HYSTÉRIE. — CAUSES
à la région épigastrique, au côté gauche du thorax, et le long de la gouttière vertébrale gauche; des anesthésies intéressant principalement la peau, les muscles et les organes des sens; des spasmes dont les plus communs sont une oppression à l’épigastre; la sensation d’un globe montant de l’estomac à la gorge, et la strangulation; enfin des convulsions qui débutent par de la conslriction épigastrique, qui s’accompagnent ordinairement de perte de connaissance, et qui se terminent par des pleurs et des sanglots, symptômes qui sont sous l’influence directe des alléchons morales. (Briquet. )
L’hystérie est une affection extrêmement fréquente sous tous les climats et dans toutes les classes de la société. Suivant Sydenham, elle formerait la moitié des maladies chroniques des femmes. Le quart des femmes prises en général est atteint d’hystérie, et un peu plus de la moitié d'entre elles sont ou hystériques ou trèsimpressionnables. (Briquet.) ]
1° Causes prédisposantes. — Age. — Il résulte d’un tableau dressé par Landouzy sur 351 cas, que la plus grande fréquence de l’hystérie est de quinze à vingt ans, vient ensuite celle de vingt à vingt-cinq : [pour Briquet, un cinquième des hystériques l’est devenu avant la puberté. L’époque du maximum de l’hystérie est de douze à dix-huit ans ; elle comprend les deux cinquièmes des hystériques. La prédisposition va très-rapidement en croissant de douze à dix-huit ans, elle va diminuant de cet figea vingt-cinq ans, elle est très-faible de vingt-cinq ans à quarante ans; enfin elle est presque nulle de quarante à soixante ans.
Sexe. — Si l’on s’en tenait h l’étyinologie du mot hystérie , on serait tenté de dire que l’utérus seul donne lieu à cette maladie. L’expérience montre, en effet, que les femmes sont presque exclusivement sujettes à l’hystérie, ec suivant quelques auteurs, soutenir que l’homme peut en être atteint, c’est risquer de passer pour paradoxal. Cependant l’évidence des faits doit vaincre les préjugés, et les cas d’hystérie chez l'homme cités par plusieurs auteurs et surtout par Briquet, ne laissent point de doute sur la participation de l’homme à quelques-uns des phénomènes morbides de l’hystérie.
Tempérament. — Peu d’auteurs ont échappé à la tentation d’expliquer l’hystérie par le tempérament nerveux, explication banale, pléonasme qui n’a même pas le mérite de s’appuyer sur des faits bien observés. Il est constant que ce qui prédomine chez les hystériques, comme chez la plupart des femmes, c’est le tempérament lymphatique ou lymphatico-sanguin, plus ou moins altéré par la maladie. Pour Briquet, « la prédisposition principale à l’hystérie consiste dans la facilité qu’a la femme d’être impressionnée péniblement. »
Habitation , milieu. — On ne trouve ni dans l’habitation, ni dans les conditions sociales, de raisons suffisantes de l’hystérie. En vain a-t-on prétendu que les femmes soumises à toutes les excitations factices qu’engendrent et entretiennent l’oisiveté et le luxe étaient les sujets les mieux disposés à l’hystérie. Cette assertion s’applique à certaine époque de notre histoire où les vapeurs, les attaques de nerfs vraies ou simulées, étaient de mode dans un certain monde. Aujourd’hui l’expérience quotidienne montre que l’hystérie sévit tout autant sur les femmes de la campagne que sur les femmes de la ville, et qu’elle n’est le privilège d’aucune classe de la société. La cause que l’on pourrait invoquer avec plus de raison, c’est le trouble des facultés affectives, qui sont si facilement mises en jeu et souvent
NÉVROSES
exaltées chez les femmes. Pour quelques auteurs, et surtout pour Briquet, les émotions morales violentes, et surtout le chagrin, sont les causes prédisposantes les plus habituelles de l’hystérie. ]
Puberté. —L’hystérie est plus fréquente vers l'époque de la puberté qu’à toute autre époque de la vie. Nul doute que les changements qui s’opèrent alors dans l’appareil génital, et l’état moral qui en résulte, n’aient une grande part dans la production de la maladie. Néanmoins il faut reconnaître que la menstruation, à laquelle on a fait souvent jouer le principal rôle dans la maladie, n’est que rarement cause d’hystérie. Dans une statistique donnée par Briquet, chez 87 sujets l’hystérie avait paru avant l’àge de puberté, chez 156 la menstruation se faisait bien, et chez 6 l’hystérie n’avait apparu qu’après la ménopause.
h 'obus des plaisirs vénériens , la masturbation, sont également rangés parmi les ' causes de l’affection qui nous occupe. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on ne trouve parmi les femmes qui se livrent à la prostitution (1) qu’un très-petit nombre d’hystériques, quoique ces femmes soient dans des conditions morales en apparence très-favorables à l’apparition de la maladie. Il est donc bien difficile de faire la part de l’abus des plaisirs vénériens.
Continence. — Landouzy n’hésite pas à regarder la continence comme une cause puissante d’hystérie, et, pour lui, la continence a cette action non-seulement, chez les femmes qui peuvent avoir des désirs dont elles connaissent la nature, mais encore chez des jeunes filles qui sont dans la plus parfaite ignorance. On a vu assez souvent le mariage guérir les attaques d’hystérie ; les faits de ce genre viennent à l’appui de l’opinion dont nous parlons, et que cet auteur partage avec ceux qui l’ont précédé; mais nous ne connaissons pas d’une manière exacte l’action réelle de celte causa
On a également attribué à Y acte de la copulation sans aucun abus la production de l’hystérie ; mais les faits sur lesquels on s’est étayé sont beaucoup moins convaincants que ceux qu’on a invoqués en faveur des causes précédentes. Il peut arriver que le coït soit une cause déterminante de quelques attaques d’hystérie; mais il n’en résulte pas pour cela qu’on doive le ranger parmi les causes prédisposantes lorsqu'il n’y a aucun abus.
Saisons, climats. — On a remarqué que l’hystérie est plus commune au printemps et dans l’été que dans les autres saisons, et qu’elle se montre beaucoup plus fréquemment dans les pays chauds que dans toute autre région; mais ce sont là des résultats d’une appréciation générale.
Hérédité. — Il est quelques observations dans lesquelles l’influence de l’hérédité ne parait pas douteuse. [Suivant Briquet, « les sujets nés de parents hystériques sont, par le fait de l’hérédité, douze fois plus prédisposés à I hystérie que les sujets nés de parents non hystériques. La moitié des mères hystériques donnent naissance ù des hystériques. Les hystériques ont 25 pour 100 de parents atteints de maladies nerveuses ou de maladies de l’encéphale. » ]
2° Causes occasionnelles. — Les émotions morales de toute espèce, lorsqu’elles ont un certain degré de vivacité : ainsi les accès de colère, les transports de joie, l’émotion qu’on éprouve en apprenant une nouvelle imprévue, etc., etc. Ces causes
(t) Voy. Parent-Ducliàtelet, De la prostitution dans la ville de Paris. Paris, 1857^ t. I, j). 241.
HYSTÉRIE, — SYMPTÔMES
sont non-seulement déterminantes de la maladie, mais encore excitantes dos attaques. Du reste, nous n’avons point d’éléments suffisants pour déterminer le degré de leur action.
Imitation. — Son action est au moins douteuse. Landouzy rapporte sa production, dans les cas où elle s’est manifestée à la vue d’une attaque chez un autre sujet, plutôt à la frayeur éprouvée par la malade qu’à une imitation dont il est bien difficile de comprendre l’influence; par conséquent, cette cause rentre dans celles que nous venons d’indiquer.
Aménorrhée, dysménorrhée. — La plupart 'des auteurs ont accordé à la suppression ou à la difficulté de l’éruption menstruelle une extrême influence sur la production de l'hystérie. Dubois (d’Amiens) a combattu cette manière de voir, et a critiqué, sous ce point de vue, les observations invoquées par les auteurs; mais il ne faudrait pas conclure des faits peu probants qui ont été rapportés, que la cause dont il s’agit ici a été signalée à tort. Dans nombre de cas, le trouble de la menstruation a eu une influence évidente, et ce qui le prouve, c’est que, dès que la menstruation est redevenue normale, on a vu ordinairement l’hystérie disparaître.
On ne peut pas se prononcer d’une manière aussi positive relativement à la menstruation trop abondante ou à la ménorrhagie ; les faits dans lesquels cette cause s’est montrée d’une manière évidente sont très- rares.
La menstruation normale a une influence marquée sur la production de l’hystérie, et surtout sur l’apparition des attaques; les faits sont nombreux dans lesquels une ou plusieurs attaques d’hystérie se montrent, soit dans le cours, soit immédiatement avant ou immédiatement après l’éruption menstruelle.
Quant à la leucorrhée , à la grossesse, à Y accouchement , à l’allaitement, qu’on a regardés comme des causes occasionnelles puissantes, on a exagéré au moins leur importance.
On a encore cité la répercussion des exanthèmes, la suppression des flux anormaux; ces causes n’ont pas d’action réelle.
Altérations diverses de l'utérus. — Dans l’hystérie, les affections de l’utérus sont fréquentes et assez souvent on a vu la maladie se dissiper en même temps que l’affection utérine (Landouzy). Nous reviendrons sur ce point lorsque nous aurons à parler des lésions anatomiques.
