ÉPILEPSIE. — LÉSIONS ANATOMIQUES
chez la plupart, il y en a successivement trois, quatre, et plus. Nous avons vu, mais c’est dans les cas les plus graves, les attaques revenir jusqu’à quatre-vingts fois dans l'espace de douze heures. Les malades ne sortaient d’une attaque que pour tomber dans une autre ; il ne leur restait ni repos ni lucidité.
On a observé quelques cas dans lesquels le nombre des accès a été de cent et même de cent cinquante dans les vingt-quatre heures. [C’est ce que l’on appelle Y état de mal épileptique .]
La nuit est plus favorable que le jour au retour des accès; il en est de même de la saison la plus froide , tandis que es mois les plus chauds ont une influence contraire; la lune n’a aucune influence sur le retour des accès, ainsi que l’avait déjà remarqué Esquirol, sans établir le fait avec la même précision ; Y onanisme rend leur retour plus fréquent, et les vives émotions morales, que nous avons vues produire la maladie, provoquent aussi l’invasion des attaques. On a cité des cas rares dans lesquels les accès avaient la même périodicité qu’une fièvre intermittente.
Un phénomène assez commun, c’est la suspension des attaques pendant tout le cours d'une maladie accidentelle et grave quelquefois pourtant l’épilepsie n’est pas arrêtée. (Georget. )
L’épilepsie a ordinairement une longue durée ; elle est compatible avec une trèslongue existence, quoique, en général, les épileptiques succombent à un âge peu avancé.
Les complications sont l’aliénation mentale, l’hystérie et la catalepsie.
La terminaison ordinaire est la mort. La mort est amenée le plus souvent par les progrès toujours croissants de l’affection. Quelquefois on a vu la mort subite survenir dans le cours d’une attaque, et c’est à l’asphyxie qu’il faut rapporter cette terminaison funeste. On a néanmoins signalé comme possible la rupture du cœur. L’épilepsie est une cause indirecte de mort; car les malades perdant complètement connaissance et tombant, on en a vu se faire des blessures mortelles dans leur chute, se noyer, se brûler.
Si l’on acceptait sans discussion les divers cas de guérison mentionnés par les auteurs, on devrait en reconnaître un très-grand nombre; si l’on y regarde de près, on voit que cette terminaison heureuse est, au contraire, très-rare. On a beaucoup parlé des crises qui peuvent mettre un terme à l’épilepsie ; mais on n’a pas apporté de preuves suffisantes à l’appui de cette manière de voir, il est sans doute quelques cas dans lesquels le rétablissement d’une hémorrhagie, d’un flux, d’un exanthème supprimé ou d’autres phénomènes semblables, a été suivi de la guérison de la maladie. [Mais on ne peut tirer aucune conséquence de ces faits exceptionnels. Ce sont là des cas d’épilepsie sympathiques, comme Tissot (1), d’après Fabrice de Ililden, et Legrand du Saulle (2) en ont rapporté des exemples.
§ VI. — Lésions anatomiques.
11 n’existe point de lésion nécessaire et constante d’où résulte l’épilepsie. Souvent on ne trouve dans le cadavre des épileptiques aucune lésion appréciable. Les auteurs qui voient dans l’épilepsie une maladie par elle-même essentielle ne contl) Tissot, Traité de l’épilepsie. Paris, 1770, et Traité des nerfs et de leurs maladies, dont le Traité de l’épilepsie forme le troisième volume.
(2) Legrand du Saulle, in Gazette hebdomadaire , 1855.
NÉVROSES
sidèrent tout au plus les lésions qui, en pareil cas, se peuvent rencontrer dans les centres nerveux, que comme un fait sans importance et sans signification, presque une coïncidence. Ceux qui ne voient dans l’épilepsie qu’un résultat dont la cause est, soit dans les centres nerveux, soit dans quelque partie du corps, peau, muqueuse ou viscères (1), et dont l 'aura est le plus souvent le point de départ, tiennent compte de toutes les lésions qui peuvent se présenter en quelque point que ce soit du corps, mais surtout dans les centres nerveux. On puisera à cet égard des renseignements utiles dans les auteurs suivants : Todd (2), Radcliffe (3), et dans les travaux cités de Brown- Séquard. Il est certain qu’on a trouvé chez les épileptiques des tumeurs de différente nature, cancéreuses, tuberculeuses, syphilitiques, osseuses, etc., etc., comprimant soit le cerveau, soit la moelle épinière ou le cervelet, des caillots, des points ramollis, une atrophie avec induration, de portions plus ou moins étendues du cerveau ou du cervelet, etc. ; que des lésions diverses ont été trouvées dans les membranes cérébro-rachidiennes; que l’on a décrit également des altérations des organes de la circulation, de la digestion ou de la génération. One partie des phénomènes de l’attaque convulsive serait due, suivant Marshall Hall, au laryngisme ou spasme du larynx.
Nous ne saurions accepter cette théorie qui fait de l’accès convulsif la conséquence d’une asphyxie ; elle n’explique pas le vertige dans lequel manquent absolument les symptômes asphyxiques, et où se montre, comme dans le grand accès d’ailleurs, la perte de connaissance comme phénomène primitif. On peut faire encore une autre objection à cette théorie; c’est que l’asphyxie n’est pas due seulement au spasme de la glotte, mais bien encore h l’immobilisation des parois thoraciques par la convulsion permanente des muscles inspirateurs. Foville fils (ù), qui la repousse, rattache tous les accidents convulsifs, épileptiques, épileptiformes, éclamptiques, au pouvoir réflexe, excito-moteur de la moelle. L’asphyxie pour lui est produite par les phénomènes convulsifs de l’accès, et loin alors d’être la cause première de l’attaque, elle la modère en quelque sorte en paralysant momentanément la faculté motrice de la moelle. Cette théorie est d’accord avec les expériences d’un physiologiste éminent, Brown-Séquard, qui a trouvé les moyens suivants de produire artificiellement, en blessant la moelle épinière, l’épilepsie, ou du moins une maladie qui ressemble à l’épilepsie. Il a expérimenté sur des animaux de différentes espèces, mais surtout sur les cochons d’Inde :
1° Section transversale complète d’une moitié latérale de la moelle;
2° Section transversale des faisceaux postérieurs, des cornes postérieures de substance grise et d’une partie des colonnes latérales ;
3° Section transversale des faisceaux postérieurs ou latéraux, ou antérieurs isolément ;
U° Section transversale complète de toute la moelle ;
5° Une simple piqûre.
(1) Browu-Séquard, Journal de physiologie, 1858, loc. cit.
(2) Todd, Diseases of the brain.
(3) Radcliffe, On Epileplic and other convulsive affections of the Nervous System , third édition. London, 1862.
(4) À. Foville fils, Considérations physiologiques sur l’accès d'épilepsie, thèse inaugurale. Paris, 1857, n° 292.