‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 327 sur 369 · HYSTÉRIE. — DE LA FOLIE HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

HYSTÉRIE. — DE LA FOLIE HYSTÉRIQUE

tiens romanesques, parfois une excitation érotique très-manifeste, et des impulsions souvent irrésistibles. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce premier <legré qui a plus d’un point d’analogie avec l’état nerveux proprement dit.

Briquet, dans son livre, a signalé un second degré qui n’est pas non plus la folie, mais qui établit la transition entre les troubles intellectuels du premier degré et l’aberration complète des idées et des sentiments qui constituent l’aliénation mentale. Le délire appartient «à l’attaque, en remplit pour ainsi dire l’une des phases et disparaît quand le calme revient. « Pendant les convulsions (1), les malades sont souvent prises d’un délire plus ou moins vif, et qui a généralement une manière d’être toute spéciale. A l’inverse du délire fébrile, qui se compose ordinairement de paroles sans suite, d’idées décousues toutes de la création des malades, le délire des attaques hystériques n’est que la reproduction des actes intellectuels qui sont habituels aux malades, ou de ceux qui résultent des sensations qui les ont frappées hors le temps des attaques. Ce délai est à peu près comme celui que provoquent l’impression du chloroforme ou le delirium tremens. Il est toujours bruyant, très-agité, et rarement incohérent. Il a généralement rapport, soit à des scènes auxquelles la malade se croit présente ou auxquelles elle se reporte, soit aux pensées qui l’occupent habituellement, ou qui l’ont beaucoup frappée, il faut le considérer comme une sorte de rêve. » Nous avons constaté plus d’une fois nous-même l’exaltation de l’intelligence et l’exquise perfection des sens pendant cette période. Une jeune fille âgée de quinze ans, dont la maladie avait débuté à la suite d’une scène violente qui lui avait causé une profonde terreur, avait pendant ses attaques une activité surprenante de la mémoire musicale. Elle chantait des airs entiers d’un opéra-comique qu’elle n’avait entendu qu’une fois, et dont, à l’état normal, elle ne conservait qu’un souvenir confus; d’autres acquièrent une étonnante facilité d’élocution, une perspicacité qui, pour quelques-unes, est allée si loin, qu’on leur a reconnu, dans leur entourage du moins, le don de prophétie. L’ouïe, l’odorat, la vue même participent à cette exaltation. Briquet a vu, ce que nous avons constaté aussi, ces accès se terminer comme tous les autres par des rires ou des pleurs, et ce qui est plus remarquable, et devient une source de difficultés de diagnostic, par une période de sommeil qui dure quelques instants.

« D’autres fois, chez un petit nombre de malades, il reste un état de délire et de rêvasserie pendant lequel les hystériques font des choses déraisonnables, etc. »

La folie hystérique se présente sous des aspects divers. On y trouve tantôt Yexaltàtion maniaque , tantôt la dépression mélancolique , tantôt le délire partiel, avec prédominance d’idées de persécutions, de possession démoniaque, etc.

Etat maniaque. — A ne voir (pic les manifestations extérieures, on ne pourrait établir les différences entre la manie hystérique et la manie simple : les malades offrent dans les deux cas la même agitation ; elles se roulent à terre, crient, chan- ' tent, brisent ce qui tombe sous leurs mains. Elles ont peu de sommeil, des appétits capricieux ; elles affectent les postures les plus bizarres, souvent provocantes, et il est assez commun de rencontrer chez elles du délire érotique. Niais si l’on ■examine l’intelligence, on s’aperçoit le plus souvent, au milieu de ce chaos d’idées qui se pressent avec une effrayante rapidité, qu’il y a une foule d’appréciations nettes,

(1) Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie. Paris, 1859, p. 362.

NÉVROSES

de réponses d’une justesse et parfois même d’une finesse étonnantes. Ces malades que rien ne retient plus expriment leur opinion avec une liberté de langage dont on ne saurait se faire une idée : elles voient tout et elles conservent le souvenir de ce qu’elles ont vu. Elles ont d’irrésistibles impulsions qu’elles savent très-bien mauvaises, mais auxquelles elles cèdent ; elles font le mal avec une véritable satisfaction, et les reproches qu’on leur adresse sont éloignés par elles, sous le prétexte qu’elles sont malades, qu’elles ne savent pas ce qu’elles font. Nous avons vu de ces hystériques chez lesquelles l’attention était jusqu a un certain point facile à fixer, et qui témoignaient pour leur famille, pour leurs amis, les sentiments les plus affectueux ; seulement leur mobilité est si grande, que tout en parlant elles ne tiennent pas en place, elles cherchent à saisir un chiffon, un brin d’herbe; elles s’enfuient pour revenir près du médecin un instant après ; elles demandent sans cesse un objet ou un autre, et si on le leur présente, elles n’en veulent plus.