L’influence des lésions qui ont leur siège dans d’autres parties du corps, et notamment dans l’appareil cérébro-spinal , a une importance beaucoup moins grande.
§ n. — Symptômes.
Nous distinguerons deux formes principales, qui sont la forme convulsive et la forme non convulsive , distinction qui n’est nécessaire que pour la description des accès.
Les prodromes sont constants ou presque constants dans l’hystérie. Sur dixneuf cas observés par Beau (1), il n’en est pas un seul qui n’ait présenté des prodromes évidents. Landouzy (2) divise avec raison les prodromes en ceux qu pre-
(T; Beau, Recherches statistiques pour servir à V histoire de l'épilepsie et de V hystérie (Arch. gin . de méd ., Paris, 1836, 2e série, t. XI, p. .>28).
(2) Landouzy, toc. cit.
cèdent l’invasion des accès et en ceux qui précèdent les accès eux-mêmes. Nous suivrons cette division.
Prodromes de l'invasion de la maladie. — Comme prodromes de l’invasion première de l’hystérie, on remarque des modifications notables dans le caractère habituel, une grande irritabilité, une mobilité d’esprit et d’humeur continuelle, des impatiences, des crampes, des inquiétudes, des fourmillements, surtout aux extrémités inférieures; un besoin incessant de s’étendre, de s’étirer, de marcher, de changer de position ; des idées tristes, des pleurs ou des rires sans sujet, des rêvasseries, des rêves bizarres ou effrayants, des insomnies; tantôt des frissons vagues, tantôt une chaleur brûlante; fréquemment un froid glacial aux mains ; des variations extrêmes dans l’appétit et les digestions ; plus tard, des battements de cœur et des spasmes sous les moindres influences ; enfin une gêne d’abord faible, ihiis très-pénible à la gorge, une constriction douloureuse à l’épigastre et à la poitrine, et la sensation d’une boule qui monte plutôt de la poitrine que de l’épigastre.
li est bien difficile néanmoins, dans le cas où la crise est exempte de convulsions, de perte de connaissance ou de syncopes, d’établir des limites précises entre les phénomènes précurseurs et le paroxysme, les prodromes principaux se continuant sous forme de symptômes.
Dans d’autres cas, il existe entre les prodromes et les symptômes proprement dits un intervalle marqué ou des différences telles, qu’il est impossible de méconnaître le moment où le paroxysme commence. D’autres fois enfin les prodromes cessent sans être suivis de la crise, soit par l’heureux résultat des moyens employés, soit par l’effet d’une émotion salutaire ou d’une puissante diversion.
Prodromes des accès. — Les prodromes des accès (Landouzy) sont plus nets, mieux déterminés. Au lieu de consister principalement en des modifications de caractère, d’humeur, d’appétit, comme les prodromes d’invasion première de la maladie, ils consistent en des troubles plus tranchés. Les premiers étaient plutôt des accidents généraux; les seconds sont plutôt des accidents particuliers.
Les prodromes de l’invasion première étaient lents et insensibles; les prodromes des paroxysmes sont, en général, courts et subits.
Les premiers se confondent souvent avec le paroxysme, dont il est difficile de les distinguer; les seconds en sont plus distincts, soit qu’ils annoncent l’accès d’une manière éloignée, soit même qu’ils l’annoncent d’une manière prochaine.
Les plus fréquents parmi ces prodromes sont : la céphalalgie, et surtout la céphalalgie occipitale, les éblouissements, les mouvements involontaires des globes oculaires ou des paupières, les troubles de la vue, la tristesse, la pâleur du visage, des pandiculations, des bâillements, des tintements d’oreille, des propos incohérents, des cris, des rires et des pleurs sans motif, des éructations, la perversion de l’appétit, des battements de cœur, des sueurs subites, et plus souvent des frissons et un refroidissement général ou partiel, enfin des douleurs variées ou des fourmillements dans les membres, et quelquefois des mouvements spasmodiques ou convulsifs. (Landouzy.)
L’émission d’une urine claire et liquide, qui marque si souvent la terminaison de l’accès, a été notée aussi comme prodrome constant dans deux cas où les termes mêmes de la description ne peuvent laisser aucun doute.
L’intervalle qui sépare ces phénomènes de l’attaque est très-variable; le plus
HYSTÉRIE
SYMPTÔMES
généralement il est de quelques minutes, assez souvent de quelques secondes ; quelquefois d’un ou de deux jours.
Ces phénomènes précurseurs étant variables à l’infini, comme tous les phénomènes nerveux, on chercherait en vain une relation exacte entre tel genre de prodromes et telle forme d’accès ; cependant il ressort de l’observation que les frissons, les bâillements, les palpitations annoncent particulièrement la forme non convulsive, et surtout la syncope, tandis que le trouble de la vue, la céphalalgie et les spasmes légers précèdent ordinairement les accès convulsifs. (Landouzy.)
La maladie débute par un accès, et, par conséquent, en décrivant successivement les symptômes qui caractérisent les accès dans les deux formes que nous avons admises, nous ferons connaître la manière dont la maladie commence.
Forme convulsive. — L’accès débute ordinairement, dans cette forme, par des cris, une agitation marquée, un sentiment de constriction de l’épigastre ou un serrement de la gorge, et bientôt une chute à laquelle succèdent les convulsions.
Ces convulsions sont très-irrégulières; on voit les malades étendre leurs bras à droite et à gauche, agiter leurs jambes, se porter çà et là dans leur lit, se mettre tout à coup sur leur séant, et bientôt se rejeter brusquement sur le dos. Ces mouvements sont quelquefois si étendus et si violents, qu’on a beaucoup de peine à maintenir les malades dans leur lit, et que, si l’on n’y prenait garde, elles pourraient se blesser grièvement. Par moments elles s’accrochent avec force à tout ce qui les entoure, et elles serrent avec une si grande énergie, qu’on s’aperçoit que leur force est considérablement augmentée. Si l’on touche alors les muscles convulsés, on les trouve durs et saillants. On a vu des cas dans lesquels elles ont rampé avec vivacité dans toute l’étendue d’une salle ; mais ces cas sont très-rares et exceptionnels, ainsi cpie quelques autres dans lesquels on a observé des convulsions bizarres qui ne peuvent être considérées que comme un objet de curiosité : ainsi la courbure du corps en arc, la flexion de tousles membres, des positions extraordinaires, etc. Nous en excepterons certains mouvements (lu bassin qui semblent indiquer des désirs vénériens, et qu’on a signalés comme tels, sans que néanmoins le fait soit parfaitement démontré. Des craquements des articulations se font entendre dans ces violentes convulsions; le plus souvent l’agitation des membres et les contractions rapides du tronc constituent seules ce symptôme capital de la maladie ; les autres formes de convulsions ne sont que des variétés dont l’importance n’est pas trèsgrande.
Pendant que les malades présentent ces contractions violentes et involontaires des muscles de la vie de relation, on observe un symptôme très-important qui prouve que pareille chose se passe dans les muscles de la vie de nutrition. C’est la contraction ombilicale et épigastrique, et la sensation d’un corps étranger, d’une boule qui remonte le long de l’oesophage jusqu’à la gorge, et qui détermine un sentiment de strangulation très-pénible. Tout le monde connaît ce symptôme important, cette sensation particulière à laquelle on adonné le nom de boule hystérique. Chez toutes les malades qu’a interrogées Landouzy, il a constaté que cette boule était tournoyante pour l’abdomen et ascendante pour le thorax. Les malades manifestent ce symptôme, même lorsqu’elles ont perdu plus ou moins complètement connaissance, en portant vivement les mains à l’épigastre, à la gorge, et en faisant des mouvements comme pour en arracher un corps qui les menace de strangula-
NÉVROSIiS.
MU
tion. Quelques-unes se frappent violemment la poitrine, la compriment avec force, cherchent à s’égratigner, déchirent leurs vêtements, s’efforcent parfois de mordre, en un mot, se livrent à des violences qu’on a quelquefois peine h concevoir.
Les convulsions s’étendent ordinairement aux yeux. Les paupières sont habituellement fermées, quelquefois entr’ouverles, mais presque toujours agitées d’un frémissement continuel. Le globe de l’œil est souvent le siège de mouvements plus ou moins rapides. Les autres muscles de la face sont ordinairement exempts de convulsions; cependant on a vu les mâchoires presque aussi fortement serrées que dans le tris mus, et des contractions rapides traverser les joues. Les narines sont largement ouvertes. La tète est ordinairement un peu renversée en arrière.
Pendant les convulsions, la face est presque toujours animée, chaude et vultueuse. Chez quelques malades, elle présente seulement une rougeur assez vive aux pommettes; chez d’autres, elle est au contraire pâle et froide.
