ÉCLAMPSIE DES ENFANTS. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
I.a durée d’une attaque est extrêmement variable; nous l’avons vue se prolonger de cinq minutes à douze heures. Les auteurs affirment que certaines attaques peuvent persister pendant plusieurs jours.
La terminaison a lieu par la guérison plus fréquemment qu’on ne le croit, lorsque l’affection est idiopathique. La grande terreur qu’inspirent les convulsions en général vient de ce qu’on n’a ordinairement pas distingué les cas. Les convulsions symptomatiques d’une affection cérébrale sont des plus graves; celles qui sont sympathiques ont une terminaison moins fréquemment fatale. Les convulsions dont il est principalement question dans cet article sont celles qui se terminent le moins fréquemment par la mort- Lorsque la convulsion idiopathique est partielle, la terminaison est ordinairement heureuse, à moins qu’il ne s’agisse du spasme de la glotte, dans lequel la maladie se termine par asphyxie.
§ V. — Lésions anatomiques.
Les lésions anatomiques sont le plus souvent très-légères, et toujours trèsvariables. Ordinairement elles sont le résultat de la convulsion (injection des méninges, du cerveau, etc., résultant de la stase du sang dans l’asphyxie; ecchymoses, etc., etc.); et lorsqu’on ne peut pas les regarder comme telles, elles ont produit l’éclampsie sympathiquement.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
L’éclampsie se distingue avec la plus grande facilité de toutes les autres affections, sauf l’épilepsie.
Il y a, sans aucun doute, des cas dans lesquels les symptômes se rapprochent de l’épilepsie au point qu’une confusion entre les deux maladies est presque inévitable; mais on s’est beaucoup exagéré le nombre de ces cas. Presque toujours l’éclampsie a des caractères différents de l’épilepsie ; les médecins qui ont l’habitude d’observer les maladies des enfants nes’y trompent pas, et n’ont pas besoin, pour repousser l’existence d’une épilepsie, qu’il se soit écoulé un long temps pendant lequel l’attaque ne s’est pas reproduite. Dans l’épilepsie, les prodromes sont plus fréquents, il y a souvent une aura, le début est plus subit. Dans l’éclampsie, les convulsions consistent particulièrement dans une violente torsion des membres, tandis que dans l’épilepsie ce sont des secousses rapides ; l’attaque, dans celle dernière affection, a, si l’on peut s’exprimer ainsi, une marche continue, c’est-à-dire que, excepté dans des cas exceptionnels dont nous parlerons plus tard, qui ont eux-mêmes une physionomie propre, on voit l’épileptique tomber, présenter des convulsions, puis revenir à lui plus ou moins promptement et plus ou moins complètement, et que, comme dans les cas graves d’éclampsie, on ne voit pas une convulsion, puis un intervalle de calme, puis une convulsion, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’attaque se termine. Ceux qui ne présentent pour tout symptôme que des convulsions bornées à un membre ou un peu de strabisme, ceux qui appartiennent à l’éclampsie partielle, en un mot, ne peuvent pas être confondus avec l’épilepsie. Dans l’épilepsie, la bouche est écumeuse, la face violacée, la respiration d’abord suspendue, puis stortoreuse; le pouls est lent, la sensibilité et la connaissance sont abolies. Dans l’éclampsie, il y a bien rarement de l’écume à la bouche, la face est pâle ou seulement congestionnée, la res- Valleix, 5e édit. I — 57
névroses.
piration est rapide, parfois silllanle, ordinairement sanglotante ; le pouls est rapide, la sensibilité et la connaissance ne sont perdues que dans les attaques très-violentes, encore ne le sont-elles qu’un certain temps après le début de l’attaque, tandis que dans l’épilepsie, c’est immédiatement qu’elles sont abolies. C’est là un signe différentiel très-important.
Reste à savoir si l’éclampsie est essentielle, sympathique ou symptomatique. L’étude des antécédents, l’âge du malade, les symptômes qu’il présente du côté des organes nerveux ou autres, feront reconnaître de quelle affection elle est sympathique ou symptomatique.
Il est souvent plus difficile de dire si l’éclampsie est réellement essentielle ; on peut croire à l’existence d’une affection des centres nerveux ou d’une maladieoccupant un organe éloigné dont les symptômes ne seraient pas évidents. L’état de santé dans lequel était l’enfant au moment de l’invasion, et l’examen de tous les appareils et de toutes les fonctions, serviront à établir le diagnostic.
Pronostic. — Le pronostic est très-différent, suivant que l’éclampsie est essentielle, sympathique ou symptomatique. L’éclampsie essentielle est la moins grave de toutes. Est-elle partielle, on a tout lieu de croire qu’elle n’aura aucune suite fâcheuse; il faut néanmoins, on le pense bien, faire une exception pour l’éclampsie caractérisée principalement par le spasme de la glotte, ce spasme entraînant souvent une asphyxie mortelle. Si elle est générale, elle est plus grave, et le pronostic doit s établir sur l’intensité des symptômes.
§ VII. — Traitement.
Émissions sanguines. — Réserver les émissions sanguines pour certains cas déterminés. Ainsi : 1° lorsque la convulsion est primitive, l’enfant robuste, les symptômes convulsifs portés à un haut degré, la face violette, le pouls petit, l’asphyxié ou le coma imminents; 2° lorsque la convulsion sympathique offrant la même intensité survient au début d’une affection inflammatoire;... 3° enfin on doit les mettre en usage lorsque la convulsion sympathique se développe dans la convalescence d’une maladie aiguë, chez des sujets peu débilités, ou dans le cours d’une névrose. (Rilliet et Barthez. )
Compression des carotides. — Lorsque les convulsions surviennent chez un enfant dont les fontanelles ne sont pas encore ossifiées, pratiquer la compi'ession du crâne à l’aide d’une bande de calicot suffisamment serrée pour exercer une douce pression (Grantham) (1). L’auteur ne cite qu’un cas en faveur de ce moyen.
Vomitifs , purgatifs. — Rilliet et Barthez restreignent l’emploi de ce moyen au cas où la maladie est due à une indigestion. Dans ces cas, l’action des vomitifs est des plus favorables, ainsi que le prouvent beaucoup d’exemples, et entre autres ceux qu’ont mentionnés Guersant et Blache. Dans les autres circonstances, les vomitifs ne paraissent pas avoir un grand succès; si l’on réserve aux cas d’éclampsie par indigestion l’administration des vomitifs, on doit, avec Rilliet et Barthez, donner la préférence au tartre stibié, qui débarrasse le plus promptement les voies
(I) Grantham, Bulletin général de thérapeutique, 1837.