TÉTANOS
LÉSIONS ANATOMIQUES
§ IV. — Marche, durée et terminaison de la maladie.
On peut dire, en général, qu’elle est continue, bien qu’il existe des paroxysmes assez marqués. Quelques auteurs ont signalé non-seulement un tétanos rémittent , mais encore un tétanos intermittent. Dans la première de ces deux formes, on observe des intervalles de calme plus grands que dans les cas ordinaires. Quant à la seconde, son existence est loin d’être prouvée. Nous avons vu, dans un des articles précédents, que la maladie désignée par Dance sous le nom de fièvre intermittente tétanique n’est autre chose que la contracture idiopathique (1). Quant aux faits cités par Fournier-Pescay (2), l’exactitude du diagnostic est généralement révoquée en doute.
La durée de la maladie est assez variable. Cependant il résulte de l’examen des faits que, dans la très-grande majorité des cas, l’affection, lorsqu’elle se termine par la mort, n’a pas une durée de plus de dix jours. Ceux dans lesquels cette durée est de plus de vingt jours sont tout à fait exceptionnels. Il est plus fréquent, au contraire, de voir des cas dans lesquels la mort survient en très-peu de temps (vingt-quatre et trente-six heures). Nous n’avons pas de relevés de faits qui nous apprennent d’une manière bien exacte quel est le plus promptement mortel du tétanos traumatique ou du tétanos spontané.
Le tétanos se termine par la mort dans la grande majorité des cas. Lorsque la maladie se prolonge, elle laisse quelque espoir de guérison. Blizard Curling a, sur 2ô6 cas, trouvé 236 fois la terminaison par la mort. Il est vrai qu’il s’agit du tétanos traumatique. Suivant la plupart des auteurs, le tétanos spontané est moins meurtrier. Les malades succombent presque toujours aux suites de cette asphyxie lente dont nous avons indiqué plus haut les principaux symptômes.
La plupart des sujets qui échappent au tétanos sont pris d’abondantes sueurs qui semblent être la crise terminale de la maladie (3).
Nous trouvons la confirmation de cette remarque dans un travail publié par le docteur Rey (h), à l’occasion d’un cas de tétanos guéri par l’opium à hautes doses et les grands bains.
§ ,V- — Lésions anatomiques.
Les uns, ayant été fyappés de l’existence, dans la méningite cérébro-spinale, des convulsions tétaniques que nous avons décrites en parlant de cette maladie, ont regardé l’inflammation des membranes de la moelle comme la lésion anatomique propre à cette affection. D’autres ont considéré le tétanos comme un symptôme du ramollissement de la moelle, et surtout des faisceaux antérieurs qui président au mouvement, parce que, dans quelques cas, ils ont trouvé ce ramollissement. D’autres encore ont attribué la maladie à une névrilémite, à une arachnitis. La fréquence de la méningite rachidienne est prouvée par un grand nombre d’autopsies dans lesquelles on a rencontré soit une congestion vive avec épanchement de séro-
(1) Voyez page 769.
(2) Fournier-Pescay, Dictionnaire des sciences médicales , art. Tétanos.
(3) Legouest, Traité de chirurgie d'armée, p. 820.
(U) Rey, Archives de mécl. navale. Paris, 1864, t. II, p. 127.
NÉVROSES
sité, soit du pus déposé en petites masses sous l’arachnoïde. On sait, du reste, combien les symptômes de la méningite cérébro-spinale se rapprochent de ceux du tétanos.
Les inflammations du tube digestif ou d’autres organes, dans les cas où l’on peut leur attribuer un certain degré d’influence sur la production de la maladie, ne jouent d autie îole (pie celui d une cause déterminante, et ont même une influence moins giandc que les blessures que nous avons citées en première ligne dans le paragraphe consacré a 1 étiologie. Dans quelques cas, on a noté la rougeur des ganglions semi-lunaires.