Du côté des organes digestifs : 1° constriction œsophagienne et pharyngienne; 2° contractions épigastriques et des vomissements qui se montrent dans un certain nombre de cas, et qui sont probablement dus à la contraction violente de l’estomac et du diaphragme: cet organe et les intestins se remplissent souvent de gaz, ce dont on s’assure parla palpation et la percussion, et l’on voit certaines malades rejeter brusquement ces gaz par la bouche ou par l’anus ; 3° du côté de l’abdomen, des borborygmes, un gargouillement qu’on ne peut attribuer qu’aux contractions spasmodiques de l’intestin, qui font circuler rapidement les gaz et les liquides d’un point vers un autre. Si l’on examine alors l’abdomen, on trouve fréquemment a sa surface des bosselures qui changent de place, et qui sont dues aux contractions dont nous venons de parler ; parfois il y a une véritable tympanite, qui peut être portée au point que le corps surnage dans le bain (Brodie). U 0 Quelques observateurs, ayant cherché à introduire le doigt dans le rectum, ont trouvé que les sphincters étaient dans un état de constriction marqué, et d’autres ont observé des cas dans lesquels cette constriction était tellement forte, qu’on ne pouvait pas administrer des lavements. D’un autre côté, la convulsion s’étend au pharynx, d’où résulte une difficulté plus ou moins grande de la déglutition ; et comme on observe quelquefois un ptyalisme continuel, on a pu, dans certaines circonstances, croire à I existence d’une hydrophobie.
La respiration est toujours laborieuse ; parfois elle est haletante, extrêmement accélérée, suspirieuse et incomplète; d’autres fois, au contraire, elle est lente, et chaque inspiration est prolongée et profonde, comme si la malade avait été privée d’air pendant un temps trop long; enfin, dans les accès les plus violents, on la trouve bruyante et stertoreuse. Chez quelques malades, on observe une toux fatigante et sèche; mais les cas de ce genre sont rares. Le sentiment de suffocation dont nous avons parlé plus haut est un phénomène constant.
La voix, dans les accès très-intenses, est souvent rauque, et la parole est entiecoupée. Les malades poussent parfois des cris déchirants, ou imitent ceux de ceitains animaux. On a cité des exemples d 'aboiement hystérique , bien connus de tout le monde.
La circulation ne présente quelquefois, pour tout phénomène extraordinaiie, que la lenteur du pouls, qui contraste avec les violents symptômes qui viennent d’être indiqués. Dans quelques cas, le pouls est petit et accéléré, et dans d autres.
HYSTÉRIE. — SYMPTÔMES
irrégulier et même intermittent ; les battements du cœur sont habituellement sourds et profonds, et, dans quelques cas, on a observé des palpitations et des battements tumultueux du cœur : ce sont ceux dans lesquels le pouls est accéléré et irrégulier. On a cité quelques bruits anormaux du cœur et des vaisseaux comme appartenant à l’hystérie; mais l’observation nous apprend qu’il faut les attribuer à l’état anémique dans lequel se trouvent un certain nombre de malades.
La syncope est un phénomène qu’on observe assez fréquemment dans l’hystérie. Tantôt la syncope ne dure que quelques minutes, tantôt elle se prolonge pendant plusieurs heures et même pendant plusieurs jours; elle est alors nécessairement incomplète. Il y a, dans ces derniers cas, mort apparente , et il est arrivé qu’on a enseveli ou qu’on a été sur le point d’ensevelir des malades dans cet état (1). La syncope peut se terminer par la mort.
Ces symptômes qu’on peut considérer comme secondaires sont : les sanglots, les soupirs, les gémissements, le rire convulsif et parfois même l’éternument.
Chez un certain nombre de malades, il n y a pas de perte de connaissance, et il en est même qui peuvent encore répondre par moments aux questions qu’on leur adresse. Mais le plus souvent, si l’accès a un peu d’intensité, bien que les malades conservent leur connaissance, qu’elles aient la conscience de tout ce qui se fait autour d’elles, qu’elles entendent tout ce qui se dit, elles ne peuvent ni parler ni faire comprendre ce qu’elles désirent. Georget a remarqué que, dans ces cas, le» convulsions sont ordinairement moins violentes que dans ceux dont nous allons parler et où l’on observe la perte de connaissance.
Cette perte de connaissance est complète ou incomplète. Hans le premier cas, les malades ont entièrement perdu, après l’attaque, le souvenir de tout ce qui s’est passé depuis le moment où elles sont tombées. C’est alors surtout que l’on observe le gonflement, la teinte livide de la face, l’écume à la bouche, le grincement des dents, et un degré plus ou moins marqué d’insensibilité. C’est aux cas de ce genre qu’on a donné le nom d'hystéro-épilepsie (2), bien que, ainsi que le fait remarquer Landouzy, il n’v ait, à proprement parler, aucun symptôme d’épilepsie. Dans d’autres cas, les malades n'ont qu’un souvenir vague de ce qui s’est passé ; mais si, pendant l’attaque, on a fortement fixé leur attention, on a pu momentanément rappeler d’une manière complète la connaissance. Ce qu’il importe surtout de noter dans ce symptôme, c’est qu’il ne survient qu’après une certaine durée de l’attaque, et ne se manifeste jamais au début même, comme dans le cas d’épilepsie. Landouzy a insisté avec raison sur ce caractère important.
On a observé aussi, pendant les attaques d’hystérie, un délire gai ou furieux; on a vu des malades plongées dans une profonde extase ; on a cité des cas de somnambulisme (3) et d’autres dans lesquels les malades, même les mieux élevées, ne pouvaient s’empêcher de prononcer les paroles les plus obscènes et de proférer lesplus grossiers jurements.
Nous ne parlerons pas ici de la paralysie, de la roideur tétanique, de la rétention d’urine; ces symptômes persistent en général après les attaques.
(1) Bouchut, Des signes de la mort. Paris, 1849.
(2) Beau, Recherches statistiques pour servir à l'histoire de l’épilepsie et de l’hystérie.
(3) E. Mesmet, Études sur le somnambulisme envisagé au point de vue pathologique .( Archives de médecine, 1860, 5e série, t. XV, p. 147).
NÉVROSES
]5ien que, comme nous venons de le dire, il y ait des cas dans lesquels les malades présentent un degré plus ou moins marqué d’insensibilité aux excitants extérieurs, il est ordinaire de constater l’existence de sensations douloureuses dont elles conservent parfois le souvenir, même alors qu’elles ont paru avoir perdu complètement connaissance. Ces sensations consistent dans de vifs élancements ayant un siège \ ariable, dans des déchirements, des tortillements, en un mot, en une très-grande variété de douleurs spontanées.
Quelques-unes disent avoir éprouvé des troubles variables du côté des sens : ce sont des bourdonnements, des sifflements d’oreille, des éblouissements. Mais lorsque la connaissance est conservée, ni l’ouïe ni la vue ne sont abolies; seulement, relativement à cette dernière, comme nous l’avons dit plus haut, la constriction des paupières s’oppose à la vision.
Forme non convulsive. — Les accès non convulsifs existent évidemment dans l’hystérie ; ils sont même très-fréquents, et l’on ne comprend pas comment quelques auteurs, et en particulier Georget, ont pu regarder la convulsion comme le symptôme essentiel, nécessaire, de cette maladie. Chaque jour les praticiens sont à même d’observer de semblables accès, dont les phénomènes se retrouvent tous dans l’attaque convulsive.
Bien que, le plus souvent, on ait à noter la sensation d’une boule remontant du bas-ventre à l’épigastre et au cou, où elle détermine un sentiment marqué de strangulation et de suffocation ( boule hystérique), on ne laisse pas néanmoins d’observer, dans un assez bon nombre de cas, des sensations différentes, comme un sentiment de brûlure, un froid glacial, des frémissements, des tortillements qui occupent les mêmes points et causent une vive angoisse à la malade.
Du côté des voies digestives, on trouve des symptômes semblables à ceux qui ont été indiqués dans les attaques convulsives (difficulté de la déglutition, vomissements, borborygmes, coliques, météorisme, etc.).
On note aussi des bouffées de chaleur au visage; la céphalalgie particulière des hystériques (clou hystérique), et les troubles des diverses fonctions, tels que nous les avons indiqués plus haut (palpitations, ralentissement du pouls, difficulté de la respiration, tintements d’oreille, etc.). Des crampes sont également observées dans quelques cas, et ce phénomène rapproche, jusqu’à un certain point, l’accès non convulsif de l’accès convulsif.
Les accès non convulsifs revêtent fréquemment les caractères que nous venons d’exposer; mais, d’une part, il est des cas dans lesquels plusieurs autres symptômes importants viennent s’y joindre, et, de l’autre, il en est qui, au contraire, ne présentent qu’un très -petit nombre de ces caractères.
Dans cette forme non convulsive peuvent survenir (1) la perte complète ou incomplète de connaissance, Y extase, le somnambulisme , les idées délirantes, la syncope, et enfin tous les autres accidents que nous étudierons plus loin (à propos des attaques convulsives dont nous avons déjà donné la description), sauf les convulsions.
Réduite, au contraire, à son minimum d’intensité, la forme non convulsive consiste uniquement dans un simple paroxysme très-long ou très-court, constitué
(1) Landouzy, Hystérie, p. 27.
HYSTÉME. — SYMPTÔMES.
par la seule sensation plus ou moins pénible de la boule hystérique, avec bouffées de chaleur, pleurs, anéantissement, etc. (Landouzy) (1).
