‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 318 sur 369 · ÉPILEPSIE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ÉPILEPSIE. — SYMPTÔMES

Beau, analysant l’attaque, Indivise en trois périodes. La première est caractérisée par la convulsion tétanique ou tonique ; clic a une durée de cinq à trente secondes. La seconde dure de une à deux minutes ; son principal caractère consiste dans les convulsions cloniques. La troisième, qui a une durée de trois à huit minutes, est principalement caractérisée par le stertor et le ride trachéal.

Vertige épileptique. — • Le vertige varie tant, pour sa forme et sa durée, qu’il est dillicile d’en donner une description générale. Ainsi quelquefois l’individu sera surpris tout à coup dans une conversation, et pourra au bout d’une seconde achever la phrase qu’il aura commencée; d’autres fois il tombera comme foudroyé, et restera une demi-heure privé de sentiment et d’intelligence, sans qu’il y ait, comme dans l’attaque, aucun désordre dans l’appareil musculaire; tantôt l’individu ne pourra ni parler ni se mouvoir, l’intelligence étant à demi conservée; souvent il y aura quelques mouvements convulsifs, des actes désordonnés, des paroles incohérentes, etc. , etc.

L’individu a le. temps de s’asseoir, tombe ou fléchit; sa face est pâle, immobile, les yeux fixes et hagards ; ou bien il y a quelques légers tremblements des membres supérieurs et de la face ; il reste ainsi quelque temps ; peu à peu il s’anime, il se lève d’un air étonné, cherche autour de lui, fait des paquets, veut se déshabiller, prononce souvent des paroles mal articulées, et essaye de se débarrasser des personnes qui le retiennent; si on le laisse aller, il se promène d’un air égaré, a une démarche un peu choréique, et bat quelquefois ceux qui se trouvent sur son passage. Enfin l'intelligence reparaît, l’individu est fatigué et honteux, et conserve souvent la mémoire d’une partie de ce qui s’est passé. Cet ensemble de phénomènes dure de deux à trois minutes. Le délire dont nous venons de parler est toujours sombre ou même furieux. Nous n’avons observé des rires et des chants que dans cinq cas (Beau).

[D’autres fois le vertige passe complètement inaperçu, il est si fugace, que si des troubles spéciaux du côté de l’intelligence n’éveillaient pas l’attention on ne pourrait même le soupçonner. Nous avons vu un jeune homme chez lequel des accès de manie durant de huit à dix jours, se répétaient d’une manière périodique. Dans l’intervalle des accès la santé était parfaite et l’on se perdait en conjecture sur l’origine des troubles intellectuels revenant d’une manière si brusque : un jour, h table, au milieu du dîner, il porta brusquement la tête de côté, avec distorsion de la bouche, puis il pâlit, et l’accès de manie débuta immédiatement. Nous en avions été le témoin, et une médication sur laquelle nous aimons h revenir fut suivie d’une guérison qui depuis six ans ne s’est pas démentie.

L’exactitude de la description de Beau peut être facilement vérifiée par tout le monde, et nous nous rangeons entièrement à son opinion lorsqu’il considère le vertige comme un ensemble de symptômes d’épilepsie et d’aliénation mentale, et qu’il établit entre ces deux affections un rapport incontestable.]

Trousseau (1) insiste sur les différentes formes de l’épilepsie sans convulsion. Parmi ces formes, une des plus intéressantes et des moins connues est celle qui consiste dans la suspension momentanée de la vie de relation, ou tout au moins dans la perle momentanée du sentiment des objets qui nous entourent. Cet état, qui se rapproche de la catalepsie, ne porte que sur l’intelligence. Un

(I) Trousseau, Clinique médicale de l’ Hôtel-Dieu. Paris, 1865, t. II, p. 51 et 55.

NÉVROSES

homme s’interrompt tout d’un coup au milieu d’une phrase et reste immobile ou fait telle action qui n’est point dans la situation, et reprend au bout de quelques secondes ou de quelques minutes sa phrase interrompue, sans se douter aucunement de ce qui s’est passé.

État des malades dans les intervalles des attaques. — Immédiatement après les attaques, les malades restent pendant un certain temps hébétés, et quelquesuns ont un délire parfois furieux. Cet état peut se prolonger pendant un certain temps, et l’on a cité des cas (1) où les attaques ont été suivies d’une inflammation encéphalique et de paralysies partielles; mais si les attaques ne sont pas nombreuses, si l’épilepsie est récente, l’intégrité des fonctions ne tarde pas à se rétablir. Il n’en est pas de même lorsque la maladie est ancienne, lorsqu’elle fait des progrès et que les accès se rapprochent. Alors les malades deviennent irritables, capricieux; les facultés intellectuelles deviennent paresseuses et s’altèrent. La mémoire en particulier se perd, et quelques sujets tombent dans une véritable idiotie.

Du côté des voies digestives , on observe divers symptômes, tels que la difficulté des digestions, les éructations, les borborygmes ; diverses convulsions, comme le strabisme, la contracture, les tics, se produisent. Les sujets éprouvent, plus ou moins fréquemment, des palpitations ; en un mot, il y a un trouble nerveux qui se manifeste par des symptômes nombreux et variés.

La face, suivant la remarque d’Esquirol, finit par présenter des caractères particuliers : ce sont le gonflement des paupières, l’épaississement des lèvres, l’incertitude du regard, la dilatation des pupilles. D’un autre côté, les membres deviennent grêles, le corps augmente de volume, et de là une démarche incertaine.

Leuret a insisté sur une disposition des épileptiques aux désirs érotiques. Os désirs sont portés parfois au point d’anéantir toute pudeur, et Cossy a fait connaître une espèce de délire particulier aux épileptiques : c’est le délire érotique. Ce délire survient à des intervalles assez éloignés des attaques, aussi bien qu’à une époque rapprochée. Les malades (pii y sont en proie n’ontpresque qu’une seule idée, c’est celle de satisfaire leurs désirs vénériens: ils se livreraient à la masturbation si on ne les en empêchait ; ils exécutent des mouvements lascifs du bassin, et lorsqu’on s’approche d’eux pour les toucher, ils prennent ce mouvement pour une provocation vénérienne.

Ce délire érotique a pour origine une excitation nerveuse. Chez un bon nombre d’épileptiques, l’attaque est suivie d’érections, et même (l’éjaculations.

§ IV. — Etat mental dans l’épilepsie. Folie épileptique.

[Les désordres de l'intelligence, précurseurs de l’accès d’épilepsie ou consécutifs à la convulsion, n’avaient point échappé aux observateurs, dès les temps les plus reculés. Arétée parle «de ce mal prodigieux et terrible qui altère les facultés, modifie profondément le caractère, et dans lequel les malades ne redeviennent

(1) Georget, Dictionnaire de médecine, art. Épilepsie, loc. cit.

(2) Cossy, Recherches sur le délire aigu des épileptiques ( manie intermittente, marne avec fureur), pour servir à l’histoire de l'épilepsie et de la folie ( Mémoires de la Soc. méd. d’observation de Paris, Paris, 185G, t. III).

Page 1