Mais si nous ne manquons pas de faits dans lesquels des lésions anatomiques évidentes ont été rencontrées à l’autopsie, ces lésions sont très-diverses et n’ont pas ce caractère d uniformité qu on remarque dans les lésions anatomiques essentielles des autres affections, et, en second lieu, on a cité un nombre de faits plus considérable encore dans lesquels l’inspection anatomique n’a rien permis de découvrir.
Le tétanos qui, dans un grand nombre de cas, doit se ranger parmi les affections nerveuses essentielles, n’est, dans d’autres, qu’un symptôme de maladies diverses, et principalement des affections de la moelle.
§ VL— Diagnostic, pronostic.
La forme tonique des convulsions le fait distinguer de Y éclampsie et de Y hystérie. h' épilepsie en diffère essentiellement par l’intermittence des attaques et surtout par la perte complète de connaissance. Quant à la distinction du tétanos essentiel et du tétanos symptomatique, elle est rendue facile par la connaissance des symptômes des maladies cérébro-spinales décrites dans les articles précédents (1).
Pronostic. — Le pronostic est très-grave. On regarde le tétanos spontané comme moins grave que le tétanos traumatique; mais il n’en résulte pas moins des faits connus que cette affection, quelle que soit son origine, cause très-fréquemment la mort. La mort par asphyxie étant la terminaison la plus fréquente de cette affection, il n’est pas besoin de dire que c’est un signe très-fâcheux lorsque la respiration devient très-embarrassée.
§ VII. — Traitement.
Émissions sanguines. — Presque tous les auteurs les recommandent, mais à des degrés si différents, qu’il y a presque opposition dans leurs opinions à ce sujet. Ainsi tandis que les uns veulent, avec Boyer, qu’on se contente de pratiquer une ou deux saignées chez les sujets forts et vigoureux, d’autres, avec Lisfranc et Lepelletier (de la Sarthe), recommandent de faire des saignées d’une abondance extrême. Le dernier a pratiqué, en deux jours et demi, jusqu’à cinq saignées d'un kilogramme chacune, et Lisfranc, en dix-neuf jours, fait dix-neuf saignées et prescrit 750 sangsues. Les sujets chez lesquels on a enlevé une si énorme quantité de sang ont guéri. Est-ce une raison pour regarder les émissions sanguines, et en particulier les émissions sanguines abondantes, comme très-utiles dans le tétanos? On
(t) Voyez, tome II, Méningite cérébro-spinale, Myélite, etc.
TÉTANOS. — TRAITEMENT
peut eu douter. Combien de cas dans lesquels ces moyens sont restés sans effet ! Quelques exemples de guérison ne suffisent pas pour établir solidement la valeur d’un moyen thérapeutique. On a principalement recours à la saignée générale et à l’application des sangsues le long du rachis.
Narcotiques. — C’est toujours à haute dose qu’on a donné l’opium. Monro a vu administrer jusqu’à 6 grammes d’opium en un jour; Littlelon (1) a guéri deux enfants de dix ans en prescrivant à l’un 30 grammes de laudanum liquide en un jour, et à l’autre 50 grammes d 'extrait d'opium en douze heures. [Chassaniol, alors qu’il était médecin en chef à Saint-Louis (Sénégal), a guéri, par l’opium, de très-jeunes enfants. En commençant par 2 gouttes, en lavement, chez des nouveaunés, il a pu aller jusqu’à 12 gouttes dans les vingt-quatre heures (2). ] II suffit de ces exemples. Ce qu’il y a de remarquable dans la plupart des cas cités, c’est que, malgré ces doses si considérables, on n’a pas observé de narcotisme marqué; mais, suivant le docteur Blizard Curling, ce n’est pas là une condition fa\orable. Cet auteur a noté, en effet, que lorsque l’opium a une utilité réelle, il produit un certain degré de narcotisme, à peu près comme dans les autres affections.