Terminaison des attaques. — Il n’est pas très-rare de voir la forme convulsive succéder à la forme non convulsive, et alors, après une plus ou moins grande durée de l’état qui vient d’être décrit, on voit les malades agitées des divers mouvements involontaires que nous avons indiqués plus haut. Mais, de quelque nature que soit l’accès, qu’il y ait eu ou non des convulsions, qu’il y ait eu ou non perte de connaissance, on voit, dans un très-grand nombre de cas, apparaître des phénomènes qui annoncent la terminaison de l’attaque. Ce sont des cris, des plaintes, des gémissements, des soupirs, des éclats de rire, et surtout des pleurs qui se montrent dans l’immense majorité des cas.
L’excrétion d’une urine incolore et limpide, semblable à de l’eau, et aussi, dans quelques cas, une excrétion utérine ou vaginale plus abondante que de coutume annoncent la terminaison de l’accès. (Landouzy.)
État des malades immédiatement après l’attaque. — Pendant un temps plus ou moins long après l’accès, les malades sont dans un état d’abattement d’autant plus considérable que les phénomènes ont été plus violents. Elles éprouvent un brisement marqué des membres, et assez souvent même lorsqu’il n’v a pas eu de véritables convulsions. Leur caractère reste irritable; leurs sens sont exaltés; elles ont surtout une grande finesse de l’ouïe, et le bruit le plus léger les incommode.
La céphalalgie persiste ordinairement avec la forme qu’elle avait pendant l’attaque (clou hystérique); Y intelligence reste plus ou moins obtuse, surtout lorsqu’il y a eu perte complète de connaissance; les malades se livrent avec peine aux travaux de l’esprit; on en voit même qui ont du délire , comme dans les moments qui suivent une attaque d’épilepsie.
La paralysie d’un ou de plusieurs membres, la paralysie de la vessie , la dysphagie, etc., la raideur tétanique, la perte de la sensibilité dans une partie du corps, etc. , persistent ordinairement plus ou moins longtemps après que les autres symptômes ont disparu.
Les divers phénomènes qui suivent les accès se dissipent ordinairement au bout de quelques heures, d’un ou deux jours. Cependant ils peuvent exister plus longtemps, et c’est ce qu’on remarque en particulier pour Y aphonie, accident qu’on ne laisse pas d'observer assez souvent à la suite des fortes attaques d’hystérie. En traitant de Y aphonie (1)....
État des malades dans les intervalles des attaques. — Ainsi que nous venons de le dire, les phénomènes qui succèdent aux attaques peuvent se prolonger outre mesure. Nous avons vu à la Salpêtrière une jeune fille qui, après des attaques d’hystérie qui se reproduisaient environ tous les deux mois, avait une hémiplégie qui durait au moins quinze jours, et ne se dissipait que graduellement. L’aphonie peut également se prolonger pendant un nombre de jours assez considérable, et quelquefois on est obligé de lui opposer des moyens actifs ; il en est de même de la roideur tétanique. On a vu des malades conserver pendant un temps assez long une altération des facultés intellectuelles.
(1) Voy. tome II, art. Aphonie.
NÉVROSES
[ Troubles de In sensibilité. — Outre ces symptômes, ou observe souvent chez les femmes attaquées d’hystérie, alors même qu’elles sont à une époque assez éloignée des attaques, des troubles de la sensibilité. Les principaux sont Y hyperesthésie,
Y anesthésie et Y analgésie (1).
« Hyperesthésie. — L’exaltation de la sensibilité générale de la peau, des muqueuses, et même des parties profondes de l’économie, porte le nom d'hyperesthésie. Ce phénomène diffère de la douleur en ce qu’il ne se révèle (pie par l’application ou le contact des excitants naturels de la sensibilité, tandis que la douleur est une sensation pénible qui se manifeste spontanément; néanmoins ces deux manières d’être de la sensibilité ont de nombreux rapports, car, dans les points où existe de la douleur, il y a toujours une hyperesthésie notable, et réciproquement, les points hyperesthésiés sont souvent le siège de douleurs spontanées.
» Chez les malades affectées d’hyperesthésie, la peau se trouve en général dans l’état naturel sans éruption, sans trace d’inflammation. Quand on vient à la toucher, à la presser fortement, on ne détermine pas de douleur; si, au contraire, on en effleure légèrement la surface, les malades souffrent et poussent quelquefois des cris ; la chaleur, le contact des vêtements, l’action de relever les poils contre leur direction normale, causent des douleurs excessives qui vont jusqu’à produire la syncope. Cette exaltation exquise de la sensibilité peut être comparée à celle de la peau dénudée de son épiderme.
» Les muqueuses participent quelquefois à cette exaltation du sentiment ; on ne peut pas les toucher légèrement sans causer de la douleur; nous avons constaté ce fait à la bouche, dans les fosses nasales et l’utérus. Les organes des sens ont aussi leur hyperesthésie spéciale.
» Dans la très-grande majorité des cas, l’hyperesthésie existe indépendamment de toute affection matérielle appréciable des centres nerveux, cl loin d’être un symptôme des maladies cérébro-rachidiennes, elle doit détourner le médecin de penser à une affection de cette nature.
» Les hystériques, soit avec, soit sans attaques, ont toutes ou presque toutes des points d’hyperesthésie; les unes le savent et s’en plaignent, d’autres ne s’en aperçoivent pas. Cette sensibilité exagérée n’est jamais aussi étendue que l’anesthésie ; elle occupe presque toujours une surface très-étroite, et de quelques centimètres seulement : de là la dénomination de points d’ hyperesthésie, points douloureux , clou, œuf hystérique, etc. Le siège en est très-variable. Depuis très-longtemps on connaît le clou hystérique siégeant à la tête, et qui est constitué tantôt par une douleur spontanée, tantôt par une douleur qui s’éveille seulement par la pression ; mais les recherches récentes ont montré que ce clou se rencontre aussi le long de la colonne vertébrale, soit sur une ou plusieurs apophyses épineuses, soit dans les muscles des gouttières dorsales ; à la base de la poitrine, au niveau des attaches des muscles grand dentelé, droit antérieur de l’abdomen (Briquet, Bezançon) ; au niveau de l’extrémité inférieure de ces derniers muscles, sur le pubis, dans les lianes, au niveau de la pointe du cœur, à l’épigastre; en un mot, dans un grand nombre de points. Les douleurs siègent principalement au côté gauche du corps ;
(1) V. A. Racle, Traité de diagnostic médical, 3e édit. Paris, 1864. — Voyez aussi Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie. Paris, 1859, p. 267.
HYSTÉRIE. — SYMPTOMES. 939
elles sont superficielles ou profondes, selon qu’elles ont leur point de départ dans la peau ou dans les muscles.
» Il arrive souvent qu’en touchant la peau on éveille non-seulement une vive douleur, mais encore une contraction convulsive et permanente des muscles sousjacents, circonstance qui pourrait faire croire à une affection plus profonde et plus grave que celle qu’on a réellement sous les yeux.
» Cette hyperesthésie coïncide avec l’anesthésie, et l’on constate l’une et l’autre à quelques centimètres de distance : mais leur étendue n’est pas la même, la première étant toujours plus limitée que la seconde.
» Du reste, elle varie, se déplace, revient avec une grande facilité; il y a des jours où elle manque, d’autres où elle est exquise. En général, tout ce qui trouble le moral des malades a une grande influencesur la réapparition de l’hyperesthésie.
Anesthésie et analgésie. — Il existe deux espèces de sensibilité dans la peau et dans les membranes muqueuses voisines des orifices naturels: l’une est la sensibilité au tact, l’autre la sensibilité à la douleur. La première a pour objet de faire percevoir le contact ou les impressions de différents ordres des corps extérieurs : c’est à l’aide de cette sensibilité qu’on perçoit la résistance, la forme, la température, l’état de la surface des corps; la seconde espèce de sensibilité est celle qui a pour but de nous faire connaître les impressions nuisibles et douloureuses produites par les différents agents qui nous entourent : c’est par elle que l’on sent la piqûre, le pincement, la torsion, etc. Ces deux espèces de sensibilité sont tellement distinctes, qu’elles peuvent être isolées.
» La peau peut perdre la sensibilité à la douleur sans perdre la propriété du toucher. On s’assure de ce fait en touchant d’abord la peau et ensuite en la piquant, la pinçant, la tiraillant, etc. ; les malades disent alors qu’ils sentent bien qu’on les touche, qu’on agit sur leur peau; ils sentent même bien qu’on les pique et qu’on les pince, mais ils n’éprouvent aucune sensation douloureuse.
» Quand la sensibilité au tact est abolie, l’autre espèce est également détruite.
» Dans l’état morbide celte double faculté peut être diminuée ou détruite. La perte de la sensibilité au tact a reçu le nom de paralysie de la sensibilité ou d'anesthésie, celle de la sensibilité à la douleur a reçueelui d'analgésie (Beau). Nous décrirons simultanément ces deux paralysies.
» V anesthésie proprement dite, qui a été connue de tous lès temps, est beaucoup plus rare que l’analgésie, et elle a différents degrés. Quelquefois elle est absolue à tel point que les malades ne sentent absolument pas le contact des corps.
