ÉPILEPSIE. — TRAITEMENT
vne gronde susceptibilité nerveuse. Parfois le délire furieux qui suit les attaques est tel, qu’il faut avoir grand soin d’employer la camisole de force, car il y aurait du danger pour les malades et pour les assistants.
Traitement propre à combattre le retour de l’invasion des attaques. — Les divers excès, les écarts de régime, la vue des attaques chez d’autres malades, une vie trop sédentaire, sont des circonstances qui favorisent le retour des attaques; il faut, autant que possible, en garantir les malades. Lorsque les signes indiqués plus haut annoncent l’invasion d’une attaque, il faut d’abord rechercher s’il existe une aura epilepticci. Dans certains cas, où une sensation particulière se manifestait d’abord dans une partie assez éloignée des centres nerveux, et principalement aux extrémités, on a réussi à empêcher l’accès en plaçant une ligature, en exerçant une forte compression entre ce point et les centres nerveux. L’ inspiration de l ammoniaque a aussi eu quelquefois le même résultat, et Martinet conseille l’ ingestion de cette substance dans l'estomac , à la dose de 10 à 12 gouttes dans une potion; prendre garde d’insister trop longtemps sur les inspirations ammoniacales.
k° Traitement curatif de la maladie. — Le traitement curatif de l’épilepsie ressemble tellement à celui de l’hystérie, que nous pourrions presque renvoyer le lecteur à ce que nous dirons dans l’article suivant. Aussi la plupart des moyens recommandés par les auteurs sont-ils rangés parmi les anti hystériques aussi bien que parmi les antiépileptiques.
Émissions sanguines. — Parmi les auteurs qui ont recommandé ce moyen , il faut citer Fortliergill, Morgagni, Rivière, Sauvages. La plupart recommandent les saignées abondantes et répétées, soit générales, soit locales. Aujourd’hui on compte peu sur la saignée pour la guérison radicale, et l’on n’y a recours que pour combattre les symptômes de pléthore. Chez les sujets forts et vigoureux, et lorsque la maladie est récente, on est autorisé à y recourir et à insister sur son application, car on a cité des cas où cette pratique a été suivie d’un plein succès.
Antispasmodiques. — Les médicaments antispasmodiques employés dans l’épilepsie sont très-nombreux. Nous citerons en première ligne la valériane , trèsanciennement recommandée, vantée surtout par Columna, et que, dans ces derniers temps, Gibcrl (1) a employée à haute dose avec succès. C’est l’extrait que prescrit ce médecin. Gairdner (2) administre la valériane à la dose de lgr,25. On peut l’élever graduellement jusqu'à 8 grammes en poudre. Celte substance entre dans un très-grand nombre de formules. Voici celle que prescrivait Biett, cl qui contient d’autres substances regardées comme efficaces contre l’épilepsie :
Extrait de valériane
Extrait de belladone . . . . . .
2gr,50
2gr,00
Sulfate de cuivre ammoniacal.. 1 gram.
Faites cinquante pilules. Dose : d’abord deux, puis quatre, puis six par jour, et ainsi de suite, en surveillant les effets du médicament.
H. Chauffard, d’Avignon (3), recommande de porter à une dose très-élevée la valériane dans le traitement de l’épilepsie : c’est le seul moyen, selon lui, de modifier profondément le système nerveux et d’assurer le succès. Il commence par
(1) Gibert, liec/i. et observ. sur l’épilepsie ( Revue médic., 1835).
(2) Gairdner, The Edinburgh med. and surg. Journal, 1828.
(3) Chauffard, Œuvres de médecine pratique. Paris, 1848, t. I, p. 744.
NÉVROSES
5 grammes par jour, et porte progressivement la dose jusqu’à 30 grammes dans les vingt-quatre heures. Herpin a élevé la dose jusqu’à 16 grammes; sur dix malades traités par cette substance, quatre seulement ont guéri.
[Dans ces dernières années un médicament nouveau, le valérianate d'ammoniaque, administré à la dose d’une cuillerée à café, matin et soir, dans un demi-verre d’eau sucrée, a produit de bons résultats. Nous l’avons vu, notamment, réussir dans un cas de vertiges épileptiques suivis d’accès maniaques. Le traitement, continué pendant six mois, a fait disparaître les accidents, et la guérison s’est maintenue depuis six ans. Les laits ne sont pas encore assez nombreux pour qu’il nous soit permis de formuler des conclusions exclusivement favorables; mais, du moins, nous pouvons dire que c’est un agent à essayer dans une maladie où tant d’autres ont complètement échoué. (.Motet.)]
Le musc a aussi pour lui un certain nombre de faits heureusement terminés. On le donne à la dose de 10 grammes à 75 centigrammes.
Nous mentionnons encore le camphre, qui fait partie d’un certain nombre de formules; le succin, que Portai administrait en poudre à la dose de 0°'r,50 à lgr,50 ; l’rtsa fœtida, qui entre dans la formule suivante (Borsieri) :
Asa fœtida 12 grara. I Sirop de violette 30 gram.
Eau de fontaine. ...... 190 gram. |
Dose : une ou deux cuillerées toutes les demi-heures.
Cette substance est également administrée en lavements.
