‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 289 sur 369 · PARALYSIE GÉNÉRALE. — LÉSIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

PARALYSIE GÉNÉRALE. — LÉSIONS ANATOMIQUES

§ IV. — Lésions anatomiques. Pathogénie.

Il serait intéressant de faire l’exposé (le l’anatomie pathologique en suivant 1 ordre chronologique; nous pourrions ainsi assister à ses progrès successifs dus ad infatigables et persévérants elforts ; mais il faudrait entrer dans des détails trop étendus que comporterait seulement un traité spécial. Aussi faudra-t-il se borner h énoncer les diverses lésions qui accompagnent la paralysie générale, en insistant toutefois sur celles qui se montrent le plus habituellement.

Le cuir chevelu et les os n’offrent pas d’altérations déterminées dans la paralysie générale. Quand la maladie a eu une durée un peu longue et surtout quand il y a eu des congestions répétées, on trouve, en général, un épaississement de la peau et des parois crâniennes devenues aussi plus résistantes. Ces tissus sont fortement hypérémiés dans les cas assez nombreux où les malades succombent à une congestion.

L’épaississement de la dure-mère, les adhérences de cette membrane à la voûte du crâne, se montrent aussi quelquefois dans la paralysie générale. Il suffit de les mentionner.

L’arachnoïde est épaissie et perd une partie ou même la totalité de sa transparence. Elle est opaline, grisâtre ou blanchâtre, quelquefois (l’une manière uniforme, le plus souvent inégalement ; on voit sur différents points de la surface de petites exsudations sous forme (le granulations, plus prononcées ordinairement au niveau des scissures svlviennes, et le long du bord supérieur (les hémisphères. Ces granulations arachnoïdiennes signalées par Bayle se montrent surtout dans la paralysie générale; mais elles se rencontrent aussi dans d’autres maladies du cerveau et, en particulier, dans la démence sénile.

La pie-mère est tantôt très-injectée, d’un rouge vif, sillonnée de vaisseaux turgescents, tortueux; d’autres fois elle est pâle, grisâtre, épaissie et infiltrée de sérosité. Le long des vaisseaux un peu volumineux, elle présente des traînées blanchâtres, quelquefois de petites taches opaques analogues aux exsudais de l’arachnoïde. Sa consistance, plus grande, la rend plus solide, plus résistante, et, à la traction, au lieu de s’enlever par petites portions, elle se détache par larges lambeaux. Son adhérence à la couche corticale, à peu près nulle à l’état normal, présente des degrés variables dans la paralysie générale, et sur le même cerveau, suivant les régions où on l’examine. Ainsi, à la partie moyenne des hémisphères et surtout au niveau des cornes occipitales, la lésion est, en général, moins avancée. En entraînant la méninge, on voit celle-ci se détacher, en résistant un peu ; elle semble légèrement accolée, on croirait presque à la présence d’un corps visqueux et gluant interposé entre les deux surfaces cérébrales et méningées ; la membrane happe , comme dit Calmeil, à la substance nerveuse corticale; et l’on voit une série de petits filaments (capillaires, tractus fibreux) interposés entre les surfaces se rompre à mesure qu’elles s’écartent l’une de l’autre. Vers les lobes frontaux, l’accolement devient de plus en plus intime, et bientôt on constate une soudure maladive entre la pie-mère et le cerveau, qui ne permet plus l’ablation de la méninge sans l’entraînement d’une portion de la couche corticale qui adhère à la membrane comme une sorte de doublure.

La surface cérébrale, mise à nu, présente, en général, un piqueté rougeâtre

NÉVROSES

dans les points où la pie-mère happait; plus loin, dans les parties où l’adhérence était plus grande, on voit de simples érosions rougeâtres tapissées de petites houppes vasculaires.

Dans les parties enfin (cornes frontales, dans la grande majorité des cas) où la lésion est le plus avancée, on trouve sur les circonvolutions, des surfaces excoriées, profondes, raboteuses, irrégulières, rouges, saignantes, plus ou moins ramollies, en un mot de véritables ulcérations.

Ces adhérences, ces ulcérations ont une grande valeur, et quelques auteurs en ont même fait la lésion caractéristique de la paralysie générale (Gahneil, Marcé). Dans les cas où ces lésions manquent, il faut noter avec soin l’état des membranes, car l’absence ou la présence peu marquée de ces lésions peut s’expliquer par l’œdème concomitant des méninges; et, dès lors, elles n’en conservent pas moins toute leur valeur.

On peut, en effet, sur le cadavre diminuer le degré de ces lésions et les faire même disparaître dans le cas où elles ne sont pas très- avancées, en injectant de l’eau dans la carotide et la jugulaire internes d’un côté; les méninges du côté correspondant s’infiltrent de liquide, et quand on ouvre le crâne, on peut s’assurer, en enlevant les méninges sur les deux hémisphères, que les lésions sont moins marquées du côté qui a été injecté (Magnan). Le phénomène que l’on peut déterminer ainsi artificiellement, peut se produire sous L’influence de l’œdème, et l’on doit en tenir compte dans les cas douteux.

Ces altérations ne sont pas dues seulement aux méninges, elles dépendent aussi de la lésion de la couche corticale ; l’altération de celle-ci, que Parchappe considère comme constante et comme caractéristique, de la paralysie générale, consiste en un ramollissement qui, dans les cas où la lésion est peu marquée, siège à la partie moyenne de la couche corticale. Quelquefois cette partie est seule dénuée de consistance, de sorte que la lésion pourrait échapper si l’on ne s’assurait, à l’aide du manche du scalpel engagé à ce niveau, que la moitié externe de la couche corticale se détache dans une étendue un peu plus grande que celle où s’exerce l’action du scalpel. Tantôt la couche superficielle qui s’enlève est molle, réduite en bouillie; tantôt elle est dure, cassante, rabougrie. La coloration de la couche corticale est variable et en rapport avec l’injection plus ou moins grande des capillaires ; aussi peut-on voir des nuances variables, rosées, rouge, lie de vin, etc.

La partie profonde où le réseau vasculaire est plus considérable se montre sous la forme d’une bande sinueuse, violacée, tranchant sur la substance blanche.

La couche corticale a, au contraire, en dehors de la congestion, une couleur pâle, gris sale, jaunâtre, surtout à une époque avancée de la maladie.

A part le ramollissement, on constate l’atrophie de la substance grise, dont l’épaisseur quelquefois est réduite de moitié, ainsi qu’il est facile de le constater sur des coupes perpendiculaires à la surface des circonvolutions.

La substance corticale enlevée laisse apercevoir la substance blanche, dont I induration très-notable à la partie antérieure, dans les cornes frontales, permet d obtenir, par le simple grattage, de petites languettes analogues à l’épiglotte, des crêtes blanches, fermes, dépouillées complètement de substance grise. D’après liaillarger, celte induration des crêtes frontales manquerait très-rarement et serait le principal caractère anatomique de la paralysie générale.

Page 1