D’autres fois la sensibilité est seulement obtuse; quand c’est aux pieds, les malades ne sentent pas bien le sol en marchant ; ils croient marcher sur du coton, sur quelque chose d’élastique; pieds nus, ils ne distingueraient pas le carreau d’un parquet de bois. Si la paralysie siège aux mains, ils saisissent mal les objets, les lâchent croyant les serrer, n’en distinguent ni la forme ni les caractères physiques. Si l’insensibilité occupe le tronc, les jambes, les bras, on ne s’en aperçoit qu’en touchant, en pressant les parties ou en promenant les doigts légèrement à la surface, et en comparant le degré de finesse, du tact avec celui du côté opposé et symétrique du corps. Mais en général la plupart des malades remarquent assez bien qu’ils sont privés de cette espèce de sensibilité, tandis qu’il n’y en a presque pas un qui remarque spontanément l’existence de l’analgésie proprement dite.
NÉVROSES
» Cette espèce de paralysie est extrêmement variable pour le siège, retendue, la fixité, etc.
» On appelle analgésie l’insensibilité à la douleur. Les malades, ainsi que nous l’avons dit, ne la remarquent pas, et par conséquent ne l’accusent presque jamais spontanément, et la plupart sont fort surpris quand on leur fait observer qu’une portion plus ou moins étendue de leur corps n’est plus impressionnable 'a la douleur.
»On constate l’analgésie en piquant la peau avec une épingle, en la pinçant légèrement, en la tordant, ou enfin en tirant les productions pileuses qui peuvent s’y trouver; on peut aussi cautériser la peau, y faire naître des pldyctènes sans occasionner de douleur (Henrot) (1); pour les muqueuses, il suffit de les toucher simplement avec les doigts, avec les barbes d’une plume, etc.
» L’analgésie est souvent fort peu étendue; nous l’avons vue limitée à un seul doigt, à une étendue de la peau qu’on pouvait couvrir avec une pièce de monnaie, de sorte qu’il faut de la patience et un examen minutieux pour la découvrir; cependant la décroissance de la sensibilité se fait suivant certaines lois qui rendent les explorations moins difficiles. L’analgésie débute de préférence par les membres et surtout par les avant-bras; elle est toujours plus prononcée vers leur partie postérieure qu’à leur partie antérieure, et l’on est à peu près certain de la trouver dans le premier siège quand elle existe dans le second, sans que la réciproque soit vraie cependant (Beau) ; elle est aussi fort commune sur le devant de la poitrine, à l’épigastre, mais alors on la trouve presque toujours aux avant-bras. Chez d’autres malades, l’analgésie est hémiplégique et presque constamment elle siège au côté gauche du corps (2). Il est rare qu’elle existe sur les muqueuses sans occuper une étendue plus ou moins grande de la peau. »
Les muqueuses principalement affectées sont la conjonctive, la muqueuse des fosses nasales, celles de la langue, de la vulve, du vagin, etc.; dans ces différents sièges l’insensibilité occupe quelquefois une grande étendue, d’autres fois un seul point; elle y est ou très-légère ou très-prononcée. On peut chez quelques hystériques, par exemple, promener le doigt à la surface d’un des yeux sans causer de douleur, tandis que celui du côté opposé demeure très-sensible; chez d’autres, une partie de la langue peut être percée avec des épingles, déchirée, mordue, sans douleur appréciable.
Indiquée vaguement par beaucoup d’auteurs, la perte de la sensibilité dans l’hystérie n’a été étudiée complètement que dans ces derniers temps par Gendrin (1846). Dans ces premières recherches, ce symptôme est désigné sous le nom d'anesthésie et considéré comme un phénomène permanent et succédant aux attaques. Les recherches plus récentes, appartenant à Beau, Briquet (3), Bezançon, et un peu à tout le monde, il finit le dire, doivent modifier légèrement les résultats de Gendrin. La perle de la sensibilité dans l’hystérie est, dans la grande majorité des cas, une analgésie, et non une anesthésie, et elle n’est pas nécessairement liée aux attaques convulsives.
Il y a au moins deux formes d’hystérie : l’hystérie convlilsive et l’hystérie simple?
(1) Henrot, thèse inaugurale. Paris, 1847.
(2) Briquet, De l’ anesthésie chez les hystériques ( Union médicale, août 1858, p. 347, 350, 365, 378, 399, 402).
(3) Briquet, De l’anesthésie chez les hystériques ( Union médicale, p. 347, 350, 365, 378,
HYSTÉRIE. — SYMPTÔMES
qui ne se traduit que par de légers spasmes, et qu’on pourrait, avec Pomme, appeler hystérie vaporeuse. Dans l’une et dans l’autre forme la perte de la sensibilité se remarque, et elle est parfaitement indépendante des convulsions cloniques ou attaques de nerfs. Cette perte de sensibilité consiste en une analgésie; quelquefois, mais très-rarement, il y a de l’anesthésie véritable. Les malades conservent ordinairement la sensibilité tactile, mais si on les pique, si l’on enfonce des aiguilles dans la peau, dans les muscles, elles ne ressentent pas de douleur ; les muqueuses sont aussi insensibles soit à leurs excitants naturels, soit surtout aux impressions douloureuses ; on peut promener le doigt sur la surface de la conjonctive sans que les malades en souffrent et exécutent le mouvement de clignement; quelquefois cependant la cornée est aussi impressionnable que dans l’état naturel ; on peut titiller les fosses nasales, le conduit auditif avec une plume, sans provoquer de sensation désagréable, introduire le doigt jusqu’à l’istlnne du gosier sans déterminer le vomissement; le vagin, le rectum, l’urèthre, peuvent être devenus insensibles de la même manière ; la vessie perd quelquefois sa sensibilité spéciale, et les malades ne ressentant plus le besoin d’uriner, on est obligé de les sonder; chez d’autres, le coït ne produit plus aucune impression agréable. Les organes des sens s’affectent également, mais moins souvent que la peau ; on observe alors une diminution de l’ouïe, du goût, de l’odorat, de la vue, diminution dont les malades ne se doutent pas ; l’affaiblissement de la vue d’un seul œil, lequel va quelquefois jusqu’à l’amaurose complète (Bezançon). L’insensibilité n’est jamais générale ; le plus souvent elle n’occupe que quelques points de la peau et des muqueuses, et presque toujours des points de la moitié gauche du corps. Dans la majorité des cas elle occupe la moitié gauche de la face et l’œil correspondant, le haut de la poitrine, l’épaule, quelquefois le bras et la main ; elle est* rare au tronc et surtout aux membres inférieurs.
L’analgésie hystérique est de longue durée, permanente, mais ce dernier caractère est difficile à apprécier, parce que les malades ne se doutent pas le plus ordinairement de la perte de la sensibilité dont elles sont affectées ; elles ne s’en aperçoivent que quand elle siège aux doigts, parce qu’elles remarquent quelles peuvent, en cousant, se piquer impunément à une main, tandis que l’autre main est douloureusement impressionnée par l’introduction de la pointe d’une aiguille.
Ce phénomène est cependant sujet à se modifier, soit dans son siège, soit dans son étendue. Il y a des jours où les malades éprouvent plus de malaise que de coutume; on est à peu près certain de trouver alors l’analgésie plus étendue ou plus marquée que les jours précédents. Le traitement par les toniques, les opiacés et l’électricité (Briquet, Duchenne) (1), la fait disparaître aussi d’une manière lente, graduelle et quelquefois complète.
Cet accident n’empêche pas les malades de ressentir des douleurs vagues, des élancements, des névralgies dans les points insensibles eux-mêmes ou ailleurs, et de présenter tous les autres phénomènes hystériques plus ou moins prononcés.
Quand on rencontre ces phénomènes d’insensibilité chez une femme qui présente de la douleur épigastrique et dorsale, des points douloureux vagues, une céphalalgie habituelle, des syncopes, le sentiment d’étranglement à la gorge ; qui
(1) Duchenne (de Boulogne), De P électrisation localisée.
NÉVROSES
pleure, sanglote ou rit sans motif; lorsque, enfin, ces accidents succèdent à quelque émotion, à des chagrins, on peut considérer la femme comme bien et dûment hystérique (Bezançon), sans qu’il soit nécessaire d’attendre, pour se prononcer, l’apparition des attaques convulsives ; et l’on ne serait nullement fondé à croire à l’existence d’une affection matérielle des centres nerveux.
Des recherches dignes d’intérêt sur l’anesthésie ont été publiées par A. Voisin (1); nous en donnons un résumé destiné à compléter l’étude précédente.
Sauf quelques exceptions, Y anesthésie cutanée , considérée dans l'hystérie , sup- /me une attaque avec perte de connaissance (Aug. Voisin). Bien que nous ne partagions pas cette opinion, il nous a semblé qu’il était nécessaire de la faire connaître pour engager les praticiens ù en vérifier l’exactitude. Dans tous les cas, nous croyons devoir laisser parler l’auteur sur divers autres jxnnts qui lui fournissent l’occasion de présenter des remarques pleines de justesse et d’intérêt et que nous acceptons avec empressement.
« Siège de l’anesthésie. — Briquet et les auteurs qui, dans ces derniers temps, ont écrit sur l’hystérie, ont noté ce fait que la paralysie siégeait presque toujours dans le côté gauche du corps.
» Nous avons pu vérifier ce point pathologique chez dix malades, une seule faisait exception et présentait la paralysie à droite.