Dans cet état on constate quelquefois la grande convulsion hystérique ; mais if est bien plus fréquent de ne voir que des accidents partiels ; spasmes, palpitations, hoquets ou sanglots. La sensibilité présente les mûmes troubles, les points anesthésiques sont les mêmes aussi que dans l’hystérie convulsive; nous n’avons rien noté de particulier à cet égard.

L'état mélancolique est moins commun, mais nous l’avons cependant constaté aussi. Les hallucinations semblent être, dans la grande majorité des cas, le phénomène initial. Des voix accusatrices répétant h chaque instant des injures, fatiguent In malade par leur persistance ; cela arrive rapidement h un état d’insupportable anxiété ; elle est toute tremblante, la physionomie exprime la plus vive inquiétude, et l’on en a vu chercher par le suicide à échappera leurs préoccupations. Ont-elles un moment de répit, elles déplorent leur triste situation ; elles ne s’expliquent pas comment elles peuvent être ainsi, elles redoutent de voir revenir les troubles intellectuels dont (‘lies souffrent. Elles ont, au début, des périodes de rémission qui font espérer que les accidents vont disparaître, et tout d’un coup, sans causes appréciables, elles sont reprises de leurs terreurs. Le délire se caractérise alors de plus en plus, il se formule, il se rapproche alors du délire mélancolique habituel, mais il en diffère toujours par l’existence des périodes de rémission dont nous venons de parler. Quoi qu’il en soit, le délire mélancolique généralisé est très-rare; ce que l’on constate le plus communément, c’esl le délire partiel avec prédominance de certaines idées sous la forme de préoccupations hypochondriaqucs, d’idées de possession, ou bien encore sous la forme de délire érotique avec un degré marqué d’exaltation maniaque. Ce que nous avons déjà dit des délires partiels (page 655), nous pouvons le redire ici. Leur ténacité, les impulsions qui les accompagnent, sont de fâcheuses conditions. Les idées hypochondriaques surtout indiquent une lésion profonde du système nerveux. Quant aux impulsions irrésistibles, elles ne se présentent pas avec le caractère brutal et aveugle des impulsions des épileptiques, mais lorsqu’elles se montrent isolées chez des femmes dont la raison est saine en apparence, elles deviennent, pour la famille, pour l’entourage, l’occasion de difficultés de tout genre. Nous ne saurions entrer ici dans de grands détails, qu’il nous suffise de dire que la vie de famille devient impossible avec de telles malades; qu’il n’est pas de calomnies qu’elles n’inventent, qu’elles ne fassent même accepter pendant un temps, si grande est leur dissimulation, leur adresse. Quand le délire prend le

HYSTÉ1UE. — LÉSIONS ANATOMIQUES

caractère érotique, il est tantôt romanesque, tantôt provoquant; le fait le plus important, celui sur lequel nous devons insister, c’est la mobilité extrême de toutes ces malades, c’est aussi le degré insolite de conservation, d’activité de l’intelligence, au milieu d’un désordre énorme, par moments, des sentiments et des idées. C’est encore à cette forme de la folie hystérique, aux impulsions irrésistibles, que nous devons rattacher ce besoin de pousser des cris, de prononcer des mots obscènes. Les malades, malgré tous leurs efforts, ne sauraient s’empêcher, n’importe où elles se trouvent, de répéter les mots les plus grossiers, et nous en avons vu qui, conservant la notion parfaite des convenances sociales, étaient extrêmement malheureuses de ne se pouvoir contenir, et se condamnaient à la solitude pour ne pas rendre leurs amis témoins d’actes qu’elles déploraient (1).

La folie hystérique peut se présenter sous forme épidémique. Dans ce cas, l’exaltation du sentiment, du merveilleux, le mysticisme, en sont le plus souvent le point de départ. Nous ne ferons que rappeler les épidémies si connues et dont Calmeil a retracé l’histoire, celle plus récente de Morzines, dans le département de la Haute-Savoie, où cette fois on n’a brûlé personne, mais où de sages mesures administratives ont rapidement ramené le calme au milieu de toute une population (2 .

Le pronostic de la folie hystérique est favorable pour les formes maniaque et mélancolique. Il cesse de l’être d’une manière aussi absolue pour les formes du délire partiel. Si la démence en est moins souvent la conséquence que dans l’aliénation mentale commune, la chronicité, le retour des accès par paroxysmes, ou bien seulement la perversion habituelle des sentiments, des idées, rendent ces malades insupportables pour tout ce qui les entoure, et obligent à prendre vis-à-vis d’elles les plus minutieuses précautions de surveillance.

