PARALYSIE DE LA TROISIÈME PAIRE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
sidérable. Les coups, les chutes, toutes' les violences portant sur la région orbitooculaire peuvent produire cette maladie. Une congestion cérébrale est souvent la cause de cette paralysie, soit que cette congestion ait les caractères d’une affection sérieuse et persistante du cerveau, comme est celle qui précède les hémorrhagies ou les ramollissements du cerveau, soit qu’elle ne soit que l’effet d’une grande tension d’esprit, d’une fatigue des organes des sens, surtout des yeux : c’est ainsi que la paralysie de la troisième paire survient assez fréquemment chez certaines ouvrières, brodeuses, bordeuses de souliers, corselières, chez des employés, des écrivains, et dans les professions qui exigent un travail de tête assidu (1).
[A la suite d’une affection intracrânienne, la paralysie peut se montrer soit immédiatement, soit tardivement. Si toutes les parties auxquelles se rend le nerf de la troisième paire sont paralysées à la fois, il est plus que probable que la maladie du nerf existe à son origine ou tout à fait dans son voisinage. La syphilis donne lieu à cette paralysie : Zambaco (2), Gros et Lancereaux (3) en ont rapporté plusieurs exemples ; Hérard (4) a observé un cas dans lequel la paralysie de la troisième paire était occasionnée par une tumeur gommeuse siégeant sur la selle lurcique. Curling l’observa à la suite d’un accès d’épilepsie ; Caron du Villars à la suite d’une épidémie de typhus; Malherbe (de Nantes) à la suite d’un abcès enkysté dans le lobe moyen de l’hémisphère droit du cerveau; Ch. Ilarc, à la suite d’un anévrysme de l’artère communicante cérébrale postérieure; Stiebel, à la suite d’une apoplexie du pédoncule cérébral. On l’observe encore à la suite d’une transpiration des pieds brusquement supprimée ; à la suite d’une suppression trop rapide de dartres chroniques. Mérat et Requin la rencontrèrent chez des sujets travaillant au blanc de plomb. ]
§ U. — Diagnostic, pronostic.
On ne peut confondre cette maladie ni avec la blépharoptose, ni avec le strabisme divergent tenant à une rétraction musculaire ou fibreuse, ni avec la paralysie de la face, dont les signes sont si différents, puisque, en pareil cas, l’œil n’est point dévié et les paupières sont écartées et ne peuvent se fermer par suite de l’inertie de l’orbiculaire. Quant à la nature de la maladie et à sa cause, c’est par la marche et les complications qu’on en jugera. Il n’existe point de paralysie isolée de la troisième paire, par le fait d’une affection cérébrale ou méningée : ce symptôme, en pareil cas, est toujours accompagné d’autres symptômes de paralysie, d’hyperesthésie, de convulsions, de névralgies, etc. , etc.
Pronostic. — Le pronostic est grave lorsque la maladie est symptomatique d’une affection des centres nerveux, et doit se régler sur le pronostic de cette affection elle-même. S’il y a eu coup, chute, lésion traumatique, il y a lieu à craindre la persistance de la paralysie de la troisième paire, et rien ne peut en faire déterminer la durée; lorsque, au contraire, c’est à une congestion passagère ou à l’action du froid, à une influence rhumatismale [à une suppression de transpiration, à une diathèse dartreuse, à la syphilis, à l’intoxication saturnine], qu’elle est due, il y a lieu d’espérer que sa durée sera peu considérable; cependant, même en pareil cas,
(1) Magne, Hygiène de la vue, 4e édit. Paris, 1866.
(‘2) Zambaco, Des affections nerv. syphilitiques, 1862, p. 154.
(3) Gros et Lancereaux, id., p. 268.
(4) Hérard, Union médicale, février 1858.
NÉVROSES
le pronostic doit être réservé, attendu que de nombreux exemples prouvent que la paralysie peut persister au moins partiellement, surtout à la paupière supérieure.
§ III. — Traitement.
[Le traitement est variable et subordonné à la cause qui a produit la paralysie. Si l’affection est de nature congestive ou rhumatismale, on emploiera les antiphlogistiques, les émissions sanguines locales ou générales, selon les circonstances. On aura aussi recours aux révulsifs cutanés, aux vésicatoires appliqués autour de l’orbite, derrière les oreilles. Conjointement, on prescrira les purgatifs et surtout le calomel, que AVbarton-Jones (1) administre jusqu’à la salivation. Si la cause réside dans une transpiration arrêtée, dans une dartre supprimée, on conseillera les sudorifiques, les purgatifs; on appliquera des vésicatoires sur le siège de la paralysie, dans le voisinage de la dartre. Les mercuriaux, l’iodurc de potassium sont indiqués s’il existe un vice syphilitique; les purgatifs s’il existe une intoxication saturnine.
La chute de la paupière sera combattue par les excitants, l’huile de térébenthine, la solution alcoolique de strychnine, l’électricité, les frictions avec l’huile de croton, la pommade stibiée, les vésicatoires ammoniacaux. Deval appliquait la pommade ammoniacale sur la région sourcilière et sur les paupières.] Saint-Martin, de Niort (2), a guéri une paralysie de la paupière droite, paralysie rhumatismale, selon toute apparence, à l’aide des inoculations de strychnine, pratiquées de la manière suivante : On prend 2 centigrammes de strychnine, qu’on réduit en pâte molle, avec une très-petite quantité d’eau, et l’on use cette pâte en l’introduisant sous l’épiderme avec une lancette ordinaire.
[Quant au traitement du strabisme, il est du domaine de la chirurgie. ]