» Ou bien l’anesthésie est mal limitée et peut occuper la face externe des membres et surtout des avant-bras; ou bien elle occupe, pins rarement il est vrai, toute la surface cutanée; ou bien elle se localise exactement dans une moitié du corps et simule parfaitement l’insensibilité liée à une affection cérébrale organique.
> Coexistence de l’anesthésie et de i hyperesthésie dans une même région. — Un autre phénomène nous semble remarquable; nous voulons parler de la coexistence dans une même région de l’anesthésie et de l’hyperesthésie.
» Celte apparente contradiction pathologique nous semble expliquée par les recherches de Briquet sur l’hyperesthésie. Ses patientes études ont démontré que l’hyperesthésie hystérique est une douleur musculaire; la sensibilité cutanée ayant son siège dans les radicules nerveuses de la peau, leur existence est indépendante l’une de l’autre, et l’on comprend que l’anesthésie cutanée et l’hyperesthésie puissent exister simultanément dans la même région. Cette différence de siège anatomique de ces deux états morbides explique encore comment Briquet peut galvaniser les régions hyperesthésiées sans provoquer de vives douleurs. La peau étant plus ou moins insensible, la malade ne ressent que peu ou point la douleur électrique.
» Deux formes d’anesthésie. — L’anesthésie cutanée hystérique se présente sous deux formes :
» 1° Une forme légère est celle qui suit les premières attaques; elle n’est que passagère et d’une durée de quelques heures au plus.
» '2° Une forme grave succède à des attaques réitérées, est symptomatique de l’hystérie confirmée et peut persister plusieurs année*
» L’anesthésie n’est quelquefois annoncée par aucun symptôme; cependant on a observé comme phénomènes prodromiques des fourmillements et des inquiétudes dans les membres.
H) Aug. Voisin, I)e l’anesthésie cutanée hystérique ( Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, Paris, 1858).
HYSTÉRIE. — SYMPTÔMES. 9Z|3
» Étude symptomatologique de V anesthésie cutanée. — Nous étudierons séparément le tact passif et le tact actif : le premier comprenant toutes les sensations que nous percevons sans l’intervention de la volonté, et ayant son siège sur toute la surface de la peau; le second, ou le toucher proprement dit, nécessitant l'intervention de mouvements volontaires dont le but est de multiplier les points de contact de la peau avec les objets extérieurs. La paume de la main est le siège de prédilection de ce tact actif.
» L’étude du tact passif au point de vue de l’hystérie comprend la pathologie des sensations de douleur, de contact et de température absolue. Nous n’étudierons pas, comme le veut Beau, la sensation de chatouillement dans le même chapitre que la sensation de douleur; nous chercherons à démontrer que la sensation de chatouillement fait partie de la sensation de contact.
» Sensation de douleur . — La diminution ou l’absence de la sensation de •douleur, ou l’analgésie, est le premier phénomène paralytique de l’hystérie. Beau la considère comme apparaissant toujours avant la paralysie de la sensation de contact. Son opinion a été considérée comme trop absolue par Landry, qui a cité des observations tendant à démontrer que la paralysie de la sensation de contact précède quelquefois l’analgésie.
» Quant à nous, nous avons pu confirmer l’assertion de Beau, dans tous les cas qui ont été soumis à notre observation
» L’analgésie est complète ou incomplète.
» Tout d’abord incomplète après les premières attaques, elle ne devient absolue que lorsque la maladie est déjà ancienne.
» Certaines malades atteintes d’analgésie incomplète présentent ceci de particulier, alors qu’on les pince : pendant quelques secondes, aucune douleur; que si l’on pince plus fort, la douleur se manifeste, mais alors seulement que la pression a été très-énergique ; la sensation ne se produit qu’au summum de l’effort de celui qui pince.'
» D’autres fois, la malade n’éprouve la douleur que quelques Secondes après qu’on a cessé de pincer.
» Chez certaines hystériques, l’analgésie est localisée dans certains points du corps très-limité : chez l’une, c’était la conjonctive oculaire gauche; chez une autre, un point limité de la face externe du bras gauche; chez la plupart, l’analgésie occupe toute une moitié du corps, le plus souvent la gauche. Rarement elle existe à droite.
» Les malades sont plus ou moins insensibles aux piqûres, à l’application du pinceau électrique; on arrive par ce dernier moyen à rougir la peau sans qu’elles en éprouvent la moindre sensation douloureuse : c’est ce qui explique, ce me semble, comment les hystériques supportent si bien la galvanisation que Briquet applique au traitement de l’hyperesthésie musculaire.
» La douleur électrique ne se produit dans certains cas que quelques secondes ou quelques minutes après les premières décharges ; dans d’autres, elle est nulle, et la seule sensation éprouvée est celle d'un simple contact.
» L’analgésie existe aussi bien dans les muqueuses qui tapissent les ouvertures naturelles. Chez la plupart de nos malades, la muqueuse de la narine gauche était insensible aux piqûres.
NÉVROSES
» Chez deux hystériques, la muqueuse (le la moitié gauche de la vulve ne ressentait pas les piqûres faites avec une épingle ; la sensibilité était dans ces deux cas restée intacte en arrière de l’orifice vulvaire.
» Chez ces mêmes deux malades, la moitié droite du clitoris et le mamelon gauche étaient insensibles aux piqûres, mais la sensibilité se réveillait pendant l’érection de ces organes.
» Sensation de contact. — L’insensibilité du contact est regardée par Beau comme symptomatique d’une hystérie plus grave que ne l’est l’analgésie. Nous avons constaté aussi (pie la sensation de douleur disparaît plus tôt que la sensation de contact.
» Nous répétions sur la joue du côté paralysé l’expérience de Weber. O11 sait que ce savant a di inontic (pic les deux pointes mousses d un compas appliquées sur divers points de la surface des corps doivent présenter des écartements variables pour donner lieu à deux sensations distinctes et non à une seule. Le degré d’écartement nécessaire pour obtenir à la joue deux sensations distinctes est de cinq lignes. Si donc, avec cet écartement, la sensation perçue par la malade est simple, il y a diminution de la sensation de contact. Eh bien ! nous avons trouvé la sensation double parfaitement nette chez des malades qui présentaient l’analgésie; ceci nous paraît donner raison à l’opinion de Beau.
» Chez certaines malades, chez lesquelles la paralysie était déjà ancienne et complète, la sensation double n’existait plus, et même elles n’avaient plus conscience du contact des corps.
» De même que l’analgésie, la paralysie de la sensation de contact est ordinairement bornée au côté gauche, quelquefois en des points limités; plus rarement elle s’étend à toute la surface de la peau.
» La sensation de chatouillement nous paraît dépendre de la sensation de contact, et non pas de la sensation de douleur, ainsi que le veut Beau. Plutôt que d’admettre cette opinion, il serait plus juste de faire de la sensation de chatouillement un sens spécial, ainsi que le pensait Gerdv.
» La sensation de chatouillement peut, selon nous, naître de deux manières et se présenter, dans ces deux cas, avec de très-légères modifications :
» Ou bien elle est produite à la paume des mains, et surtout des pieds; ou bien aux régions axillaires, nasales, auriculaires, et, chez certains individus, sur des points variables du corps.
» L’origine de la sensation varie dans les deux cas.
» Dans le premier, le chatouillement est produit par l’attouchement des nombreuses houppes nerveuses des mains et des pieds.
» Dans le second, il résulte de la titillation des poils, du duvet, et de la trans- ' mission du mouvement imprimé aux ramifications nerveuses.
» Dans un cas comme dans l’autre, il y a donc simple contact; il n’y a de différences que dans le mode de production. Nous croyons donc pouvoir considérer le chatouillement comme une variété de la sensation de contact ; ce que nous avons dit de celte dernière s’y applique en tous points.
» Sensation de température absolue. • — La sensation de température absolue disparaît à un degré plus avancé de l’hystérie que l’analgésie.
j Les malades sont également insensibles au froid et au chaud ; la paralysie peut
HYSTÉRIE. — SYMPTÔMES. 945
aussi n’affecter qu’une moitié du corps. Mesnet a observé une malade qui, étant dans un bain froid, ne sentait la température que d’un côté.
» On peut promener sur les parties anesthésiées des corps très-chauds sans provoquer aucune sensation. La peau rougit sans que les malades aient le moindrement conscience de ce que l’on a fait ; mais aussi il faut avoir soin de bander leurs yeux pour se mettre à l’abri de toutes chances d’erreur.
» Sans être diminuée ou abolie, la sensation de température peut être pervertie : ainsi, chez une malade observée par Landry, laquelle présentait une analgésie incomplète, l’approche d’un corps modérément chaud donnait l’idée de brûlure.
» Chez une autre, une compresse mouillée d’eau, à une température supérieure à zéro, donnait la sensation de la glace, et l’eau tiède paraissait bouillante.
» Sensation de résistance. — La diminution ou l’absence de la sensation de résistance est un état morbide complexe, qui suppose la diminution ou l’absence de la sensibilité musculaire et de la sensation de contact tout à la fois.
» La sensation de résistance, en effet, n’est pas éveillée par un corps léger, qui ne produit qu’une sensation de contact; l’idée de résistance suppose un corps plus ou moins lourd qui pèse sur la peau et détermine une sensation de contact et une sensation profonde, celle-ci perçue par la couche musculaire.
