ÉPILEPSIE. — TRAITEMENT
Moyens externes. — Les vésicatoires, les moxas , les cautères le long du rachis, la cautérisation cervicale.
Mettais (1) a, dans un certain nombre de cas, obtenu de très-bons effets de frictions faites sur le cuir chevelu avec la pommade stibiée. Ces frictions doivent être faites avec précautions et partiellement, de manière à n’atteindre la totalité du cuir chevelu qu’en plusieurs jours. Elles déterminent toujours une vive inflammation et des douleurs dont il faut prévenir les malades.
Lebreton (2) a employé avec succès le cautère actuel sur la région sincipitale dans le cas suivant. Le malade était épileptique depuis huit ans et avait une crise tous les jours. Lebreton lui appliqua sur le sommet de la tête un cautère actuel de deux lignes de diamètre; l’application dura vingt-cinq secondes, et la pression du cautère était faite de manière à ne pas intéresser toute l’épaisseur de la peau. Il revint : il n’avait pas eu un seul accès.
Il fit une seconde application du cautère actuel en suivant la direction de la suture. Il revint encore au bout de huit jours : point d’accès; nouvelle application du cautère. Cette fois, Lebreton lui dit de ne revenir qu’au bout de douze jours. Il revint; point d’accès; nouvelle application du cautère, plus superficiellement. Lebreton exigea qu’il revînt au bout de quinze jours : le malade ne croyait plus à cette nécessité, se prétendant tout à fait guéri. Le traitement avait commencé en juin ; en septembre suivant la guérison paraissait solide.
Dans le cas où l’on a observé Y aura, on a eu recours à la cautérisation entre le point de départ et les centres nerveux. Frank a fait pratiquer la castration dans un cas où la maladie paraissait avoir son point de départ dans les testicules ; des cicatrices douloureuses ont été cautérisées dans le même but. Si ces moyens ont eu du succès, ce n’est que dans des cas exceptionnels, et un médecin instruit et prudent doit se méfier beaucoup de ces cas étranges. (Ceorget.)
Si une affection locale étrangère aux centres nerveux paraissait être le point de départ des attaques, la traiter avec énergie. L’épilepsie symptomatique d’une affection des centres nerveux ne peut être guérie qu’en faisant disparaître cette affection. (Voyez, tome II, les articles consacrés aux maladies du Cerveau et de la Moelle.)
D’après une théorie particulière que nous avons jugée déjà, Marshall Hall (3) a proposé, et même a pratiqué la trachéotomie.
Dans les cas reconnus incurables, et ce sont de beaucoup les plus nombreux, se borner au traitement palliatif, qui n’est autre chose que le traitement préventif des attaques, et qui consiste surtout dans un régime sévère et dans des soins hygiéniques bien entendus.
Ilésumé. — 1° Traitement des attaques : Précautions nécessaires pour empêcher le malade de se blesser; combattre l’asphyxie, si elle devient imminente; saignée.
2° Traitement des accidents qui suivent les attaques : Saignée; antispasmodiques; calmants; contenir les malades en délire.
(1) Mettais, Traitement de l'épilepsie par les frictions stihiècs sur la tête (Gazette médicale de Paris, 5 février 1848, p. 100).
(2) Lebreton, Emploi de la cautérisation sincipitale contre l’épilepsie ( ibid ., 1848).
(3) Marshall Hall, Delà nature de l’épilepsie ( Séances de T Acad, des sciences, 2 juin 1851 et Union médicale, 7 juin 1851, p. 270).
névroses.
3° Traitement propre à prévenir l'invasion et le retour des attaques : Ligature des membres; compression, inspiration, ingestion de l’ammoniaque; régime; hygiène.
4° Traitement curatif: Emissions sanguines ; antispasmodiques ; narcotiques; toniques ; ferrugineux ; moyens divers; moyens externes; traitement des affections locales ; traitement des maladies des centres nerveux.
Traitement proposé par /Jrown-Séquard (1). — Conçu d’après la théorie proposée par l'auteur, il renferme des prescriptions qui ne sont point admises jusqu’ici en France, telles que la section des nerfs: nous le donnons donc sous toutes l’éserves.
1. La première chose à faire dans un cas d’épilepsie, est de rechercher si l’origine est à la périphérie. Tous les organes doivent être explorés aussi complètement que possible.