L’administration de l’opium doit se faire par la bouche et par le rectum, et, d’après ce qui précède, on ne doit pas craindre d’en administrer, tout d’abord, une dose considérable (5 à 10 centigrammes toutes les deux heures ou même toutes les heures, si les accidents sont très-graves), et d’augmenter rapidement cette quantité. C’est au médecin à surveiller l’emploi de ce médicament.
L’opium a été uni à d’autres substances. Ainsi Baldwin (3) veut qu’on l’associe au vin ammoniacal et qu’on l’administre en même temps que l’huile de térébenthine; mais rien ne prouve que cette association soit réellement utile. Dans un cas où celte affection était due à une cause traumatique, Hcrpin (à) associa l’opium au sulfate de quinine. Ce dernier médicament, donné d’abord à la dose d’un gramme, fut ensuite donné chaque jour à celle de 60 centigrammes. Le malade guérit.
Le tabac donné en lavement, sous forme de décoction ou de vapeurs, a été également préconisé. Lavenne (5) est un de ceux qui en ont le plus vanté les heureux effets, La décoction doit être assez forte. On prescrira :
Feuilles sèches de tabac 30 gram.
Faites bouillir pendant dix minutes dans :
Eau commune 400 gram.
Pour un lavement.
Lcmbert (6) rapporte deux cas de guérison par Y acétate de morphine administré par la méthode endermique. La dose de ce médicament doit être élevée comme celle de l’opium. Dans un cas de tétanos traumatique après une amputation,
(1) Littlelon, Voy. Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, 7e édit. Paris, 1 86 t. Il, p. 32.
(2) Communications verbales à Le Roy de Méricourt.
(3) Baldwin, The American Journal, 1832.
(4) Herpin, Gazette des hôpitaux, septembre 1852, et Bulletin général de thérapeutique 30 octobre 1852.
(5) Lavenne, Journal de méd. et de chirur. prat., 1837.
(6) Lembert, Archives générales de médecine . Paris, 1828, t. XVII. p. 440.
NLVROSliS.
Tliomassin (1) a employé, en quinze jours, jusqu’à 3 grammes et demi d’acétate de morphine, tant sur la plaie du moignon que sur des vésicatoires; cette dose peut être dépassée sans inconvénient. L’administration d’une forte dose se fait a\ec facilité en multipliant les vésicatoires.
Belladone. — Lenoir (2) a obtenu plusieurs fois la guérison du tétanos traumatique à l’aide de la belladone et des bains de vapeur. Ce traitement peut être facilement appliqué au tétanos non traumatique.
Antispasmodiques. — Les antispasmodiques n’ont pu être oubliés dans une affection de cette nature. Voici une formule recommandée par Fournier :
% Camphre ) .
' Musc J aa4 &ram'
Sucre 4 gram.
Triturez ensemble dans un mortier de verre, et ajoutez peu à peu :
Infusion d’arnica 120 gram. | Eau de Luce .... 8 gram.
A prendre par cuillerée d’heure en heure.
Nous pourrions encore citer l’osa fœtida, le castorêum , etc. ; mais il n’v aurait pas d’utilité réelle.
Inhalations de chloroforme. — Bien que le chloroforme soit resté impuissant dans beaucoup de cas où il a été employé, c’est un moyen qu’il ne faut pas négliger ; car dans d’autres il a eu une utilité incontestable. Nous citerons ceux qui ont été observés par Forget et Hergott (3), et qui nous font voir une amélioration constante à chaque inhalation, suivie, au bout de quelque temps, d’une guérison complète. En outre, Bargigly (ù) cite un cas de tétanos traumatique très-violent qui céda à des inhalations continuées de temps en temps, do manière à rendre J’anesthésie constante pendant une heure; et dans un autre cas rapporté par Baudon fils (5), l’effet curatif fut plus rapide, mais depuis quelques jours le malade avait pris de fortes doses d’opium et surtout de belladone.
