ÉCLAMPSIE DLS ENFANTS. — SYMPTÔMES
Cependant C. Ozanam (1) ne partage pas cette opinion. Il se fonde d’abord sur ce (iue les convulsions qui accompagnent le spasme de la glotte sont quelquefois compliquées de contracture des extrémités. Mais ces contractions n ont pas 1 importance qu’il leur donne, car elles nous paraissent avoir été exagérées dans la description qu’en ont présentée les auteurs allemands. Il donne comme signes différentiels précisément les symptômes du spasme de la glotte : suffocation, sifllement du larynx, etc.; mais c’est poser en fait ce qui est en question. Nous disons en effet : si la convulsion éclamptique envahit le larynx, il y a spasme de la glotte.
Il faudrait prouver que la convulsion n’est pas éclamptique. Dans des cas d'éclampsie non douteuse, Rilliet et Barthez ont noté des phénomènes analogues du côté de la respiration. On peut donc persister dans l’interprétation des faits telle que nous l’avons donnée.
Dans un certain nombre de cas, les convulsions générales prédominent et le trouble de la respiration n’est pas porté jusqu’à une suffocation complète : c’est V éclampsie générale proprement dite . Dans d’autres, un ou plusieurs membres sont seuls atteints de convulsions : c’est l 'éclampsie partielle proprement dite. Dans quelques-uns, aux convulsions des membres et du tronc se joint une suffocation qui peut aller jusqu’à l’asphyxie ; c’est la forme de l’asthme de Kopp ou du : spasme de la glotte qui est la plus ordinaire, c’est Y éclampsie avec suffocation , i comme nous avons proposé de l’appeler. Dans certains cas, la convulsion n’occupe i que le larynx et l’isthme du gosier, c’est une forme d'éclampsie partielle , forme i rare qu’on a particulièrement envisagée quand on a décrit V asthme thymique et I le spasme de la glotte ; c’est la première forme admise par Hérard. En pareil cas, Iles convulsions restent bornées à la partie supérieure des voies respiratoires, comme (dans d’autres elles sont bornées aux extrémités ou à un seul membre ; et si l’on m’a pas le droit de faire une maladie particulière de ces derniers cas, pourquoi aurait-on celui de séparer le spasme de la glotte de l’éclampsie, à laquelle il appari tient évidemment ? D’autres fois c’est la convulsion du diaphragme qui cause la -suffocation, et c’est la seconde forme reconnue par Ilérard.
Ces maladies particulières, bizarres, qu’on observe dans un pays et non dans ! l’autre, rentrent parfaitement dans les faits connus.
Lorsque la suffocation est poussée jusqu’à l’asphyxie, on reconnaît facilement la ccontraction spasmodique du larynx ; les mouvements respiratoires deviennent irréguliers, il y a de l’écume à la bouche, puis les inspirations s’accélèrent, deviennent eentrecoupées, incomplètes ; la face est livide, la peau du reste du corps est violaccée, le pouls est petit et fréquent ; les extrémités se refroidissent, et si cet état I persiste, le malade succombe. Tous ces phénomènes doivent être considérés (comme le résultat du spasme de la glotte, des muscles inspirateurs et du diaipliragme.
Les autres symptômes sont accidentels. Mentionnons des douleurs souvent aiguës •qui résulteraient, selon Brachet, du tiraillement des blets nerveux ; des ecchynnoscs qui peuvent être produites par les contusions que se fait le malade pendant Ides convulsions, ou par l’extravasation du sang dans le tissu cellulaire sous-cutané,
( conséquence de la stase de ce liquide, lorsque la respiration est très- embarrassée ;
(1) C. Ozanam, toc. cit ., p. 175.
NÉVROSES
la rupture des tendons, la courbure anormale des os, les fractures, les luxations qui résultent de la contraction exagérée des muscles convulsés. Il faut y joindre les diverses paralysies, les atrophies musculaires, les arrêts de développement qui résultent des lésions du cerveau ou des méninges, produites par les hémorrhagies, et que G. Ozanam a signalées comme conséquence de la maladie.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
C’est une question de savoir si l’on peut regarder comme une éclampsie des attaques multipliées qui surviennent à des époques plus ou moins rapprochées. Barthez et Rilliet pensent, avec Baumes (1), que, lorsqu’il y a plusieurs attaques- à certains intervalles, il s’agit d’une épilepsie : « Nous ne voyons, en effet, disent ces auteurs, d’autre dissemblance entre l’épilepsie et les convulsions violentes, que le retour des accès; car, lorsque l’éclampsie est intense, les symptômes de l’attaque, pris un à un ou envisagés dans leur ensemble, sont identiques avec ceux de l’accès épileptique. » Si cette manière de résoudre la question était parfaitement juste, on ne voit pas pourquoi on séparerait de l’épilepsie l’attaque d’éclampsie, même lorsqu’elle est unique. Ce jugement de Barthez et Rjlliet est trop absolu. Il est ordinaire de voir l’éclampsie se produire une seule fois; mais les faits ne manquent pas dans lesquels le même enfant , à des époques plus ou moins éloignées, a été pris de convulsions essentielles, deux, trois et même quatre fois, pour n’en plus présenter ensuite, ce (pii porte à croire qu’il ne s’agissait pas d’une épilepsie véritable.
Dans les cas les plus fréquents, il n’v a qu’une seule attaque d’éclampsie. Dans ceux où il y en a plusieurs, les intervalles sont ordinairement si grands, on voit les convulsions se déclarer sous des influences si diverses, qu’on ne peut pas regarder ces attaques comme faisant partie de la même affection, mais seulement comme étant des atteintes répétées du même mal.
Marche des attaques. — Il est rare qu’une attaque se compose d’un seul accès. Lorsqu’il en est ainsi, on voit l’enfant contracter, contourner ses membres, se roidir, tourner ses yeux dans leur orbite, puis souvent revenir à son état primitif au bout (le très-peu de temps. Quelquefois, néanmoins, dans ces attaques si courtes, on observe le trouble de la respiration signalé plus haut. Presque toujours, au contraire, il y a plusieurs accès qui forment une attaque. Les convulsions se manifestent, puis l’enfant rentre dans le repos. Une contrariété, la douleur, l’action de boire, provoquent souvent ces accès qui se produisent plus souvent encore sans cause connue. Ces accès peuvent avoir lieu plusieurs fois en un quart d’heure, et quelquefois rester plus d’une heure sans se montrer. Ils sont, dans quelques cas, très-multipliés. Ordinairement fréquents au début, ils vont ensuite en diminuant h la fois de durée et de fréquence. Dans, les intervalles, les enfants sont plus ou moins bien, suivant la cause à laquelle on peut attribuer les convulsions. U est des cas où l’on a vu les convulsions plus ou moins violentes se prolonger pendant des heures entières, toutefois avec des rémissions, car autrement les enfants ne tarderaient pas à succomber, surtout lorsque la respiration est très-embarrassée pendant les convulsions.
'1) Baumes, Traité des convulsions dans V enfance. Paris, 1805, p. 432.