» Cet état morbide est rare; la sensibilité musculaire, en effet, ne disparaît, que dans l’hystérie la plus grave.
» Nous avons cependant eu l’occasion d’observer un cas d’absence complète de la sensation de résistance, non plus limitée à une moitié du corps, comme on l’a déjà observé, mais s’étendant à toute la surface cutanée. La malade était dans le service de Briquet, à la Charité. Il était possible, après lui avoir bandé les yeux, de la porter hors de son lit, de la déposer sur le carreau, de la remettre dans scs couvertures, sans qu’elle eût la moindre conscience de ce déplacement.
» Tact actif ou toucher proprement dit. — Le loucher suppose l’intégrité de l’activité musculaire, et, d’autre part, l’association intime de l’action musculaire et des facultés intellectuelles avec les sensations tactiles.
» Il résulte de la participation nécessaire de l’activité musculaire que la paralysie du toucher existe à un degré très-avancé de l’hystérie, puisque, on le sait, les muscles résistent le plus longtemps à la paralysie.
» Le toucher, considéré en lui-même, nous fournit les notions de surface, de poids, de forme, de dimension, d’élasticité, de consistance, de température relative, de nombre, de direction, de situation des corps.
» Si l’on réfléchit à l’importance de ces données dans nos rapports avec le monde extérieur, on peut juger de l’état tout spécial des malades qui présentent une altération du toucher. Elles arrivent ;» ne plus prendre part aux impressions extérieures qui nous frappent, et font du toucher le sens le plus parfait, se servant d’un autre sens, le sens de la vue. Et si l’on intercepte les rayons visuels, on plonge les malades dans un état singulier que l’une nous définissait de la sorte : « Je me crois plongée dans le vide. »
» Les hystériques arrivées à cette période de la maladie peuvent bien, en effet,
(1) Mesnet, Étude des paralysies hystériques , thèse inaugurale. Paris, 22 janvier 1852. Valleix, 5e édit. I — go
NÉVROSES
alors qu’elles s’aident de la vue, se servir de leurs mains, et connaître les notions que fournit le toucher ; niais si on leur bande les yeux, le toucher est aussitôt trèsimparfait, sinon aboli; elles ne savent plus guider leurs mains et les adapter aux objets extérieurs.
» Landry a fait sur celle partie du sujet des recherches très-intéressantes.
» L’étude de la paralysie du toucher nous paraît devoir être divisée en deux parties: suivant que l’activité musculaire n’est qu’affaiblie, et suivant qu’elle est abolie complètement.
» Dans le premier cas, la malade peut, alors même qu’elle a les yeux bandés, avoir une des notions que fournit le toucher; mais cette notion est imparfaite ou fausse. Ainsi, un corps très-léger semblera lourd; la température relative et la forme des objets seront mal appréciées.
» Dans le second cas, la malade n’a plus aucune notion des corps qu’on lui met dans la main, de leur température relative, de leur forme, de leurs dimensions, de leur poids relatif.
» Si, au contraire, on lui laisse l’usage de la vue, elle a des objets une notion trèsnette. Le sens de la vue remplace, pour ainsi dire, le toucher, ou bien la vue d’un corps en donne une certaine idée par l’entremise de la mémoire ou du jugement. »
Hystérie viscérale. — Il n’est pas douteux que les organes intérieurs expriment à leur manière l’affection nerveuse générale qui constitue l’hystérie.
Ainsi l’on voit tour à tour se manifester chez les hystériques des vomissements, le hoquet, des coliques intestinales, des ti/mpanites considérables, la paralysie de la vessie, avec rétention ou avec incontinence d’urine, des battements spasmodiques des artères de l’abdomen, etc.
Toux hystérique. — Lasègue (1) a publié sur ce sujet un travail auquel nous empruntons les remarques suivantes :
« La toux hystérique diffère essentiellement des formes convulsives de la toux, si fréquemment observées chez les jeunes enfants ; elle ne s’accompagne pas de. spasmes violents, et n’entraîne pas par conséquent les congestions, les menaces d’asphyxie, et les divers accidents consécutifs qui succèdent aux convulsions thoraciques.
» Pendant l’accès, les secousses de toux se répètent avec une telle fréquence, qu’on pourrait, à la rigueur, considérer la toux comme continue. Si la toux se suspend, c’est sous des influences variées, mais sans action possible sur la toux qui reconnaîtrait pour cause une affection de poitrine.
» Lorsque la toux procède par accès, les intervalles de repos reviennent avec une remarquable régularité, soit qu’ils aient lieu à la même heure, soit qu’ils dépendent de’ la position de la malade, ou d’une circonstance extérieure toujours la même et toujours agissant de la même manière.
»> Quel que soit son degré de continuité, la toux cesse absolument pendant le sommeil, et se rapproche par conséquent, à ce point de vue, des convulsions choréiques. La suppression durant le sommeil est assez constante pour avoir une grande signification diagnostique.
(1) Lasègue, De la toux hystérique ( Actes cle la Société médicale des hôpitaux de Pans , 4855).
HYSTÉRIE. — SYMPTÔMES
* » Les efforts de toux affectent un certain rhythme monotone ; ils répondent à l’expiration, et sont ou non précédés par un court chatouillement laryngé : ou la malade tousse à chaque expiration qui succède au mouvement inspirateur, ou elle fait entendre deux, trois, quatre expirations toussantes, avant de pouvoir reprendre sa respiration. Le rhythme, une fois donné, se continue presque invariablement.il n’y a pas d’expectoration, tout au plus quelques crachats muqueux surviennent-ils accidentellement. Il n’y a pas de dyspnée dans l’intervalle; la respiration est un peu moins profonde que d’habitude. Les grandes inspirations sontévitées, parce qu’elles rendent la toux plus incommode. L’examen physique delà poitrine ne révèle aucun signe; peut-être, sous l’influence de la diminution de l’effort respiratoire constatet-on que le murmure vésiculaire, moins intense, devient par places à peine distinct, pour reparaître bientôt aussi net dans les mêmes points.
» La toux hystérique peut être simple ou compliquée: à l’état de simplicité, elle ressemble assez bien à la toux que provoque l’inspiration de certains gaz, le chlore par exemple ; elle est sèche, sonore, se continue indéfiniment, sans être modifiée dans son timbre à quelque époque de la maladie qu’on la constate ; à l’état complexe, elle s’accompagne essentiellement d’enrouement, d’aphonie, de vomissements. Dans quelques cas la toux prend, dès le début, un timbre particulier; elle ressemble au cri d’un oiseau, elle est stridente, rude, rauque, bizarre. Cette forme est très-exceptionnelle; en tous cas, il faut se garder de confondre ces toux d’une sonorité spéciale avec les troubles vocaux signalés chez les hystériques, qu’on a comparés à des aboiements, à des miaulements, etc. , qui n’ont rien de commun avec la toux (I).
» La toux hystérique, non-seulement reste identique avec elle-même pendant tonu son cours, mais elle n’a pas de tendance à se transformer en d’autres formesd’hystérie; il n’existe que peu d’exemples d’une semblable métamorphose, j'en rapporterai un plus loin.
« C’est une affection chronique, remarquable par sa ténacité, se prolongeant pendant des mois, sinon pendant des années, sans rémission, ni intermission, sans être influencée par la menstruation, par les phénomènes physiologiques ou pathologiques ipii peuvent avoir lieu pendant son cours. Un seul fait que je citerai donnerait à croire qu’elle est susceptible d’affecter une forme aiguë, encore le cas est-il au moins discutable.
» Elle n’est modifiée par aucun médicament connu, à quelque ordre de médications qu’il appartienne. On verra, en parcourant les observations, que tout ce qui a été essayé l’a été sans le moindre profit. Les grandes perturbations sont aussi impuissantes que les petits modificateurs : les antispasmodiques fatiguent sans soulager. L’affection est d’une si longue durée et d’une fixité si monotone, qu’il n’est pas de malade à laquelle le temps n’ait permis de subir toutes les ressources présumées de la thérapeutique la plus inventive. Une seule fois les efforts ont paru suivis de succès ; je rapporterai en détail cette observation sans analogues. En dehors de ce fait unique, un seul moyen a réussi : c’est le changement de lieu ! Sous ce rapport, la toux hystérique se rapproche de la coqueluche, qui est si souvent
(1) Voy. Itard, Mémoire sur quelques fonctions involontaires des appareils de la locomotion, de la préhension et de lu voix ( Archives gén. deméd., 1825, lre série, t. VIII, p. 385). .
NÉVROSES
modifiée par les voyages, comme cllc.se rapprochait de la chorée par la suspension durant le sommeil.
» La toux hystérique guérit subitement, sans que rien ait fait prévoir cette heureuse et soudaine terminaison, ou elle diminue insensiblement et finit par disparaître à la longue. J)e quelque manière que se soit opérée la guérison, elle est sujette à des récidives, et reparaît le plus ordinairement sans cause appréciable, à de plus ou moins longs intervalles.
«Elle affecte ordinairement les femmes; on ne l’a jamais observée passé l’âge de vingt-cinq ans.
» Elle ne semble pas, malgré la remarque de Sydenham, plus propre à une catégorie d’hystériques qu’à une autre. S’il arrive souvent qu’un simple rhume en soit l’origine, les individus qui en sont affectés n’y étaient pas prédestinés par une disposition exceptionnelle aux catarrhes bronchiques ou à d’autres affections pulmonaires.
