ÉPILEPSIE. — CAUSES
l’épilepsie presque toujours incurable, l’épilepsie essentielle, idiopathique, le véritable morbus sacer.~\
Dans la description des symptômes, nous aurons à tenir compte de deux formes très-distinctes de l’épilepsie, c’est-à-dire des attaques convulsives et des simples vertiges.
§ I. — Définition, synonymie.
L’épilepsie est une maladie nerveuse et apyrétique, caractérisée soit par des attaques brusques revenant à des intervalles variables et dont les symptômes sont une perle subite de connaissance, des convulsions et une gène notable de la respiration, soit par des vertiges de plus ou moins longue durée. Les autres symptômes n’ont plus la même importance.
Nous signalerons les dénominations suivantes comme les principales : Morbus sacer , divinus morbus, morbus major, morbus herculeus, heracleus, lunaticus, astralis, sidereus, scelestus, puerilis, insputatus, epilepticus, epilempticus, analepsia , apoplexia parva; mal caduc, haut mal. Aujourd’hui le nom d 'épilepsie est universellement admis.
La fréquence de cette affection est bien connue. Il n’est pas d’hospice consacré aux maladies mentales qui ne renferme un nombre considérable d’épileptiques.
§ EL — Causes.
1° Causes prédisposantes. — Age. — Nous n’avons pas de renseignements précis sur la fréquence de l’épilepsie aux premiers âges de la vie, ce qui tient à ce que Leuret et les auteurs cités ont observé à Bicêtre et à la Salpêtrière, où l’on ne reçoit pas les très-jeunes enfants. Il résulte de la fréquence du début de la maladie à un très-jeune âge chez les sujets qu’ils ont observés, que dans les premières années de l’existence, elle doit se montrer plus souvent qu’on ne le pense généralement. L’âge qui a fourni le plus de malades à Leuret est celui de dix à quatorze ans ; les années suivantes, jusqu’à vingt-quatre ans, sont un peu moins chargées, et après cette époque de la vie, le nombre des invasions est excessivement restreint.
L 'adolescence, dit Leuret, est donc une cause prédisposante de l’épilepsie , et il en est de même de la première enfance. Beau et Herpin (I) sont arrivés à des résultats semblables.
[Toutes les statistiques relatives à l’époque de la vie où l’épilepsie a débuté diffèrent assez peu entre elles; en les réunissant et en groupant les chiffres dont elles se composent, on a pour résumés principaux, sur un total de 995 malades :
Épileptiques de naissance 87
Le sont devenus dans l’enfance 25
— de 2 à 10 ans 281
— de 10 à 20 ans 3G k
— de 20 à 30 ans 111
— de 30 à k 0 ans 868
— de 40 à 50 ans 51
— de 50 à 60 ans 13
— de 60 à 70 ans . . k
(1) Moreau (de Tours), De l’étiologie de l’ épilepsie et des indications que l'étude des causes peut fournir pour le traitement de cette maladie (. Mém . de l’Acad. de méd., Paris, 1853, t. XVIII).
NÉVROSES
L’àge le plus favorable au développement de l’épilepsie est de dix à vingt ans. Vient en seconde ligne la période de la vie comprise entre les deux premières années et la dixième ; en troisième ligne celle de vingt à trente. (Moreau, de Tours. )
Delasiauve a confirmé ces résultats en n’opérant que sur les entrées dans son service. — il a trouvé, comme ses devanciers, un nombre plus considérable d’épilepsies survenues dans le période de dix à vingt ans, et de vingt à trente ans qu’à toute autre époque de la vie].
Sexe. — L’épilepsie est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Si J. branle a trouve le contraire, c’est qu’il n’a observé que sur un trop petit nombre de cas, comme l’ont démontré de nouveau les observations de Herpin, qui a trouvé « que les deux sexes, avant la puberté, sont placés sur la même ligne, mais qu’après quatorze ans, les femmes offrent à cette maladie une prédisposition bien plus marquée que les hommes , et cela dans un rapport qui ne s’éloigne pas beaucoup du double au simple. » [« Si le nombre des épileptiques a toujours été plus considérable à la Salpêtrière qu’à Bicêtre, cela tient uniquement à ce que l’épilepsie, comme toutes les affections nerveuses en général, atteint plus de femmes que d’hommes » (Moreau). ]
Hérédité. — C’est une opinion généralement répandue que l’épilepsie est une affection héréditaire. Quelques auteurs modernes, parmi lesquels Leuret et [ Delasiauve, ont mis en doute, non pas l’infiuence de celte cause, mais sa prédominance absolue. — Il est certain que si l’on ne relève que le nombre d’épileptiques nés de parents épileptiques, la proportion s’abaisse singulièrement. Tandis que Bouchet et Cazauvieilh donnent les chiffres de 31 sur 130 malades, la proportion s’abaisse à 1 sur 37 dans les recherches de Leuret; elle s’élève à 72 sur 170 dans la statistique de Musset. Le désaccord entre ces chiffres est plus apparent que réel ; il est impossible de méconnaître l'influence des autres névroses sur la production de l’épilepsie. Ilerpin, sans s’expliquer catégoriquement sur cette question, admet cependant que l’on rencontre très-souvent chez les parents des épileptiques des affections nerveuses de toutes sortes, l’aliénation mentale souvent et un certain nombre de fois l’épilepsie. Moreau, de Tours, insiste surtout sur l’hérédité : « De toutes les causes de l’épilepsie, la plus grave, la plus féconde, celle dont l’action est certaine, inévitable, qui atteint l’immense majorité des épileptiques, nous allions dire tous les épileptiques, celle enfin qui renferme, pour ainsi dire, dans son sein le secret du mal que nous éludions, c’est Y hérédité, expression qui, à nos yeux, résume les conditions d’organisation, au double point de vue physiologique et pathologique, des parents ascendants et collatéraux, dans lesquels les fils puisent leur prédisposition. » (Moreau, de Tours.) L’auteur ne désigne pas seulement, comme cause prédisposante unique, l’épilepsie chez les parents ; il admet, comme causes héréditaires prédisposantes à l’épilepsie, tous les troubles, toutes les anomalies du système nerveux, tels que mouvements convulsifs des paupières, des lèvres, des différents muscles du visage (tics), le bégayement, certains vices de prononciation, et un certain nombre de maladies transformables par la voie de l’hérédité. Sur un nombre total de 124 malades, l’auteur a trouvé que l’épilepsie s’était rencontrée trente fois chez les parents, c’est-à-dire dans la proportion de 1 sur 48 trentièmes.