‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 334 sur 369 · CATALEPSIE. EXTASE. SOMNAMBULISME. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

CATALEPSIE. EXTASE. SOMNAMBULISME. — TRAITEMENT

nières années, été le sujet de travaux importants. Nous signalerons plus particulièrement ceux de Bertrand (1), Bourdin, Favrot (2), Sandras (3), Briquet (4), etc. Tous ces auteurs ont décrit les caractères de cet état qu’ils s’accordent à définir : l’exaltation des facultés morales et affectives avec une concentration profonde de l’intelligence sur une idée exclusive. Ce n’est plus seulement pour eux le ravissement mystique dont sainte Thérèse a donné une description restée célèbre, c’est un phénomène morbide, se produisant dans des circonstances déterminées, et apparaissant au milieu d’accidents hystériques dont elle est une des formes les plus curieuses.

Calmeil admettait deux formes de l’extase : 1° Y extase purement mystique ; 2° Y extase cataleptique. Favrot propose d’en ajouter une troisième, Y extase avec somnambulisme , ou extase prophétique.

Il ne saurait entrer dans le plan de cet ouvrage de présenter une fois de plus le tableau des épidémies de possession, ni de parler encore des religieuses de Loudun, d’Urbain-Grandier, des trembleurs des Cévennes, et de ce qui s’est passé de nos jours à Morzine. Qu’il nous suffise de savoir que l’extase telle que nous la comprenons, se présente sous forme de véritables accès; son point de départ nous paraît être toujours une hallucination le plus souvent de la vue, quelquefois, mais plus rarement de l’ouïe. L’extatique, les yeux fixés sur un point qu’ils n’abandonnent plus, suit avec une concentration profonde les images qui se déroulent devant lui. Ses bras sont tendus eu avant, il semble qu’il veuille attirer à lui des objets qui le fuient : sa physionomie est parfois immobile, parfois, au contraire, elle réflète sa pensée. Les paupières sont tantôt fixes, tantôt agitées par un mouvement fibrillaire rapide. Si l’on veut donner aux membres une altitude différente de celle qu’ils ont prise, ils la conservent un moment, mais ils ne la gardent pas comme dans la catalepsie. Cette disposition explique la confusion qui a longtemps existé entre ces deux états; mais en cherchant à se rendre compte du phénomène, on s’aperçoit que cette indifférence musculaire n’est que l’effet de l’enchaînement de la volonté, et que l’attitude primitive, en rapport avec l’idée dominante, ne tarde pas à reparaître.

La sensibilité générale est abolie, quelques sens peuvent être conservés, l’ouïe entre autres, mais le plus souvent il est impossible de faire pénétrer une impression quelconque pendant toute la durée de l’extase.

A un degré de plus, l’exaltation intellectuelle arrive, l’enthousiasme prophétique se révèle, et, sous cette influence, apparaît chez des individus d’une instruction peu étendue, une facilité d’élocution remarquable, une ampleur de vues et d’idées étonnantes. Nous avons recueilli l’observation d’une jeune fille chez laquelle la mémoire était prodigieuse pendant son accès, et qui, lorsqu’il était terminé, n’avait aucun souvenir de tout ce dont elle venait de parler.

On conçoit combien il a été facile d’exploiter de pareilles dispositions morbides; ■aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de faire intervenir les puissances occultes pour expliquer la production de ces troubles. L’interprétation en est plus simple ; ce

(1) Bertrand, Encyclopédie progressive, 1826.

(2) Alexis Favrot, thèse citée.

(3) Sandras, Traité des maladies nerveuses.

(4) Briquet, l)e l'hystérie.

NÉVROSES

sont des accidents nerveux, rien de plus, dont le développement, la marche, la terminaison, établissent avec l’hystérie une étroite connexité.

Les accès d’extase ont une durée variable depuis quelques minutes à plusieurs heures. Nous les avons vus cesser par une crise de larmes ou par du somnambulisme complet ; au réveil, il n’y avait pas de souvenir de ce qui s’était passé.

Le traitement doit être prophylactique et curatif. Nous n’y insisterons pas, il n’v a aucune indication qui n’ait été déjà prévue pour l’hystérie.

C. Somnambulisme. — C’est l’état d’un individu qui exécute, pendant un sommeil d’ailleurs normal, des actes qui d’habitude ne s’accomplissent que pendant la veille (Rostan).

Nous distinguerons deux espèces de somnambulisme, ou plutôt deux degrés : le premier, que nous pourrions appeler le somnambulisme vrai, survenant au milieu de la santé, se renfermant dans une série d’actes qui pour être extraordinaires, ont une relation étroite avec les actes de la vie habituelle, et se produisent dans le sommeil normal ; le second, qui est un fait pathologique, comme l’a si bien démontré îMesnet (1) dans une très-curieuse observation accompagnée des réflexions les plus judicieuses. Le somnambulisme, dans ce cas, avec ses retours périodiques, une série d’actes délirants, est un phénomène morbide de la même nature que la catalepsie et l’extase, auxquelles d’ailleurs il se trouvait associé.

Le nombre est grand des observations publiées sur ce sujet; mais il y en a bien peu qui présentent autre chose que de curieux détails. Gr. Ilorn (2), Hoffmann (3), Theisner (ô), ont, les premiers, soutenu que le somnambulisme était un état morbide. Jos. Frank admet cette opinion, et décrit le somnambulisme et la sommation. Cette dernière forme est pour lui l’état pathologique, soit qu’il survienne spontanément au milieu d’accidents hystériques, soit qu’il ait été provoqué par des manœuvres comme celles du magnétisme. Pour nous , en dehors du somnambulisme vrai, que l’on observe chez un grand nombre de sujets à l’état habituel, nous ne reconnaissons qu’une seule espèce de somnambulisme pathologique, et avec Briquet, Sandras, Mesnet, nous le rattachons aux accidents hystériques; c’est de cette forme seule que nous nous occuperons.

Il est caractérisé par des attaques périodiques souvent séparées par des intermittences régulières. Le début en est variable : quelquefois il s’établit sans prodromes, avec la soudaineté d’une attaque convulsive d’hystérie; d’autres fois il est précédé d’un état cataleptique, et la transition est impossible à établir entre les deux phases; d’autres fois encore il paraît être précédé d’un sommeil calme. Quelle que soit la manière dont il s’établisse, le somnambulisme pathologique présente des faits curieux à observer. S’il est périodique, il n’est pas rare de constater une relation directe entre deux accès, de telle sorte que des actes préparés dans un accès précédent s’accomplissent dans l’accès présent : tout ce qui a occupé la veille est étranger aux déterminations dans l’état somnambulique; le souvenir de ces déterminations, qui reparaît dans l’accès, est complètement effacé pendant la vie normale. Non-seulement cette anomalie existe pour les faits intellectuels, mais nous

(1) Mesnet, Arch. gén. de méd., février 1860.

(2) Grég. Ilorn, Dissertatio de noctambulis. Nurembergæ, 1660.

(3) Theisner, Diss. de ambulatione in somno. Iéna, 1671.

(h) Hoffmann, Diss. de somnambulis. Halæ, 1695.

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