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ÉPILEPSIE. — ÉTAT MENTAL DANS L’ÉPILEPSIE

jamais doux; et traitables. » Dans des temps plus rapprochés de nous, Esquiroi, Calmeil, Bouchet et Cazauvieilh, Delasiauve, Morel, Jules Falret, etc., ont donné du délire épileptique de fidèles descriptions. Boileau de Castelnau (1) l’a étudié au point de vue médico-légal ; tous ces travaux, d'une véritable importance, nous autorisent à faire du délire compliquant 1 épilepsie une forme à part, ayant ses caractères propres, et dont la place était ici, au milieu même des symptômes de la maladie.

L’épilepsie amène l’affaiblissement des facultés intellectuelles, et si d’illustres exceptions qui se nomment César, Mahomet et Pétrarque, ont pu être signalées, il n’en est pas moins vrai que la démence est le terme fatal vers lequel tendent tous ceux chez lesquels les attaques sont répétées. Plusieurs degrés dans cette déchéance peuvent être constatés.

Première période. — Le caractère se modifie, devient irritable , tracassier, querelleur; toute discussion, toute contestation, peut être suivie de colères aggressives. Il n’est pas rare de voir s’y joindre des hallucinations très-impérieuses : la tendance au suicide, à l’homicide, à l’incendie. Ce qu’il y a de remarquable dans cet état sur la limite du délire, c’est la brusquerie même de l’impulsion. Elle a quelque chose de fatal, d’aveugle, qui fait des épileptiques les êtres les plus dangereux.

Deuxième période. — Au début, ce n’est encore que l’exagération des symptômes que nous venons de signaler, le caractère épileptique s’accuse plus nettement; passant, pour un mot, pour un signe mal interprété, du calme à la colère, ces malades reviennent avec une flatterie, une promesse, à une exagération de sentiments affectifs. Leur mobilité est extrême, et l’on ne saurait avoir un instant confiance en eux; toutes les passions mauvaises se montrent tour à tour, et le mensonge, la dissimulation sont dans leurs habitudes; ils combinent les actes les plus odieux avec la plus noire habileté, et savent protester de leur innocence, même lorsqu’on les a surpris. Ces dispositions d’esprit supposent encore une certaine somme d’intelligence ; à un degré plus avancé, on ne retrouve plus les mêmes calculs; l’épileptique se livre, sans se cacher, à des habitudes de masturbation. S’il ne l’était déjà avant l’explosion des accès, il devient imbécile, et c’est surtout dans ces cas que l’on rencontre la fureur aveugle dont Cavalier a donné une excellente description (2). La manie avec fureur est d’autant plus intense que les accès sont plus éloignés, qu’ils ont avorté; précédée par quelques jours de maladie, par des hallucinations dont la plupart sont terrifiantes, elle dure une semaine, ou moins encore ; mais rien n’égale la violence à laquelle les malades arrivent. Un médecin expérimenté en pressent l’explosion prochaine, et dans tous les asiles les plus minutieuses précautions sont prises pour empêcher de tels malades de se nuire à eux-mêmes, de nuire à tout ce qui les entoure : ils sont d’autant plus dangereux que la violence du mal double leurs forces, et que, poussés par un irrésistible besoin de détruire, ils méconnaissent tout. Ce caractère de brutale aggression ne manque jamais, et c'est quand il a, sans prodromes d’aucune sorte, éclaté avec la soudaineté même d’une attaque, que des homicides ont été commis. Le vertige, de l’aveu de tous les

(1) Boileau (1e Castelnau, De l’épilepsie dans ses rapports avec l'aliénation mentale considérés au point de vue médico-judiciaire ( Annales d’hygiène publique et de médecine légale. Paris, 1852, t. XLYII).

(2) Cavalier, De la fureur épileptique. Montpellier, 1851.

Valt.kix, 5 édil.

auteurs, est plus fréquemment suivi que les convulsions, de cette forme de délire. Pour notre part, c’est après des vertiges que nous avons vu éclater des accès de manie, et il semble que l’intelligence soit plus sûrement compromise par leur retour que par les grandes attaques elles-mêmes.

Troisième période. — A mesure que les accès se répètent, à mesure aussi Inintelligence s’affaiblit. Rien n’est plus triste que la physionomie abrutie, dégradée, de l’épileptique : il n’a plus rien dans le regard qu’une hébétude vague ; des gestes automatiques analogues à ceux de l’idiot complet, une torpeur profonde, de la lenteur dans les mouvements, ou une inertie complète, donnent à l’être déchu une existence purement végétative. Il est désormais d’une repoussante malpropreté ; il exhale une odeur sui generis qu’on ne saurait oublier. — Dans cette période, on rencontre encore des malades avec des paralysies complètes ou incomplètes, des mouvements choréiques. — L’articulation des mots n’est plus possible, il ne reste plus que des cris, et l’existence enfin se termine dans une série d’accès qui se succèdent presque sans interruption, pendant vingt-quatre, trente-six heures. (A. Motet.)]

§ V. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de l’épilepsie est essentiellement chronique. Elle est presque toujours croissante, c’est-à-dire qu’à mesure que le malade avance en âge, les accès augmentent de fréquence et d’intensité, jusqu’à ce qu’ils se manifestent tous les jours et même plusieurs fois par jour. Dans quelques cas, au contraire, le mal semble n’avoir de tendance à se reproduire qu’à des époques éloignées, pendant toute la vie. Bien que, d’une manière générale, on doive dire que la maladie est croissante, il n’est pas rare de la voir, sous l’influence de causes diverses, paraître s’arrêter pendant un temps plus ou moins long, pour faire ensuite de nouveaux progrès.

L’ intermittence de l’affection est un de ses caractères essentiels. Cette intermittence est irrégulière, et nous avons des recherches très-intéressantes sur les causes du retour des accès. ,

D’abord nous dirons que le retour des attaques a une certaine tendance à se régulariser, c’est-à-dire que chez beaucoup de malades, elles reviennent à certaines époques à peu près déterminées, comme tous les huit jours, tous les quinze jours, tous les mois. Cependant, même dans ces cas, il n’y a pas de régularité parfaite et l’on ne peut, sans se tromper, préciser le jour où l’attaque se reproduira. Chez un petit nombre, le retour des attaques est tellement variable, qu’on ne peut pas le prévoir, même approximativement. Il est rare que les attaques reviennent plus souvent que tous les huit jours. (Leurel).

Le nombre des attaques, pendant une année, n’est ordinairement pas très -considérable ; mais il est quelques cas où ce nombre est extrêmement grand. « Le nombre des attaques pendant l’année, pour un même malade, a varié de 8 à 21Ù9, c’est-à-dire que tel malade a eu seulement 8 attaques pendant l’année, et tel autre 21 ù9. » (Leurct.)

Il est rare que les malades, quand ils sont arrivés à la période de leurs attaques, ne tombent qu’une seule fois. La plupart du temps, il y a d’abord des étourdissements ou autres prodromes de l’épilepsie; les attaques viennent ensuite, et se répètent, soir le jour, soit la nuit. Chez quelques malades, il ne survient qu’une attaque ;

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