Morisseau (6), au lieu d’employer ce médicament en inhalations, l’employa en frictions dans un cas qui se termina par la guérison. Elles étaient faites trois fois par jour avec 20 grammes de chloroforme.
Tartre stibié à haute dose. — On trouve dans les recueils de médecine quelques faits de guérison du tétanos par l’émétique à haute dose. Laennec, qui a appliqué cette médication à un certain nombre de maladies, a cité deux cas où un tétanos spontané s’est terminé heureusement après l’usage de la potion slibiée qu’il employait dans la pneumonie (7). Un des plus remarquables parmi ces faits rapportés en faveur du tartre stibié, est celui qu’a publié le docteur Ogden (8). Après avoir administré, sans amendement dans les symptômes, 500 gouttes de teinture et
(1) Thomassin, Essai sur le tétanos traumatique, thèse. Paris.
(2) Lenoir, Union médicale, 8 novembre 1849.
(3) Forget et Hergott, Bulletin génér. de thérap., février 1849.
(4) Bargigly, Union médicale, septembre 1852.
(5) Baudon fils. Bulletin génér . de thérap., 15 août 1851.
(6) Morisseau, Ibid., 15 juillet 1851.
(7) Voy. t. II, Pneumonie.
(8) Ogden, The London med. andsurg. Journal. 183G.
TÉTANOS. — TRAITEMENT
AO centigrammes d’extrait d’opium en vingt-quatre heures, ce médecin eut recours au tartre stibié, administré ainsi qu’il suit:
7f Émétique 15 centigram. Eau sucrée ou solution de sirop
Teinture d’opium 50 gouttes. dégommé 1/2 verre.
Prendre cette dose toutes les deux heures.
Bientôt l’amélioration devint évidente, et des évacuations alvines abondantes ayant été provoquées par l’administration de quatre gouttes d'huile de croton tiglium, le malade se rétablit promptement.
Mercuriaux. — Les préparations mercurielles ont été administrées tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Trnka accordait au mercure plus d’efficacité qu’à l’opium lui-même. Young conseillait de donner le deutoch/orure de mercure à une dose aussi élevée que l’estomac peut le supporter, et il a cité, en faveur de ce traitement, l’exemple d’un enfant de douze ans chez lequel les convulsions tétaniques cessèrent aussitôt que se montra la salivation. Les frictions mercurielles ont été plus fréquemment employées ; elles ont été notamment mises en usage par M’Gregor (1) et par Forget (2). Ce dernier, après avoir mis inutilement en usage plusieurs des moyens précédents, eut recours à des frictions dans lesquelles on employait 30 grammes d’onguent mercuriel par jour, et le malade se rétablit.
Le calomel a été vanté par une multitude d’auteurs, parmi lesquels je signalerai Trnka, Alonro, Stark, Pitschaft, Hildenbrand et Wendt (3). Ce dernier dit avoir employé ce médicament avec un succès constant.
Nous pouvons citer des relevés statistiques de Blizard Curling qui sont de nature à inspirer beaucoup de doutes sur l’efficacité des préparations mercurielles. Dans 31 cas où la maladie se termina par la mort, le mercure avait été administré seul onze fois, tandis que, dans 2A cas de guérison, deux fois seulement on s’était borné à faire exclusivement usage de cet agent thérapeutique.
Sudorifiques. — Les sudorifiques sont recommandés particulièrement dans les cas de tétanos spontané et lorsqu’on a quelque raison de penser que la maladie est due à la suppression de la transpiration. Trnka, Fouruier-Pescay et Fritz ont cité des exemples de guérison par ce moyen. On prescrit, dans le but d’exciter la sueur, les boissons chaudes et abondantes, l’infusion de bourrache, de sureau, le carbonate d'ammoniaque, etc. A. Bérard et Denonvilliers recommandent particulièrement les bains de vapeur, en faveur desquels Campaignac (U) et Pétrequin (5) ont rapporté des exemples do guérison. Observons encore que ces exemples soûl très-peu nombreux et qu’on a employé l’opium concurremment avec les bains de vapeur.
