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ÉCLAMPSIE DES ENFANTS. — SYMPTÔMES

se montrent pas toujours, à beaucoup près, de la manière qui vient d’ètre indiquée : c’est ainsi que la plupart des observateurs ont remarqué qu’en infime temps que le pouce est collé contre la paume de la main, les autres doigts sont fléchis sur lui, et qu’assez fréquemment une somnolence marquée est le symptôme précurseur le plus frappant. Enfin il n’est pas rare de voir survenir une attaque d’éclampsie sans qu’aucun phénomène un peu notable ait pu la faire prévoir. En pareil cas, l’état de l’enfant passe brusquement d’un calme souvent profond aux convulsions plus ou moins violentes qui caractérisent cette attaque.

Les seuls phénomènes précurseurs qui soient regardés comme importants par Cb. Ozanam, sont la fréquence du pouls survenue subitement, le ballonnement du ventre et la chaleur de la peau.

Éclampsie générale. — Lorsque l’enfant est pris de convulsions, le regard \ qui était naturel, devient fixe; l'œil exprime la terreur; puis, rapidement, le globe oculaire devient agité de mouvements saccadés qui le dirigent en haut sous la paupière supérieure, beaucoup plus rarement en bas. Il redevient ensuite momentanément fixe, pour être bientôt entraîné, par des mouvements désordonnés, tantôt à droite, tantôt à gauche : le strabisme est alors des plus prononcés. Les pupilles sont tantôt dilatées, tantôt contractées; et lorsque l’iris est entièrement voilé par la paupière supérieure, on n’aperçoit plus que le blanc de l’œil, et la face revêt un aspect caractéristique et effrayant.

En même temps les muscles du visage entrent en contraction; la face est grimaçante ; les commissures, tirées en dehors par mouvements saccadés, produisent ;i chaque secousse un bruit particulier, résultat du passage de l’air dans l’espèce d’entonnoir que forme le coin de la bouche. Souvent des mucosités mousseuses ou légèrement sanguinolentes couvrent les lèvres d’une écume blanche ou rosée. La lèvre supérieure , tiraillée en haut, donne quelquefois à la bouche l’aspect de celle de certains rongeurs. La mâchoire inférieure est agitée du même mouvement; d’autres fois il y a trismus, interrompu de temps à autre par des grincements de dents.

La tète est d’habitude fortement portée eu arrière; plus rarement elle se meut latéralement ou en rotation.

Les doigts sont fléchis sur la paume de la main avec roideur; les avant-bras , ramenés sur les bras, sont incessamment agités par des mouvements saccadés de demi-flexion et de demi-extension ; d’autres fois l’articulation du poignet. passe d’un instant à l’autre de la pronation à la supination. On voit aussi les membres supérieurs tortillés en divers sens d’une manière bizarre et inattendue.

On observe les mêmes symptômes aux extrémités supérieures ; mais ils sont en général moins prononcés.

Les muscles du tronc participent rarement aux contractions cloniques ; mais d’ordinaire 1 c torse est roule. Lorsque les mouvements d’un côté du corps prédominent en intensité sur ceux du côté opposé, l’enfant est porté sur le bord de son lit, de façon que l’on est ordinairement obligé de l’y retenir pour éviter une chute.

La contraction spasmodigue du larynx produit quelquefois un bruit tout spécial, lorsque l’air s’engouffre dans la poitrine à chaque respiration.

Lorsque les convulsions sont très- violentes, les urines et les matières fécales sont rendues involontairement ; mais ce symptôme est peu fréquent. La déglutition

est bien rarement impossible; nous l’avons vue se faire chez des erifants atteints d’une crise d’une violence extrême.

L 'intelligence est presque toujours abolie et la sensibilité nulle ; les autres sens sont souvent encore impressionnables. Ainsi nous avons vu des enfants témoigner du déplaisir lorsqu’on leur faisait sentir de l’ammoniaque ou d’autres odeurs un peu fortes.

Lorsque la convulsion est intense et qu’elle se prolonge, la face est violette, vultueuse, couverte de sueur ; la chaleur de la tète est brûlante , tandis que lesextrémités sont froides. La peau est moite, le poids très-accéléré et très-petit, difficile à compter, souvent effacé par les contractions musculaires et les soubresauts des tendons. La respiration est très-accélérée, bruyante, stertoreuse seulement dans le cas d’une haute gravité. (Rilliet et Barthez).

Eclampsie partielle. — Lorsque la convulsion est partielle, les mouvements sont bornés soit h une moitié du corps, soit à un seul membre, soit à une partie d’un membre, soit même à un seul muscle. Nous avons vu les globes oculaires seuls agités de mouvements convulsifs; d’autres fois les extrémités supérieures.

De toutes les convulsions partielles, les plus fréquentes sont celles dans lesquelles on voit les mouvements convulsifs agiter en même temps un ou plusieurs des muscles de la face et les extrémités supérieures. Nous n’avons pas vu les extrémités inférieures entrer en convulsions indépendamment d’autres parties du corps.

Les phénomènes secondaires que nous avons signalés, tels que l’accélération du pouls et delà respiration, la congestion violacée de la face, l’écume à la bouche, n’existent pas dans les cas où les convulsions sont partielles, peu intenses; tout au moins ils sont beaucoup moins tranchés. L’intelligence et la sensibilité peuvent être en partie conservées. (Rilliet et Barthez.)

On a signalé l 'asphyxie comme une conséquence assez fréquente de l’éclampsie. A ce sujet, nous ne pourrons nous empêcher de rappeler ce que nous disions dans la première édition de cet ouvrage à propos de cette maladie à laquelle on a donné les noms d’asthme thymique , asthme cle Kopp , spasme de la glotte (1). Une étude attentive des faits nous fit penser alors (1842) que cette prétendue espèce d’asthme n’était autre chose qu’une attaque d’éclampsie avec suffocation. Dans les cas présentés par les auteurs allemands et anglais comme] des exemples d'asthme thymique ou de spasme de la glotte, il y avait des convulsions plus ou moins étendues des membres et même du tronc, et dans l’éclampsie la respiration est, comme on vient de le voir, fréquemment gênée, il y a souvent de la suffocation, et parfois une asphyxie complète. Or, les recherches faites régulièrement en France ont prouvé que cette manière de voir est complètement fondée. Trousseau (2) a cité des faits qui démontrent que l’asthme de Kopp est un accident de l’éclampsie, et Hérard (3), tout en conservant à la maladie le nom de spasme de la glotte, a mis hors de doute ce fait, que les accidents qui constituent ce spasme appartiennent à la maladie dont nous nous occupons ici.

(1) Voy. tome II, art. Spasme de la glotte, p. 471.

(2) Trousseau, Clinique médicale de l'Hôtel-Dicu, 2e édition. Paris, 18G5, t. Il, p. 128 et 129.

(3) Hérard, Du spasme de la glotte , thèse. Paris, janvier 1847.

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