Le traitement, à part l’isolement qui n’eut jamais d’indication plus formelle, étant le même que celui de l’hystérie en général, nous en ferons l’exposé plus loin (voyez page 957). (Motet.)]

§ V. — Lésions anatomiques.

Sur trente-neuf cas, on a noté trois fois seulement des lésions encéphaliques, trois fois des altérations de l’appareil respiratoire, et vingt-neuf fois des lésions de l’utérus ou de ses annexes (Landouzy). Si nous consultons les observations dans lesquelles les lésions utérines ont été constatées pendant la vie, nous voyons qu’on a trouvé ces lésions vingt-six fois sur vingt-sept cas, c’est-à-dire dans la presque totatité. Cette proportion est si remarquable, qu’on doit y voir, avec Landouzy, plus qu’une présomption en faveur de la localisation de la maladie dans l'appareil générateur. Toutefois il ne faudrait pas regarder cette affection comme une conséquence directe des lésions dont l’utérus ou ses annexes sont le siège; il suffit d’un simple trouble nerveux des organes génitaux pour produire l’hystérie; et la preuve, c’est que dans un certain nombre de cas, on ne trouve absolument aucune lésion appréciable à nos sens. Ces lésions, souvent profondes, doivent avoir une influence notable sur l’influx nerveux, et de là celle qu’elles ont sur la production de la névrose. De cette manière se trouve jugée cette question en litige que nous

(1) Briquet, Traité clinique et thérapeutique de V hystérie , p. 321.

(2) A. Constans, Relation sur une épidémie d’hystéro-démonopathic en 1861.

NÉVROSES

avons signalée plus haut, savoir : si l’hystérie est une affection cérébrale, ou si elle est dépendante d’une lésion utérine.

Les lésions dans les organes génitaux de la femme sont très-variables; on a mentionné parmi elles presque toutes celles qui peuvent affecter ces organes, depuis l’inflammation simple jusqu’à la désorganisation la plus profonde.

. Hystérie chez l'homme. — Landouzy trouve une trentaine de cas, dont quinze doivent être éliminés tout d’abord, parce qu’ils sont réduits à une simple énonciation ou dépourvus des détails les plus importants; puis l’auteur en met de coté un bon nombre dans lesquels il y a eu erreur de diagnostic ou dans lesquels le défaut de précision 11e permet pas de porter un diagnostic rigoureux, et il n’en trouve, en définitive, que quatre (rapportés par F. Hoffmann, Breschet et Mahot et Aligre) qui méritent un examen sérieux. Or, dans ces cas, bien que les symptômes aient une très-grande analogie avec ceux de l’hystérie, on 11’observe ni la miction abondante et claire après l’accès, ni les pandiculations et les pleurs sans motifs, ni « cette susceptibilité nerveuse, celte mobilité particulière, qui constituent, en dehors des crises, l’habitude hystérique. »

Ces différences sont-elles suffisantes pour faire rejeter les faits d’hystérie chez l’homme? C’est ce qui paraîtra peut-être douteux : que prouveraient ces laits, si ce «l’est que, dans quelques circonstances rares, les organes génitaux de l’homme peuvent, être affectés de la même manière que ceux de la femme dans l’hystérie?

Desterne (1) a cité un cas très-curieux d’hystérie revenant à des intervalles variables, sous forme d’attaques bien caractérisées, chez un jeune homme de vingtcinq ans, et nous avons vu nous-même un exemple semblable chez un jeune homme d’une vingtaine d’années.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Les affections avec lesquelles on peut confondre l’hystérie dans quelques cas, sont Y épilepsie et Y éclampsie. Quant à la catalepsie , ce n’est que dans des circonstances fort rares qu’on peut être embarrassé ; nous les indiquerons dans un autre article. O11 a prétendu que l’hystérie peut être confondue avec 1 ’hypochondrie; mais il n’en est rien. Les sensations des hypochondriaques diffèrent de celles des hystériques autant par leur nature que par la manière dont les malades les accusent.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC (Laildouzy).

HYSTÉRIE

Presque exclusive au sexe féminin.

Ne se manifeste avant les approches de la puberté.

Causée le plus généralement par des émotions affectives ou des troubles organiques du système génital.

Nulle influence des révolutions lunaires.

Influence marquée des périodes menstruelles.

ÉPILEPSIE

Affecte les deux sexes également.

Très-souvent congénitale.

Par des émotions brusques, violentes, ou par des lésions de l'encéphale.

Influence incontestable (?).

Influence beaucoup moindre.

(1) Desterne, De T hystérie chez l'homme, du traitement, du paroxysme hystérique par le chloroforme ( Union méd., 28 septembre 1848, p. 455).

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