pas d’accepter cette assertion. On conçoit, par conséquent, que cette maladie se montre aux époques de l’année où à des journées de forte chaleur succèdent des nuits fraîches, c’est-à-dire pendant la saison froide des contrées tropicales.

Le docteur kane a signalé l’existence du tétanos dans les régions polaires. Suivant le docteur Ilolland et sir G. Mackenzie, le trismus sévit cruellement sur les enfants de la côte d’Islande; il existe également à Saint-Kilda, la plus éloignée des îles occidentales d’Écosse (2). ]

2° Causes occasionnelles. — Les diverses causes du tétanos traumatique , telles que la piqûre, la déchirure des nerfs, etc.., sont du ressort des livres de chirurgie.

Nous dirons seulement que l’application d’un caustique de Vienne a été suivie, dans un cas signalé par Papillaud (3), d’un tétanos mortel. Dans le cas cité par ce médecin, il y avait quatorze à seize eschares d’une dimension d’une pièce de 5 francs à une pièce de 2 francs dans une étendue de 30 à 40 centimètres carrés.

Parmi les causes exceptionnelles du tétanos idiopathique, on a cité en première ligne Y impression dit froid. Dans les faits qu’on a rapportés en faveur de cette opinion, on voit que tantôt les sujets ont été exposés à un froid prolongé ; que tantôt ils ont été mouillés et ont conservé sur eux leurs vêtements humides, et que d’autres fois ils ont été soumis à un froid vif, le corps étant en sueur. Quelle est l’influence proportionnelle de ces diverses applications du froid ? C’est ce qu’il n’est pas possible de dire. Ce que l’on peut affirmer, c’est que dans un assez bon nombre d’observations, même de tétanos traumatique, la maladie s’est produite assez peu

(1) Pitre-Aubinais, Journal de la SoC. âè mfid'. delà Loire-Inférieure.

(2) Voyez J. Copland, Dictionary ofmedicine, t. III, p. 1018.

(B) Papillaud, Journ. des connaiss. médico-chirurg., 15 février 1852.

TÉTANOS, — S YM P l'ÔMES.

<lc temps après cette exposition au froid, pour qu’on ait été autorisé, surtout en l’absence de toute autre cause évidente, à rapporter son apparition à cette influence.

[Sans qu’on puisse fournir de statistique, il est cependant avéré, d’après les médecins qui ont pratiqué dans les colonies, que le tétanos des nouveau-nés est, le plus souvent, déterminé par le refroidissement. Dès la naissance, les négrillons restent exposés sur le sol, enveloppés seulement de pagnes et mal abrités, sous des cases de roseaux. A Saint-Louis, à la Réunion, il a sulïi de placer les noirs dans de meilleures conditions hygiéniques, sous le rapport de l’habitation, pour voir le trismus des nouveau-nés diminuer notablement. On a vu souvent un bain froid déterminer le tétanos chez les individus de couleur. La suppression brusque, par le froid, du flux menstruel chez les négresses est parfois l’occasion du tétanos. ]

Le tétanos survient également sous l’influence d’un étal rhumatismal, et ce que l’on a dit dans ces derniers temps de la méningite cérébrale rhumatismale peut s’appliquer également à certains cas de tétanos. On a remarqué que les professions qui exposent le plus à cette maladie sont celles où les douleurs rhumatismales dans les jointures ou dans les muscles sont les plus fréquentes.

Il résulte des recherches de Trnka (1), que des substances alimentaires indigestes, ['indigestion , P excès des boissons alcooliques, ont été, dans plusieurs cas, les seules causes auxquelles ont ail pu rapporter l’apparition de la maladie. Quel est le degré d’influence de ces causes? C’est ce qui reste encore à déterminer d’une manière précise.

Viennent maintenant des causes qu’il suffit d’énumérer, parce que nous n’avons sur elles que les renseignements les plus vagues. Ce sont les impressions morales vives, les excès vénériens, les vers intestinaux, les flux considérables, leur suppression quand ils sont habituels; U répercussion des exanthèmes, de la goutte, etc. Les auteurs modernes sont d’accord sur le peu de fondement de toutes ces causes qu'on retrouve dans presque toutes les maladies. Cejerchsjoeld, cité par les auteurs du Compendium de médecine, a rapporté des faits dans le but de prouver que le tétanos peut régner d’une manière épidémique; mais ces auteurs ont fait ressortir tous les doutes qui existent sur la réalité du fait.