L’ oxyde de zinc a joui aussi d’une grande réputation. Nous rappellerons à ce sujet la préparation conseillée par Brachet contre Y éclampsie (1), et que ce médecin met également en usage contre l’épilepsie. Delaroche a cité des cas dans lesquels l’oxyde de zinc, à la dose de lgr,50, a produit de bons résultats, et plusieurs autres auteurs, parmi lesquels il faut citer Rust et Guthrie, ont rapporté des cas de guérison par ce moyen.
Herpin, de Genève (2), a employé exclusivement ce médicament chez 36 malades, et il a obtenu 28 guérisons et 8 insuccès. Il le prescrivait en pilules ou en poudre, en débutant, chez les adultes, par la dose journalièrede 30 à 50 centigrammes, en trois ou quatre prises, et par celle de 5 à 15 centigrammes chez les enfants; puis en augmentant chaque semaine la dose journalière de 15 à 20 centigrammes chez les premiers, de 5 à 15 grammes chez les seconds, ce médicament peut être porté à 6 grammes par jour, sans autres inconvénients que des malaises passagers; on doit le continuer après la suppression des accès, à une dose rapidement croissante pour prévenir les rechutes.
Sur dix malades traités par la poudre de la racine du sélin des marais ( Selinum palustre, L.), à la dose journalière de 2 à 16 grammes, ce médecin a eu cinq guérisons dont trois rechutes.
. Les feuilles d’oranger, vantées par Loche, données par Portai à la dose de 2 à 5 grammes, sont aujourd’hui généralement abandonnées.
Narcotiques. — V opium est un des médicaments le plus anciennement em-
(1) Voyez, page 900, l’article consacré à cette affection.
(2) Herpin, Du pronostic et du traitement curatif de T épilepsie. Paris, 1852, p. 555.
ÉPILEPSIE
TRAITEMENT
ployés; mais, comme pour les moyens précédents, nous n’avons que des cas isolés de guérison en sa faveur. 11 doit être donné à dose d’abord faible, puis rapidement élevée, à moins qu’il ne survienne un narcotisme trop prononcé.
La belladone , recommandée par un assez grand nombre d’auteurs, et notamment par Greding, a été expérimentée avec soin par Ferrus et par Leuret. Cette substance, donnée à la dose de 20 à 90 centigrammes, et pendant un espace de temps qui a varié de quarante jours à quatre mois et demi, a diminué le nombre des attaques chez quelques sujets, a causé des accidents chez d’autres, a été complètement inefficace chez plusieurs, et n’en a guéri aucun. Nous avons vu à la Pitié l’emploi de ce moyen avoir des effets très-marqués chez un homme qui avait des attaques presque tous les jours. La dose fut graduellement portée jusqu’à cinquante-quatre pilules de 1 décigramme d’extrait de belladone chaque jour, et le malade n’avait plus d’attaques que tous les deux ou trois mois. Le médicament n'avait d’autre inconvénient (pie de dilater énormément les pupilles. Cette dose est beaucoup plus considérable que celles que nous venons d’indiquer, et ce lait nous apprend que, chez certains sujets, les limites ordinaires peuvent être franchies avec avantage. Peut-être pensera-t-on que le malade, malgré la surveillance, ne prenait pas toute la dose, ou que l’extrait était peu actif. Ces suppositions ne sont pas inadmissibles. [Delasiauve (1) partage cette opinion que la belladone ne modilie les accès que pour un temps souvent fort court, et que son emploi peut même être suivi de paroxysmes graves. Il considère l’administration de ce médicament comme dangereuse parfois.] C’est donc au médecin à voir jusqu’où il peut aller sans danger; maison ne saurait trop recommander une grande prudence.
Debreyne (2) a, depuis plus de trente ans, employé la belladone à haute dose dans le traitement de l’épilepsie. Il cite un assez grand nombre de faits dans lesquels cette médication a eu les résultats les plus avantageux, et beaucoup d’autres médecins ont obtenu les mêmes résultats. Suivant l’auteur, ce médicament réussit dans le plus grand nombre de cas. Il faut en élever la dose graduellement. Debreyne a pu la porter progressivement jusqu’à 65 centigrammes, dans les vingtquatre heures; mais il est bien rare qu’on soit obligé d’arriver à ce degré, et que le commencement d’effet toxique ne force pas à s’arrêter.
Citons l’emploi du datura stramonium (Greding, Stork, Ilufcland), que l’on administre de la même manière que la belladone; de la jusquiame, qui fait partie de la préparation recommandée par Brachet; de la ciguë.
Toniques , ferrugineux. — On recommande les toniques, et principalement le quinquina (Tozzi, Grainger), même en l’absence de toute périodicité. Le docteur Lemontagner a cité un cas de guérison par le sulfate de quinine et par l’application réitérée des sangsues. Quant aux ferrugineux, on les prescrit, surtout dans le cas où l’éruption des règles est difficile, où il y a de Y anémie et de la chlorose.
Moyens divers. — Nous mentionnerons le nitrate d'argent, très-vanté par un grand nombre de médecins, et donné à la dose de 1 milligramme à 15 centigrammes et même 30 centigrammes dans les vingt-quatre heures. Il résulte de l’examen des principaux faits dans lesquels celle médication a élé employée, qu’elle n’a eu
(1) Delasiauve, Traité de l’épilepsie. Paris, 185A.
(2) Debreyne, Des vertus thérapeutiques de la belladone. Paris, 1852, p. 19 et suiv. — Thérapeutique appliquée . Paris, 1850, p. 15.