Alcalins. — Stütz (6) a recommandé un traitement particulier qui a été mis en usage en Allemagne par plusieurs praticiens.
1° Tous les jours un bain avec la lessive de cendres ordnaires, à laquelle on ajoute :
Potasse caustique de 30 à 60 gram.
(1) M’Gregor, The Edinburgh med. and surg. Journal, 1805.
(2) Forget, Bulletin génër. de thérap., octobre 1836.
(3) Voy. Journal compl. des sciences méd., t. XX.IX.
(1) Campaignac, Journal hebdom. de méd., Paris, 1829, t. V, p. kl.
(5) Pétrequin, Bulletin yénér. de theraju, 1836.
(6) Stütz, Uv.felo.nd? s Journal, 1810.
2° Donner au malade la potion suivante :
If Eau distillée 150 gram. I Sirop de sucre 35 gram.
Carbonate de potasse 8 gram. J
Mêlez. A prendre en six fois dans la journée, à des intervalles égaux.
Le jour suivant, on met dans la potion 12 grammes de carbonate de potasse, et l’on peut élever la dose jusqu’à 16 grammes.
3° On administre concurremment Y opium à haute dose, en faisant alterner celte administration avec celle de la potion alcaline.
Ce traitement n’est pas simple. On y trouve un médicament dont l’efficacité est généralement admise : l’opium à haute dose; comment dès lors savoir quelle est la part réelle des alcalins, dans les cas où on Ta employé? Les faits de guérison qu’on a cités en faveur de cette médication ne sont pas de nature à dissiper les doutes.
Révulsifs. — Nombre d’auteurs, et en particulier ceux qui attribuent le tétanos à une affection de la moelle épinière, ont vivement conseillé les topiques irritants le long de la colonne vertébrale : ainsi les vésicatoires, les frictions irritantes, le cautère objectif. Ce dernier moyen a été mis en usage par le docteur Pochen. Ce médecin promenait, à une petite distance de la colonne vertébrale, depuis l’occiput jusqu’au sacrum, un fer chaud, et répétait cette manœuvre d’abord tous les quarts d’heure, puis à des intervalles plus grands.
Bains froids, affusions froides. — On a recommandé les bains froids dès une haute antiquité. Les médecins qui les ont mis en usage sont nombreux, et c’est presque exclusivement dans le tétanos spontané qu’on les a conseillés. Wright, pratiquant dans les Indes, a vu employer fréquemment ce moyen, que nous retrouvons dans presque toutes les affections nerveuses. Pour les bains froids et les affusions, on donne la préférence à l’eau de mer, quand la chose est possible. Après avoir plongé le malade dans l’eau, ou lui avoir jeté plusieurs seaux d’eau sur le corps, on doit l’essuyer promptement et le remettre dans un lit chaud, en ayant soin néanmoins qu’il soit modérément couvert. La même manœuvre doit être répétée au bout de trois ou quatre heures, jusqu’à ce que l’amendement des symptômes devienne notable. Ce qui vient jeter des doutes sur l’efficacité de ce traitement comme sur les précédents, c’est que, dans les cas où on l’a employé, on a eu presque toujours recours à de fortes doses d’opium, qui ont bien pu, par elles-mêmes, procurer l’amélioration ou la guérison qu’on a attribuée à l’action de l’eau froide sur le corps .