2. Si l’on a la certitude que l’épilepsie a son origine à la périphérie, il faut employer des moyens propres à établir une séparation entre les centres nerveux et ce point périphérique, ou à détruire entièrement la cause de l’excitation. Il faut d’abord, autant que la région le comporte, avoir recours aux ligatures. Il arrive quelquefois, comme cela avait lieu dans un cas très -curieux rapporté par Récamier, que Y aura disparaît d’un endroit pour reparaître en un autre; il faut en ce cas la poursuivre et appliquer des ligatures là où elle se montre.
3. Si les ligatures ne sulïisent. pas, ce n’est pas une raison pour désespérer de trouver d’autres moyens de guérison. Le nerf qui anime la partie de la peau où l 'aura prend son origine, ou les muscles qui entrent les premiers en convulsion, seront mis à nu, èt l’on y appliquera de l’éther sulfurique. Si ce moyen ne suffit pas, on fera la section du nerf.
h. L’amputation d’un membre pour guérir l’épilepsie est une action barbare ; il n’est besoin que de couper les nerfs.
5. Quelquefois des révulsifs violents, sétons, cautères, au voisinage de la partie où l’aura prend naissance, suffiront pour amener la guérison, mais ces moyens n’ont pas la même efficacité que le fer rouge.
6. Le meilleur mode de traitement de l’épilepsie paraît être l’application d’une série de moxas le long de la colonne vertébrale, et particulièrement à la racine du cou.
7. Il faut modifier la circulation dans les centres nerveux, principalement à l’aide des remèdes qui agissent sur les vaisseaux, comme la strychnine, et surtout ceux qui en amènent la contraction, comme la belladone, l’ergot de seigle.
8. La trépanation, dans les cas où une lésion du crâne l’indiquera, sera un moyen très-utile.
9. La cautérisation de la membrane muqueuse du larynx, qui a été employée avec succès dans des cas où existait un laryngisme très-marqué, est un excellent moyen, non-seulement de diminuer ou de prévenir le spasme du larynx, mais même de produire une modification dans la nutrition de la moelle allongée.
10. Un moyen trop négligé est la possibilité de transformer l’épilepsie en une fièvre intermittente, ainsi que cela résulte des faits observés par Selade,
(1) Brown-Séquard, Researches on Epilepsy. Boston, 1857.
HYSTÉRIE
Dumas, etc. La fréquence des manifestations de fièvre intermittente dans l’épilepsie, et les faits qui démontrent que les nerfs des vaisseaux sont excités dans les centres nerveux pendant l’accès de fièvre intermittente (la galvanisation des nerfs du grand sympathique cervical produit les phénomènes delà fièvre, savoir, le frisson, puis la chaleur et la sueur), montrent aussi qu’il y a une grande analogie entre l’épilepsie et la fièvre intermittente. Il en est de même pour l’efficacité de la ligature dans les deux maladies. La fièvre intermittente est une affection du système nerveux, cela est prouvé par un cas curieux de fracture de la colonne vertébrale dans lequel les parties paralysées demeurèrent dans leur état normal, tandis que le reste du corps présentait tous les phénomènes de la fièvre intermittente au plus haut degré (1). De ce fait et de quelques autres, nous concluons qu’il serait de la plus haute importance de tâcher de faire naître la fièvre intermittente chez les épileptiques.
11. Les moyens hygiéniques importent beaucoup au traitement, et le défaut de sommeil doit être combattu aussi énergiquement que la maladie elle-même. (Brown -Séquard.)
Quant au traitement des accès, nous ne saurions trop insister sur la nécessité de prévenir ou de diminuer l’asphyxie, car il paraît certain que la circulation du sang noir dans les centres nerveux prépare de nouveaux accès. Pour cela, le meilleur moyen sera : 1° de verser sur la face de l’eau très-froide; 2Ü l’inhalation du chloroforme.
ARTICLE IV
HYSTÉRIE
C’est aux premiers temps de la médecine qu’il faut remonter pour trouver les premières indications de l’hystérie; on la voit déjà mentionnée dans des écrits attribués à Hippocrate : mais on peut dire qu’il n’est pas d’affection qui ait donné lieu, dans l’antiquité et dans les siècles derniers, à plus d’interprétations erronées. Nous nous contenterons de dire qu’on a attribué les accès hystériques aux déplacements de l’utérus, à la difficulté de la circulation des esprits animaux , à la rétention de la liqueur spermatique, à la rétention des règles, à une vapeur s'échappant de l’utérus et envahissant les organes delà circulation; on l’a attribuée également à une affection cérébrale; et enfin, dans ces derniers temps, on est revenu à l’opinion qui rapporte les attaques d’hystérie à un trouble utérin, mais avec de trèsgrandes modifications : car personne n’admet que l’utérus se déplace en se portant ça et là dans l’abdomen, qu’il s’en échappe une vapeur maligne, etc.
