ÉCLAMPSIE DES ENFANTS. — TRAITEMENT
Moyens divers. — Le carbonate de potasse a été recommandé particulièrement par Hamilton, et administré comme il suit :
If, Sous-carbonate de potasse. . . 4 gram. | Eau distillée 90 gram.
Dose : de dix à quarante gouttes dans la journée.
On a prescrit la pondre de feuilles d'oranger , vantée par de Haen ; Y armoise, à laquelle plusieurs auteurs allemands accordent beaucoup de confiance, et que Biermann (1) prescrit à la dose de 3 h 5 centigrammes d’heure en heure d’abord, puis de 1 0 centigrammes aux mêmes intervalles ; la digitale, le phosphore, le sulfure de potasse, Y acétate de plomb, la noix vomique, Y acupuncture, etc.
Excitants. — On donne soit la teinture de cannelle ou de gingembre, soit Y alcali volatil, comme le proposait Chambon (2). Ces teintures doivent être données à la dose de cinq à dix gouttes, et plus, suivant l’âge des enfants. Quant à Y ammoniaque, Chambon l’unissait au laudanum, et la prescrivait à la dose de quatre à huit gouttes dans une potion.
On peut faire inspirer, à l’aide de linges imbibés qu’on place sous les narines, des substances à odeur forte, comme Yacide acétique , Y ammoniaque, Y éther, surtout lorsque la perte de connaissance se prolonge.
Chloroforme. — Simpson (d’Édimbourg) s’est servi avec succès du chlorofonne chez un enfant de dix jours, qu’il tint pendant plus de vingt-quatre heures sous rinlluence de cet agent anesthésique, en versant de temps en temps sur un mouchoir une petite quantité de ce liquide et en le lui approchant de la face. Après cette longue éthérisation, les accès de convulsions disparurent complètement (3).
Application du froid. — Soit à l’aide de compresses froides sur la tête, ou à l’aide d 'a/f usions froides. Tout le monde a cité un cas rapporté par le docteur John Mason Good (h), et dans lequel ce médecin réussit à faire cesser une attaque d’éclampsie en prenant l’enfant tout nu dans scs bras, et en l’exposant à l’air frais par une fenêtre ouverte.
L’application du froid demande de la prudence, s’il est vrai, comme nous l’établissons dans le résumé du traitement, que les indications varient beaucoup suivant les cas.
Les irritants cutanés, les frictions excitantes, les vésicatoires, les sinapismes promenés sur les jambes, sur la partie postérieure du tronc, sur la tête, ont été prodigués dans cette maladie. C’est un abus. Il y a tant de cas où ces moyens euxmêmes produisent une grande excitation, et même des convulsions chez les enfants, qu'on ne doit pas se hâter d’y recourir. Quant à la pommade d' Auteur ieth, dont l’application est très-douloureuse, aux sétons, aux cautères, aux moxas, leur efficacité n’est nullement démontrée; ils occasionnent une douleur qui, par elle-même, est une cause de convulsions, et plus tard produisent des cicatrices difformes.
[Trousseau, qui s’élève contre l’application des révulsifs cutanés, et en particulier contre les vésicatoires, signale leur réelle efficacité lorsqu’on a affaire à ces convul-
(1) Biermann, Hufcland’s Journal, 1834.
(2) Chambon, Des maladies des enfants. Paris, an VU, t. I.
(3) Simpson, Journal des connaiss. méd.-chirurg., 1er juillet 1852.
(4) John Mason Good, The Study of medicine. London, 1822.
NÉVROSES
sions internes qui, prenant le diaphragme, le cœur lui-même, restent toniques et se prolongent au point de déterminer l'asphyxie ou la syncope (1).]
Résumé. — Rechercher avec soin quelle est la cause de l’éclampsie, afin d’agir en conséquence. Ce précepte s’applique principalement à l’éclampsie sympathique et à l’éclampsie symptomatique. S’il s’agit de convulsions survenues dans le cours d’une affection cérébrale, ce n’est pas à des antispasmodiques, mais à des moyens propres à combattre l’affection première qu’il faut avoir recours.
Dans l’éclampsie essentielle, rechercher avec le plus grand soin s’il n’y a pas une cause mécanique aux convulsions souvent très-effrayantes pour lesquelles on est appelé. Ainsi rechercher si l’enfant n’est pas trop serré dans ses langes, dans ses bandages; s’il n’est pas piqué par une épingle ; s’il n’a pas sur la surface du corps une petite écorchure, une petite plaie inaperçue; en un mot, si une partie de son corps n’est pas incessamment le siège d’une douleur ou d’une gêne plus ou moins vive. En enlevant la cause, on enlève l’effet dans ces cas simples. Il en est de même de la température de la chambre, du défaut d’air. Guersant et Blache ont vu disparaître promptement une attaque d’éclampsie chez un jeune enfant couché dans une chambre basse fortement chauffée, rien qu’en le transportant dans une pièce plus vaste, et où la température était moins élevée.
Précautions générales. — Débarrasser promptement les enfants des langes ou des vêtements qui les serrent.
Enlever tout ce qui peut les blesser ou leur causer une douleur vive.
Éloigner toute cause d’irritation morale.
Soustraire le petit malade à une température trop élevée.
Si la pièce où il est placé est trop petite, établir une ventilation suffisante, ou mieux le transporter dans une chambre plus vaste.
Combattre l’indigestion, la constipation, ou toute autre cause semblable à laquelle on pourrait rapporter la maladie.
Traitement prophylactique. — L’éloignement des causes capables de donner lieu à l’éclampsie se trouve au premier rang des agents prophylactiques. Lu régime doux, léger, tempérant, l’usage fréquent des bains tièdes ou frais, rendus plus efficaces en faisant en même temps des aspersions froides sur la tête, quelques prises de calomel, seul ou associé à Y oxyde de zinc et a la valériane, un exutoire placé au bras ou à la nuque. Des attaques d 'éclampsie chronique se sont éloignées peu h peu et ont même disparu complètement.
Essayer aussi contre celles qui sont le plus rebelles, et qui se rappiochcnt en quelque sorte de l’épilepsie, l’administration de la térébenthine à l’intérieur, dont Fovillc a retiré des avantages marqués dans le traitement de cette dernièie affection. (Guersant et Blache. )
Résumé du traitement. — Traitement curatif: Émissions sanguines; compression des carotides; compression du crâne; vomitifs, purgatifs; nai cotiques, anti spasmodiques; acide prussique; toniques; ferrugineux; moyens divers (caibonate de potasse, armoise, digitale, etc.); excitants; chloroforme; application du fioi< , irritants cutanés.
Traitement prophylactique : Régime; bains; exutoires, etc.
(1) Trousseau, Clinique médicale de V Hôtel-Dieu, , 2e édit. Paris, 1865, t. U, p. 137.
ÉPILEPSIE