» Les jeunes malades ont eu antérieurement des attaques d’hvstérie ou en sont restées exemptes; en tout cas, l’ensemble de leur santé présente les caractères de la constitution hystérique.
» De même que la toux hystérique ne se transforme pas habituellement en une autre forme d’hystérie, de même elle n’est pas le début insidieux de maladies organiques de la poitrine. On trouve dans la science une ou deux thèses dont les auteurs ont essayé d’établir une relation entre l’hystérie et la phthisie. Les prodromes de la tuberculisation sont, il est vrai, annoncés quelquefois par des troubles étranges de la santé, qu’à la rigueur on classerait parmi les désordres hystériques; mais, en admettant l’exactitude de cette analogie, il est remarquable que la toux 11e figure pas parmi ces antécédents hystéri formes.
» Malgré sa persistance, la toux hystérique n’a, en général, qu’un assez faible retentissement dans l’économie. L’appétit est presque toujours diminué ; les fonctions digestives perdent de leur activité ; les malades maigrissent ou au moins pâlissent ; elles sont incapables de supporter la fatigue, et se plaignent de quelques douleurs plutôt gênantes que vives dans les parois de la poitrine. A quelque degré que soit porté le malaise général, il 11’est jamais de nature à entraîner une terminaison fatale. » (Lasègue. ) ]
§ III. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la maladie est variable. Mais comment ces accès se succèdent-ils? Comment augmentent-ils d’intensité? Comment décroissent-ils?
Les accès diffèrent d’une attaque d’hystérie en ce que celle-ci peut être constituée par plusieurs de ces accès. Dans certains cas, il 11’y a qu’un accès; dans d’autres, il y en a trois, quatre, dix, douze, soixante et plus. Les intervalles de ces accès laissent observer des troubles nerveux variables; ils sont plus ou moins longs (quelques minutes, une demi-heure, rarement plus), d’où il résulte que la durée des attaques est très-variable (une ou deux heures, et jusqu’à vingt et quarante jours).
Il est des cas où, dès les premiers accès, l’hystérie a atteint son summum d’intensité, et dans ces cas elle se manifeste tout d’abord avec le caractère convulsif (Landouzy). D’autres fois elle commence par de légers troubles nerveux, par des
HYSTÉRIE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
accès peu appréciables, puis elle va en augmentant d’intensité, et les phénomènes deviennent de plus en plus tranchés et nombreux. En pareil cas, on voit la maladie se produire par des accès non convulsifs, et il arrive ensuite ou que les accès continuent h présenter, pendant tout le cours de l’affection, ce caractère non convulsif, ou, ce qui est plus fréquent, que les convulsions viennent, à une époque plus ou moins éloignée du début, se joindre aux autres symptômes.
Dans ces deux modes, la maladie suit un cours à peu près déterminé, de telle sorte qu’on peut fréquemment prévoir la venue des accès.
Dans certains cas, la marche est tout à fait irrégulière et semble dépendre uniquement des causes excitantes ; tant qu’on réussit à éloigner celles-ci, on ne voit pas les accès apparaître, et cette apparition est, par conséquent, aussi imprévue que les causes déterminantes dont il s’agit. (Landouzy.)
Périodicité. — Elle est de deux sortes. Dans la première, on voit la maladie se produire avec une certaine régularité, à des intervalles assez éloignés, et principalement lors de l’éruption des règles; dans la seconde, il s’agit d’une périodicité semblable à celle des fièvres intermittentes : ainsi on voit l’hystérie affecter le type quotidien, le type tierce, etc. L'accès revient régulièrement à la même heure, dure quelques heures, et se dissipe à peu près au même moment de la journée. Est-ce là une fièvre intermittente hystérique? La plupart des auteurs l’ont pensé; mais suivant Landouzy, il n’y aurait, en pareil cas, autre chose que des accès de fièvre intermittente pernicieuse ou non, dans le cours desquels surviendrait une attaque d’hvstérie qui en serait indépendante. Cette manière de voir ne nous paraît pas applicable, à beaucoup près, à tous les cas, et nous ne trouvons pas que l’auteur que nous venons de citer en ait démontré l’exactitude. Lorsqu’on voit, par exemple, des accès d’hystérie se produire sans accélération du pouls , tous les jours, à la même heure, et céder au sulfate de quinine pour ne plus revenir, nous ne concevons pas qu’on puisse trouver, dans des cas semblables, autre chose qu’une de ces fièvres larvées qui prennent les formes les plus variées. N’est-ce pas de celte manière que se produisent les névralgies intermittentes, et a-t-on jamais songé à regarder les cas où il en est ainsi comme de simples fièvres intermittentes, pendant lesquelles il y a un accès de névralgie indépendant de la fièvre? En présence des faits cités par Landouzy lui-même, nous croyons donc qu’il est impossible de ne pas admettre cette forme de l’hystérie, ce qui est très-important pour le traitement.
Parmi les causes auxquelles on a attribué une influence sur la marche de l’hystérie, on ne doit guère tenir compte que de la grossesse, qui, d’après les faits connus, suspend quelquefois les attaques, mais plus souvent les rend plus violentes et plus fréquentes.
Les affections intercurrentes, lorsqu’elles ont une certaine intensité, ont une influence marquée sur la marche de la maladie. Les maladies aiguës la suspendent ordinairement, et il en est de même de la terminaison des maladies chroniques, lorsque l’organisme est profondément débilité. Quant aux complications , on ne les trouve guère que parmi les maladies cérébrales et les autres névroses.
La durée de la maladie est on ne peut plus variable. Elle dépend, dans un grand nombre de cas, de la persistance ou de la disparition de la cause qui a produit l’hystérie. Cette affection se prolonge quelquefois pendant toute l’existence.
NÉVROSES
La première apparition des règles, le coït, le rétablissement, de la menstruation plus ou moins troublée, sont des circonstances dans lesquelles on voit la maladie se terminer souvent d’une manière favorable; mais cette terminaison s’observe bien plus fréquemment encore à l 'âge critique. Quelquefois l’affection cesse brusquement après un accès; mais il est bien plus fréquent de voir les accès diminuer d’intensité, les intervalles s’éloigner, et l’affection disparaître graduellement. II est extrêmement rare de voir cette maladie se terminer par la mort. Cependant on en a cité quelques exemples, et l’on conçoit très-bien qu’une syncope très-prolongée, comme celles dont nous avons parlé plus haut, puisse avoir ce résultat. Il y a des cas dans lesquels 1 affection s est terminée par l’épilepsie, par la catalepsie, ou par une aliénation mentale.
§ IV. — De la folie hystérique.
[Tous les médecins qui se sont occupés de l’hystérie ont signalé les troubles de l’intelligence dans cette névrose ; mais il faut arriver jusqu’à la période moderne pour trouver une appréciation exacte de l’état mental dans l’hystérie. En effet, ce que les anciens auteurs ont décrit sous le nom de manie hystérique , ce sont des accès passagers de délire, phénomènes essentiellement fugaces, et qui, chez certains malades, ont remplacé la comulsion, ou l’ont immédiatement suivie. Maison peut dire que la folie leur avait échappé, et que cette manifestation resta pour eux perdue au milieu des formes diverses de l’aliénation. Cette confusion était regrettable ; car méconnaître la nature de l’affeclion, c’était méconnaître ses indications. Il était difficile d’ailleurs que l’erreur fût évitée, tant que régnèrent les théories humorales, tant que les préjugés, la superstition, la croyance au surnaturel, exercèrent leur empire, tant que les médecins eux-mêmes partagèrent l’opinion du public, et admirent l’intervention des puissances occultes. Nous n’avons pas à faire ici l’histoire des épidémies qui sévirent dans les couvents, des convulsionnaires de Saint-Médard, et des prétendues possédées de Morzine, nous renvoyons pour tous ces détails à l’ouvrage de Calmeil ( l). Ce que nous voulons, c’est justifier la dénomination de folie hystérique, et démontrer qu’il existe un genre à part, empruntant à la névrose des caractères qui permettent de le distinguer et de le séparer des autres aliénations mentales.
Nous ne pouvons passer sous silence les modifications du caractère et des habitudes de l’hystérique : c’est le premier degré d’un état plus complexe, ce n’est pas la folie, c’est une exagération de la sensibilité morale, une mobilité extrême de l’imagination exaltée, déterminant tantôt des enthousiasmes irréfléchis, tantôt de longues tristesses sans motifs appréciables. « Chez les sujets hystériques (2) le sommeil est rarement profond et continu ; souvent il est difficile et impossible, incomplet, troublé par des rêves pénibles, interrompu par des réveils en sursaut. La plupart sont mélancoliques, solitaires, portés aux idées noires, quelquefois avec désirs vagues du suicide ; quelques-uns sont d’une gaieté extrême, et rient sans cesse pour des causes légères, ou sans savoir pourquoi ; d’autres sont tourmentés par des envies de pleurer, etc. » Ajoutons une disposition remarquable aux inven-
(1) Calmeil, De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire. Paris, 1845, t. I, p. 83 et suiv.
(2) Georget, Dictionnaire de médecine en 30 volumes, t. XVI, art. Hystérie.