Remède des caraïbes. — [Malgré la bizarrerie du traitement, nous appellerons l’attention sur une pratique empirique qui, depuis un temps immémorial, jouit d’une grande faveur dans les colonies, cl qui, d’après l’affirmation de médecins dignes de foi, aurait, entre leurs mains, donné des succès inespérés : nous voulons parler de l’emploi du Ravet ou cancrelat ( Blalta americana ). On fait frire, dans l’huile ou dans la graisse, quinze à vingt cancrelats de grande taille; on les pile et on les incorpore à un looch blanc, qu’on administre, par cuillerée, de demi-heure en demi-heure. Cette potion, paraît-il, est prise sans trop de répugnance. En même temps, on maintient le malade dans une température très-élevée, et l’on couvre de
TÉTANOS. — TRAITEMENT
larges cataplasmes de fumier de cheval ou de vache, les parties qui sont le siège de contractions tétaniques. — L’emploi du cancrelat dans une affection aussi grave que le tétanos spontané semble, à priori, ridicule. Mais si l’on réfléchit que cet insecte peut contenir, comme la cantharide, par exemple, un principe actif soluble dans les corps gras, susceptible de déterminer des sueurs profuscs; si l’on remarque que la haute température du milieu dans lequel on tient le malade et l’emploi des cataplasmes de fumier sur de larges surfaces ont pour but de favoriser la crise regardée comme favorable, on sera disposé à accueillir moins légèrement une méthode qui, d’ailleurs, n’offre pas d’inconvénient. A cette occasion, nous rappellerons qu’aux colonies, depuis bien des années, les graines de courge étaient un remède populaire contre le ténia, et il n’y a cependant que peu de temps que ce moyen est entré dans la pratique en Europe. ]
Moyens divers. — On a eu recours à Y acupuncture (Delsignore), à Y électricité (Trnka, etc.), aux toniques, aux ferrugineux, à l’administration de Y ammoniaque (Fournier-Pescay), de la teinture de cantharides (Gilmore), de Y arsenic (Hall), de Y huile de térébenthine (Hutchinson, etc.), du baume du Pérou (Kolloch), des purgatifs drastiques ("Wright, Boyer, Lawrence, etc., etc.), de Y acide prussique , du zinc, etc. Bishop (1) a rapporté un cas dans lequel le sulfate de quinine, administré à la dose de 75 centigrammes par jour, fit disparaître les symptômes d’un tétanos traumatique intense.
On trouve, dans les journaux allemands et anglais, un assez bon nombre de cas de tétanos traumatique guéris par le hachisch.
[Nous mentionnerons enfin le curare, introduit dans ces dernières années par le docteur Verga, dans la thérapeutique du tétanos, sous l’inspiration des résultats expérimentaux de Cl. Bernard. Malheureusement, les espérances qu’avait fait d’abord concevoir l’emploi de cet agent ne se sont pas soutenues (2). ]
. Régime. — Le tétanos essentiel n’étant pas une maladie ordinairement fébrile, on n’a généralement pas conseillé un régime très-sévère. C’est ainsi que, meme alors que les symptômes convulsifs sont portés au plus haut degré, on accorde au malade des bouillons et même d’autres aliments liquides; cependant, dans la grande majorité des cas, on ne commence à nourrir le malade que lorsqu’il manifeste luimême le désir de prendre des aliments, et assez souvent, ainsi que nous l’avons vu plus haut, on a de la peine à y parvenir.
Résumé. — Les cas les plus nombreux de guérison se sont montrés après l’administration de l’opium à haute dose, et c’est par conséquent cette substance qu’on doit placer en première ligne dans la médication interne.
Émissions sanguines; narcotiques ; antispasmodiques; inhalations de chloroforme; tartre stibié à haute dose; mercuriaux; sudorifiques; alcalins; traitement de Stütz; révulsifs; bains froids; affusions froides; moyens divers; régime.
(1) Bishop, New- York Journ. of med., et Bulletin général de tliérap., novembre 1849
(2) Voy. Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1859; — et Bulletin qénè'' le thérapeutique, t. LII, p. 183; t. LVII, p. 274, 325, 372, 422, 478.
Valleix, 5e édit.
NÉVROSES
ARTICLE VI