CATALEPSIE. EXTASE. SOMNAMBULISME
TRAITEMENT
l’avons vne se produire pour les faits de la vie de relation. L’observation de Mesnel est très-précise à cet égard : il s’agit d’une dame hystérique qui, pendant un accès de somnambulisme prépara un suicide : surprise avant l’accomplissement de ce suicide par la fin de son accès, elle oublia, pendant la journée, tout ce qu’elle avait fait; la nuit suivante, elle continua ses préparatifs, comme si rien n’était venu l’interrompre, et donna un commencement d’exécution à ses projets. Cette dame était paraplégique dans le jour, et recouvrait pendant l’accès toute la liberté de ses mouvements.
Les sens nous paraissent entrer en exercice, mais d’une manière fort restreinte, et seulement dans la sphère de l’idée dominante : la vision, dans le cas que nous citions, était conservée, la malade travaillait facilement à l’aiguille, même quand son travail était faiblement éclairé, mais elle ne pouvait plus broder si l’on interposait un écran entre ses doigts et ses yeux. La physionomie est sans expression ; les yeux sont largement ouverts, avec les pupilles insensibles à la lumière ; le pouls est calme, régulier, avec un rhythme peu fréquent; l’ensemble de cet état varie toutefois suivant la nature de l’idée dominante. 11 n’est pas rare, en effet, de constater de l’excitation, de la loquacité et, dans ces cas, un développement inaccoutumé de la mémoire et de l’imagination. Au réveil, qui tantôt est brusque, tantôt est annoncé par le retour d’accès hystériques ou cataleptiques, l’oubli est complet; Mesnet et Maury (1) ont insisté sur ce fait qui a une haute importance. Lélut a prétendu qu’il n’était pas constant, mais cette opinion est discutable : elle a contre elle la plupart des observateurs. Maury et Tandcl (de Bruxelles) ont donné des phénomènes une explication satisfaisante : ils supposent que « la concentration a été si vive, l’absorption de la pensée si profonde, que les parties du cerveau qui ont agi dans cet acte de contemplation et de pensée, sont épuisées, et, l’accès passé, au lieu de continuer leur action, elles demeurent comme frappées d’impuissance. — Le somnambule oublie son acte, précisément parce que l’intensité de l’action mentale a été portée à ses dernières limites; l’esprit s’est épuisé dans ce commerce avec lui-même (2). »
Une question médico-légale de la plus haute gravité se rattache à l’étude du somnambulisme ; nous ne pouvons faire que la signaler ici. Nous avons dit que dans cet état, des actes prémédités pouvaient être accomplis, qu’ils présentaient parfois, d’un accès à l’autre, un enchaînement logique. Nous avons vu pour notre part un somnambule préparer un suicide qui, sans notre intervention, eût eu certainement un dénoûment fatal, la liberté morale était tout aussi compromise que dans l’aliénation mentale ; l’individu est donc irresponsable; ce qu’il importe, c’est de s’assurer bien nettement de son état, et pour arrivera une conviction absolue et la faire partager dans un cas de meurtre, d’incendie, etc., il faut s’entourer de toutes les précautions qui peuvent déjouer la ruse, la simulation.
Notre manière de voir au sujet du somnambulisme, la place que nous lui donnons parmi les névroses, font pressentir que, de même que pour la catalepsie et l’extase, le traitement n’aura rien de spécial. La détermination précise de la cause, les rapports plus ou moins étroits qui relieront les accès aux accès hystériques, permettront de déduire les indications thérapeutiques. Il n’y a, à bien dire, aucun médica-
(1) Maury, Le sommeil et les rêves. Paris, 2e édit., 18G2.
(2) Idem , p. 189 et suiv.
NÉVROSES
ment qui s’adresse spécialement à cet état. Ce sont les modificateurs généraux qui devront être mis en usage, et dans ce que nous avons dit du traitement de l’hystérie, le médecin saura trouver ce qu’il y a de vraiment utile à tenter. (A. Motet.) ]
ARTICLE VI