Parmi les au’eurs qui ont le plus fait pour l’histoire de l’hystérie, nous citerons Galien (2), qui démontra anatomiquement l’impossibilité des déplacements énormes que l’on attribuait à la. matrice; Fernel (3), à qui l’on doit celte théorie des vapeurs s’élevant de la matrice, (pii a régné si longtemps, et a fait donner à cette affection le nom de vapeurs; Charles Lepois, qui a le premier placé dans le cerveau le siège
(1) Knapp, Journ. of med., 1851.
(2) Galien, Œuvres médic. de Galien, traduction de Ch. Daremberg. Paris, 1856, t. II, p. 685 : Des lieux affectés, liv. VI, ch. v.
(3) Fernel, Universa medicina , lib. VI, cap. xv : De morbis uteri.
NÉVROSES
de la maladie; F. Hoffmann et Pomme (1), qui ont décrit avec grand soin cette affection; Louyer-Villermay (3); Georget (' i ), qui a soutenu l’opinion que l’hystérie est une affection cérébrale; Foville (5), <[ui a défendu avec talent une opinion contraire à celle de Georget ; Dubois, d’Amiens (6), qui a donné une excellente critique des travaux publiés avant lui; puis Landouzy (7), qui a réuni presque toutes les observations de quelque valeur. [ Enfin, parmi les travaux les plus considérables qui aient été entrepris sur l’hystérie, nous signalerons le Traité de ï kyste rie , de Briquet (8), livre dans lequel nous avons puisé largement].
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
Les uns ne voient dans l’hystérie que des phénomènes procédant de l’utérus.
• Tel est Landouzy qui définit cette affection : « une névrose de l’appareil générateur de la femme, revenant par accès apyrétiques, et offrant pour symptômes principaux un sentiment pénible de strangulation, etc., et souvent des convulsions...» D’autres auteurs, sans s’expliquer sur le fond, constatent la variabilité des phénomènes de cette maladie : Morbus simplex , sed morborum Iliada (Rivière); — Morbus ille aut potius morborum. co/tors (Hoffmann) ; • — Nec Proteus lusit anquarn, nec coloratns spectatur chamæleon (Sydenham) (9).
[Dans l’impossibilité où nous sommes de donner une définition qui satisfasse à toutes les opinions, nous empruntons à Briquet, qui est de tous les auteurs actuels le plus compétent en cette matière, la définition suivante :
« L’hystérie est une névrose de l’encéphale, dont les phénomènes apparents consistent principalement dans la perturbation des actes vitaux qui servent à la manifestation des sensations affectives et des passions.
» Les phénomènes hystériques ne sont souvent que la répétition plus ou
moins troublée des actes par lesquels se manifestent les sensations pénibles, les affections et les passions tristes et violentes. Enfin, ces manifestations, par leur répétition fréquente, finissent par amener des lésions, soit dynamiques, soit matérielles, dans les organes à l’aide desquels elles s’opèrent, et ajoutent ainsi une nouvelle série d’accidents qui viennent compléter la scène dont se compose l’hystérie. »]
L’hystérie a été désignée par différents noms : passio hysterica , hysterismus , spusnnis ; vapeurs, maux de nerfs, attaque de nerfs, hystér algie.
[L’hystérie offre pour symptômes principaux une sensibilité extrême du système nerveux, des hyperesthésies diverses, au milieu desquelles dominent des douleurs
(t) Hoffmann, De affect, spasm., etc. ( Opéra omnid).
(2) Pomme, Traité des affections vaporeuses des deux sexes, où l’on tâche de joindre à une théorie solide une pratique sûre fondée sur des observations. Lyon, 1760, in-12. — 5e édition, Paris, 1803, 2 vol.; supplément, 1804.
(3) Louyer-Villermay, Traité des maladies nerveuses, etc. Paris, 1816, 2 vol. in-8.
(4) Georget, Dictionnaire de médecine en 30 volumes. Paris; 1837, t. XVI, p. 160, art. Hystérie.
(5) Foville, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1833, t. X, p. 275.
(6) Dubois (d’Amiens), Histoire philosophique de T hypochondrie et de l’hystérie. Paris, 1837, in-8.
(7) Landouzy, Traité complet de l’hystérie. Paris, 1846, in-8.
(8) Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie. Paris, 1859.
(9) Sydenham, Opéra medica , t. I. Dissertatio epistolaris. De affectione hysterica. Gcnevæ, 1749, p. 260.