TYPHUS ET TYPHUS FEYER
même, dans les cas graves, elle se fonce de pins en plus et devient tout à fait moire. Donc il y a une ecchymose ; mais ce qui prouve qu’il y avait aussi un exanihème, c’est que la desquamation furfuracée se produit souvent comme dans la rougeole.
L’erreur des médecins modernes qui ont voulu assimiler le typhus à la fièvre typhoïde a tellement cours parmi nous, que le mot typhus ne réveille dans l’esprit Ile la plupart de nos contemporains que l’idée d’adynamie, de stupeur, et point l’idée d’éruption exanthématique, et pourtant il est arrivé bien des fois que des médecins placés en présence d’un malade atteint de typhus parvenu à la période ■éruptive, ont cru avoir affaire à une rougeole ou à une scarlatine maligne; nous lavons nous-même été témoin de faits semblables. En quelque lieu qu’on observe de typhus, et quelque nom qu’on donne à cette affection, typhus pétéchial, fièvre pétéchiale contagieuse, typhus fever , partout le£ observations signalent l’éruption comme un symptôme capital. Dans le typhus d’Irlande, ou typhus fever , Stewart a toujours vu l’éruption. Dans les cas graves, dit-il, elle est d’un rouge vif, noire, livide, pétéchiale. Quand l’éruption est livide, semi-pétéchiale, elle ne change pas; les ecchymoses pétéchiales persistent après la mort.
Marche et durée de l exanthème. — L’ exanthème s’accroît d’ordinaire et devient plus abondant et plus marqué pendant deux ou trois jours, après quoi il décroît, pâlit et disparaît; la durée normale de cette éruption est d’environ six ou sept jours. Au bout de ce temps l’épiderme se sèche, se ride, et la desquamation est achevée vers le vingtième jour de la maladie.
Importance de V éruption , anomalies. — Suivant fiorsicri, « une éruption facile, régulière, complète, distribuée sur tout le corps, persistant le temps voulu, se termine en général, la maladie étant bénigne, favorablement, et la maladie entière, finit et se résout par la seule éruption sans autre excrétion sensible. Au contraire, une sortie de l’exanthème difficile, imparfaite, anomale ou trop tardive, ou s’effaçant prématurément, devient la cause de funestes symptômes dont la mort est souvent le terme. » Parfois l’exanthème disparaît après les deux premiers jours; celte rétrocession peut se faire brusquement du soir au lendemain ; c’est là un signe fâcheux. Sur quatre cas de ce genre observés par P. E. Chauffard, un seul malade a guéri. Au dire de fiorsicri, l’éruption qui apparaît trop tôt est d’un mauvais signe, et dans la constitution épidémique de Turin décrite par Richa, tous ceux chez lesquels l’éruption s’opéra trop tôt périrent.
Pétéchies vraies. — Loin que ces taches soient un symptôme nécessaire et normal, elles doivent plutôt être considérées comme étant d’un caractère fâcheux ; elles indiquent une altération du sang. Ces taches peuvent se montrer sous forme d’un pointillé rouge, fin, ou de petites macules rondes, saillantes, ou de larges suffusions sanguines. Lorsque ces vibices, ces ecchymoses étendues se montrent, le pronostic de la maladie est grave. La constitution scorbutique joue un grand rôle dans la production des pétéchies. Elles ne se montrent généralement pas au début ; elles ne précèdent pas généralement l’exanthème, elles l’accompagnent quelquefois et le suivent plus souvent. Ces taches étaient désignées par les auteurs italiens du siècle dernier sous le nom de pétéchies secondaires. Les pétéchies secondaires surviennent plus tard, dit fiorsieri, dans l'état ou à la fin de la maladie, et ne se montrent que chez ceux dont le sang dépravé engendre ça et là des points gangréneux. Souvent,
dans les cas très-graves et surtout dans les cas mortels, deux on trois jours après l’éruption, parfois môme plus tôt, se montrent des taches bleues ou livides plus ou moins larges, à bords diffus, véritables ecchymoses septiques.
Symptômes pendant la période de l’exanthème. — Cette période dure environ sept jours ; elle commence au quatrième ou cinquième, et finit au douzième ou au quatorzième jour de la maladie : c’est la période d’état, dont le point culminant est au quatrième jour de l’éruption, c’est-à-dire au huitième, neuvième ou dixième jour de la maladie, lorsque la marche en est régulière. Pendant cette période, il y a aggravation de tous les symptômes; la stupeur, l’agitation, la typhomanie, la surdité augmentent ; le pouls se maintient à un chiffre élevé. Les principaux signes sont le tremblement des bras et des mains, le tremblotement incessant des lèvres, la difficulté de la parole, l’articulation incomplète et obscure des mots, l’anéantissement des facultés intellectuelles,* l’hébétude et l’égarement du regard, la rougeur violacée de la face. Lorsque cés symptômes sont portés au plus haut degré et que l’éruption pâlit, la mort est menaçante. C’est à cette période que surviennent les accidents cérébraux que Hildenbrand qualifiait d’apoplexie, et qui sont le degré le plus élevé de la stupeur typhomanique. Le. malade est alors dans le stertor le plus complet ; sa bouche est sèche, ses narines poudreuses, ses paupières demi-closes, sa face pâle ; il est semblable à une niasse inerte, privée de mouvement et de sentiment. L'éruption semble s’ètre retirée, et les pétéchies vraies se voient seules; peu à peu le refroidissement s’accroît et la mort survient. C’est là la forme grave la plus ordinaire ; il y en a d’autres, parmi lesquelles il faut noter la forme convulsive. Ce ne sont pas seulement des soubresauts des tendons, avec marmottements, agitation et sorte de frénésie nocturne : c’est une agitation convulsive de tous les muscles des membres et de la face. Cet état se termine par la mort, et le plus souvent du septième au neuvième jour. C’est à cette période que la maladie présente ce symptôme qui a fait donner son nom à toute une classe de symptômes qui se montrent dans plusieurs maladies graves : nous voulons parler de Y état typhique , caractérisé par la stupeur et la prostration profonde, avec subdélirium, soubresauts des tendons, chaleur de la peau, sécheresse de la langue, des narines, des paupières, fréquence et irrégularité du pouls.
L’état des fonctions digestives est le suivant : inappétence absolue et insouciance complète en ce qui concerne l’alimentation. Quelquefois il y a des hoquets continuels et des vomissements bilieux. Il est des malades qui, lorsqu’on introduit un liquide dans leur bouche, boivent avec avidité ; chez d’autres la soif est nulle. Chez un grand nombre, il y a incapacité d’exercer la déglutition. Le ventre est indolore, le plus souvent souple, rarement distendu par des gaz. Le plus souvent il y a de la constipation ; dans quelques cas il y a de la diarrhée. La maladie n’est pas dans l’intestin spécialement, et si la localisation morbide devait être faite, ce n’est pas l’intestin grêle qui serait en cause, comme dans la fièvre typhoïde ; aussi les auteurs ne se sont-ils que fort peu préoccupés de l’état de l’abdomen, du gargouillement, de la nature des garderobes et des taches rosées qui, si elles existaient (ce qui est possible), seraient masquées par l’exanthème général. Il ne paraît pas qu’il se fasse d’hémorrhagie intestinale. Cette hémorrhagie, si elle existait, et cela pourrait être, surtout avec une constitution dysentérique et scorbutique, ne devrait pas être considérée comme un symptôme propre au typhus. L’état des poumons est loin de