ÉCLAMPSIE DES FEMMES ENCEINTES OU EN COUCHES
[L’éclampsie des femmes enceintes ou en couches a longtemps été considérée connue une maladie essentielle ou idiopathique. Les auteurs qui ont précédé ce siècle l’attribuaient soit aux émotions morales et à l’irritabilité développée par l’état de gestation, soit à la pléthore ou aux douleurs de l’enfantement. Les causes les plus multiples et les moins prouvées étaient invoquées, lorsque l’attention des médecins se porta vers un phénomène qui accompagne et précède le plus souvent l’éclampsie, l’anasarquc avec albuminurie. La découverte de Bright, suivie de la publication du Traité des maladies des reins par Rayer, ouvrit une nouvelle voie aux recherches. D’après les médecins anglais, l’honneur d’avoir rapporté positivement l’éclampsie à l’albuminurie reviendrait à Lever (18Û3), lequel, dans quatorze cas de convulsions puerpérales, constata treize fois l’albuminurie, bien que ce fait eût été signalé parles docteurs Blackall et Twcedie antérieurement.
Depuis cette époque, des travaux nombreux ont été publiés sur cette question, en France, par Cahen et Delpech (18Û6), Devilliers et Regnauld (18A8), Blot (1SÛ9) (1). Il convient de signaler aussi les mémoires de Simpson (1852) et Brown (1853), et le rapport de Depaul à l’Académie de médecine en 185A (2).
Tons ces travaux aboutissent à un même résultat, qui est de montrer l’extrême fréquence de l’albuminurie chez les femmes atteintes d’éclampsie, d’où la conclusion que les convulsions sont le résultat de l’albuminurie.
Imbert-Gourbeyrc rattache absolument l’éclampsie à la maladie de Bright (3). Cette opinion est appuyée sur un très-grand nombre de faits et sur des raisonnements si concluants, que l’on ne saurait se refuser à l’admettre comme représentant exactement l’état de la science sur ce sujet à noire époque. « Aujourd’hui, dit Imbcrt-Gourbevre, il n’est plus possible de nier les rapports de l’éclampsie avec l’albuminurie ou le mal de Bright. D’après l’ensemble des faits, la véritable éclampsie n’est que le mal de Bright puerpéral, dans lequel il survient des convulsions ; c’est la maladie de Bright survenant dans la grossesse, et y apparaissant avec prédominance d’une forme particulière d’accidents cérébraux , qui est l’éclampsie : cela est prouvé par la symptomatologie, par la marche, la terminaison, le pronostic, et par les lésions anatomiques. »
Nous devons donc renvoyer le lecteur à l’article Maladie de Bright pour la description de la maladie connue sous le nom d 'éclampsie des femmes grosses.']
ARTICLE III
ÉPILEPSIE
'fout le monde connaît les passages d’Hippocrate qui se rapportent à cette maladie, et ce serait un luxe d’érudition inutile que de mentionner même les principaux
(1) H. Blot, thèse sut Y albuminurie des femmes enceintes.
(2) Depaul, Convulsions des femmes enceintes ( Bulletin de i Académie de médecine, t. XIX,
(3) Imbert-Gourbeyre, De l'albuminurie puerpérale et de ses rapports avec l’éclampsie, mémoire couronné ( Mémoires de l’Académie de médecine, Paris, 1856, t. XX).
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parmi les nombreux auteurs qui nous ont donné des descriptions de cette névrose. Nous nous contenterons, apres avoir cité Arétée, Cælius Aurelianus, Morgagniet Van-Swieten, de signaler les travaux modernes d’Esquirol (1), Foville (2), Georget (3), Calmeil(ft), Bouchet etCazauvieilh (5), Beau, Leuret, Herpin de Gcnève(6), Delasiauve (7), [Falret (8), Marcé (9), Trousseau (10)]. Beau (11) et Moreau (12) ont étudié, à l’aide d’un grand nombre de faits bien analysés, la symptomatologie et l’étiologie de cette affection, [Fov ille fds (13), résumant les découvertes physiologiques modernes, a proposé une théorie nouvelle de l’accès d’épilepsie]. Leuret (\U) n’a traité que des causes prédisposantes, des causes réelles et de la marche de la maladie. Herpin s’est surtout occupé du pronostic et du traitement. [Morel (de Saint- Von) a cherché à établir les rapports de l’épilepsie avec les autres névroses, avec certaines dispositions constitutionnelles, et a donné dans ses h 'ludes cliniques d’intéressantes observations (15)].
On distingue une épilepsie idiopathique et une épilepsie symptomatique. Dans un grand nombre de cas, les attaques d’épilepsie ne reconnaissent aucune cause organique appréciable. Dans certaines affections chroniques du cerveau et de la moelle (16), ces attaques sont un symptôme évident de la maladie. Nous dirons, dans les articles qui viennent d’être rappelés, ce qu’il importe de savoir relativement à l’épilepsie symptomatique.
On a admis une épilepsie sympathique, d’une affection étrangère au cerveau, (l’est une question purement étiologique.
[L’épilepsie est à elle seule une maladie, ont dit Trousseau et Pidoux. Ce mot fait naître tout à la fois à l’esprit : lu l’idée d’une modification particulière de 1 innervation cérébro-rachidienne, modification grave, profonde, essentiellement chronique et réfractaire, finissant par imprimer aux fonctions, par le trouble intermittent desquelles elle s’annonce, des altérations permanentes et qui oblitèrent toutes les attributions du système nerveux de la vie animale; 2° l’idée d’une forme convulsive et apoplectique revenant par accès plus ou moins rapprochés : voila l’épilepsie.
(1) Esquirol, Traité des maladies mentales. Paris, 1838, t. I, p. '27 à.
(2) Foville, Dictionnaire de méd. et de chir. pratiques , art. Épilepsie, t. vu, p. 41.>.
(3) George t, Dictionnaire de médecine en 30 volumes, art. Épilepsie, t. XII, p. 172.
(4) Calmeil, De l’ épilepsie sous le rapport de son siège. Paris, 1824.
(5) Bouchet et Cnzauvieilh, De l’épilepsie dans ses rapports avec l aliénation mentale (Archives gén. de méd. , Paris, 1825, t. IX, p. MO, t. X, p. 5).
(6) Herpin, Du pronostic et du traitement de l’épilepsie. Paris, 1852.
(7) Delasiauve, Traité de l’épilepsie. Paris, 1854.
(8) Jules Falret, De l’état mental des épileptiques (Arch. gén. de médecine , décembre 1860 et suiv.).
(9) Marcé, Traité pratique des maladies mentales. Paris, 1862, p. 521 et suiv..
(10) Trousseau, Clinique, médicale de T Hôtel-Dieu, 2e édit. Paris, 1865, t. IL
(11) Beau, Recherches statistiques pour servir à T histoire de l’épilepsie et de ! hystérie (Archives gén. de méd. , t. II, 2e série).
(12) Moreau, De l’étiologie de l’épilepsie (Mém. de l' Acad, de méd., Paris, 1853, t- XVIll,
p. 1 et suiv.). , .
(13) A. Foville, Considérations physiologiques sur l’accès d’épilepsie, these inaugurale. Paris 4 857 n° 292*
(14) Leuret, Recherches sur l’épilepsie ( Archives générales de médecine, 4e séie, 18-i5,
t. II, p. 32).
(15) Morel, Études cliniques. Nancy, 1853, t. II.
(16) Voyez notamment tome II, Tubercules du cerveau.