Plusieurs médecins ont vu la cause occasionnelle du tétanos des enfants nouveau-nés dans l'inflammation (pii se manifeste souvent à un degré assez marqué à l’ombilic, par suite de la séparation du cordon ombilical. Thore a objecté que cette inflammation est fréquente, tandis que le tétanos est rare, au moins dans nos climats, et qu’en outre on voit fréquemment le tétanos précéder cette inflammation. Ces objections ont d’autant plus de valeur que l’on n’a pas cité, en faveur de l’opinion qu’elles combattent, de faits convaincants.

§ III. — Symptômes.

Tétanos ehe* l’adulte. — Début. • — Il résulte des faits publiés, que le tétanos spontané, idiopathique, dont nous nous occupons spécialement ici, se déclare ordinairement sans prodromes et brusquement. En parcourant un certain nombre d’observations, on ne peut s’empêcher d’avoir quelques doutes à cet égard, parce que les médecins appelés au moment où les symptômes tétaniques s’étaient décla-

(1) Trnka, Comment, de tetano. Vindobonæ, 1777.

NÉVROSES

lés ont souvent négligé de rechercher, avec soin, ce qui s’était passé auparavant. Onoi qu’il en soit, il n’est pas douteux que, dans un nombre de cas qui ne laisse pas d'être assez considérable, le tétanos s’annonce par des frissons, par de la courbature, de l’abattement et d’autres fois par de l’insomnie et des vertiges.

Symptômes. — Le tétanos commence ordinairement par une sensation de roideur dans le cou et dans les muscles des mâchoires. Souvent il y a constriclion épigastrique ei tension le long de la colonne vertébrale ; puis la déglutition devient difficile, et bientôt la contraction involontaire envahissant le tronc, puis les membres, la maladie est confirmée. On doit regarder comme exceptionnels les cas dans lesquels la maladie débute autrement.

Tétanos général. — Trnkaa décrit avec soi n cette espèce, qui n’est pas la plus fréquente. Tous les muscles du corps étant contractés convulsivement, et les muscles extenseurs faisant antagonisme aux muscles fléchisseurs, il en résulte que le tronc et les membres sont directement tendus, ce qui a fait donner à cette espèce le nom de tétanos droit. Trnka compare le malade 5 une statue, et dit qu’on pourrait le soulever tout d’une pièce en le saisissant par les pieds. Les muscles de la mâchoire participant à cette rigidité , les dents sont fortement serrées; il est impossible de les écarter. Quelquefois la langue, se trouvant poussée hors des arcades dentaires par un mouvement involontaire, a été coupée par les dents convulsivement rapprochées. Dans des cas beaucoup moins fréquents, on voit les mâchoires violemment écartées, sans qu’on puisse les rapprocher.

La contraction du pharynx est souvent telle, que, lors même qu’on a pu faire pénétrer des boissons dans l’arrière-gorge, quelquefois elles ne peuvent pas être ingérées, la déglutition étant devenue impossible. C’est par la base de la langue que commence cette constriction. Cet organe peut ordinairement se mouvoir apres que les autres muscles sont contracturés.

La convulsion gagnant la poitrine et l’abdomen, on observe une immobilité plus ou moins complète des parois de ces cavités, et la rétraction de la dernière. Cependant, il faut dire qu’il est bien rare que les muscles inspirateurs soient complètement convulsés et immobiles. Les membres, participant à la rigidité générale, sonr dans l’extension, et les efforts faits pour les fléchir restent sans succès. Sprengel a avancé que la contraction morbide respectait les doigts ; mais ce n’est pas ce qu ont noté les autres observateurs, et en particulier Grisolle.

L ue douleur plus ou moins vive accompagne cet état convulsif. Quelques sujets se plaignent h peine de leurs souffrances, qui sont légères; mais la plupart éprouvent des exaspérations douloureuses qui sont souvent insupportables. Ces douleuis consistent dans des élancements, des déchirements, qui parcourent les membies et le tronc, et il n’est pas rare d’observer des crampes très-douloureuses. Dans un petit nombre de cas seulement, la douleur est permanente.

La contracture, qui est le caractère essentiel de la maladie, est continue. A quelque moment qu’on examine le malade, on voit que les muscles présentent une rigidité évidente; mais, par moments, on les voit agités de secousses convulsu'esr et c’est surtout alors que les douleurs dont nous venons de parler sefontsenth . Ces convulsions rapides, subites et douloureuses, surviennent très-souvent sans que rien les provoque ; mais on a noté aussi qu’elles se reproduisent particulièicment

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