FIÈVRE PUERPÉRALE. - — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
(ion purulente île la fièvre puerpérale. Un médecin de nos jours, qui a étudié avce beaucoup de succès cette question, M. Béhier, pense qu’il y a toujours une métrite, avec propagation au péritoine, au début de la lièvre puerpérale ; le siège de ces premiers accidents phlegmasiques serait presque toujours à l’un des angles de l’utérus.
Les annexes de l’utérus, les trompes, les ovaires, sont souvent altérés; on y trouve des signes de phlegmasie, souvent du pus. Il n’est pas rare de voir les trompes remplies d’un liquide puriforme. Les ovaires sont parfois criblés de petits abcès, ou recouverts de fausses membranes pyogéniques très-épaisses. Le péritoine est presque toujours le siège d’épanchements séro-purulents. Ici il ne faut pas juger précisément de l’intensité de la maladie par le degré de la phlegmasie : ce serai plutôt le contraire qui serait vrai. Lorsque la fièvre puerpérale a été rapide et comme foudroyante, on ne trouve pas les fausses membranes épaisses et résistantes de la péritonite franche et déjà ancienne ; on trouve la cavité péritonéale remplie d’un liquide séro-purulent très-abondant où flottent des flocons albumino-fibrineux; çà et là des fausses membranes à peine formées, principalement autour de l’utérus, dans le bassin et sur le foie. La quantité de l’épanchement est souvent énorme ; c’est un des caractères de la maladie. La sérosité se transforme parfois en pus, avec la plus grande rapidité, et il semble qu’il y ait, pour ainsi dire, de la purulence d’emblée ; les fausses membranes sont alors rares, et le péritoine est recouvert de pus. Pareille chose a lieu dans les plèvres. Le mot de péritonite éveille dans l’esprit l’idée d’inflammation ; mais il y a loin de la péritonite inflammatoire à la péritonite de la fièvre puerpérale : la première est une phlegmasie ; la seconde est une infection dont le caractère principal est de produire le. pus en grande abondance. Souvent les fausses membranes existent sur tous les viscères qu’elles font adhérer entre eux; le tissu cellulaire du bassin est fréquemment infiltré de pus, dans toute la périphérie. Les plèvres sont fréquemment le siège d’épanchements séro-purulents avec fausses membranes. Ces épanchements surviennent très-rapidement ; quelquefois ils accompagnent la péritonite, et parfois ils existent seuls. Les choses se sont passées ainsi dans l’épidémie observée à la Maternité, en 185 ô, par Charrier ; on a observé également des méningites. Lorsque l’infection purulente est la forme dominante, on trouve du pus dans les viscères, poumons, foie, rate, dans les articulations, dans les muscles. Parmi les lésions plus rares, nous signalerons les érysipèles et les phlegmons, les gangrènes, etc. Nous ne parlons pas ici des accidents qui suivent les couches, mais qui n’appartiennent pas en propre à la fièvre puerpérale, éruptions, embolies, etc.
L’état du sang mériterait d’être mentionné, si les recherches de chimie animale, faites depuis quelques années, avaient une valeur véritablement médicale. Malheureusement il n’eu est rien. Il nous suffira de citer le passage suivant du docteur Vogel, pour montrer au lecteur qu’il n’j a actuellement aucun parti à tirer de semblables analyses : 1° Le sang était acide et ce fait serait dû à la présence de l’acide lactique; 2° on y aurait trouvé du carbonate d’ammoniaque; 3° dans d’autres cas, de l’hydrosulfate d’ammoniaque ; Zi° il aurait perdu la faculté de se coaguler ; 5° les globules ne seraient plus aptes à rougir au contact de l’air, et, par conséquent, ne pourraient plus jouer leur rôle pendant l’acte de la respiration ; 6° les globules
FIÈVRES
seraient, en partie, décomposés et dissous dans le sérum, qui offrirait une coloration rougeâtre ou d’un brun sale.
Quelques auteurs, pensant que la fièvre puerpérale était une sorte de fièvre purulente, avaient insinué que le sang contenait peut-être du pus : il n’en est rien. Le sang est malade, cela est incontestable, parce que le sang fait partie de l’organisme et qu’il y a ici morbus totius substantiœ.
Il existe des cas authentiques de fièvre puerpérale ayant entraîné la mort, et où l’autopsie n’a pas révélé de lésions appréciables, d’aucune sorte, ni dans les liquides, ni dans les solides. La nature des épidémies entraîne la nature des lésions : c’est tantôt la péritonite, tantôt l’infection purulente ou putride, quelquefois la pleurésie purulente, etc.
§ V. — Symptômes.
11 faut distinguer la fièvre puerpérale consécutive, qui se déclare plusieurs jours après l’accouchement, et après des phénomènes morbides locaux, tels que la métropéritonite ou la péritonite pelvienne de la fièvre puerpérale d’emblée. Suivant Béhier, cette seconde forme n’existerait pas, et la métro-péritonite précéderait toujours la fièvre puerpérale, ne fût-ce que de quelques heures. Quoi qu’il en soit, le moment où la fièvre puerpérale se déclare et prend possession de l’économie est accusé par des symptômes caractéristiques. Le professeur Depaul s’exprime ainsi : « L’époque à laquelle surviennent les premiers accidents, n’est pas indifférente. La fièvre puerpérale qui peut se déclarer pendant la grossesse, pendant le travail, ou dans les premières heures qui suivent l’accouchement, apparaît surtout dans les quatre ou cinq premiers jours , et, en particulier, au bout de quarante-huit ou cinquante heures; il est très-rare de la voir faire invasion après le huitième jour. » Cependant des cas de ce genre ont été observés, et l’on peut dire que tant que les lochies existent , il y a possibilité de la fièvre puerpérale. Le début de cette affection est quelquefois subit, et saisit les femmes peu d’instants après leur accouchement, surtout en temps d’épidémie, dans les maternités , L’époque d’apparition des premiers accidents coïncide quelquefois avec le moment de la fièvre de lait. Le premier symptôme est un frisson \iolent qui marque l’invasion. Ce frisson est intense, prolongé, douloureux, cl ne saurait être comparé qu’à ceux de l’infection purulente ou des fièvres intermittentes graves; il dure parfois plusieurs heures et se répète de façon à simuler une fièvre intermittente. Le pouls est fréquent, le plus souvent au-dessus de 120; il est petit et dépressible. La peau n’est pas très-chaude et le frisson n’est pas suivi de sueur. S’il y a des sueurs, c’est ordinairement vers la fin de la maladie, et elles sont alors froides et \ isqueuses. La face est profondément altérée, anxieuse, et exprime souvent une sorte de terreur. Le faciès abdominal , surtout lorsque la péritonite prédomine, est des plus marqués, et la physionomie à elle seule suffit souvent au diagnostic. La respiration est haute, courte, entrecoupée. Les malades accusent un malaise considérable dans la région épigastrique, et ce n’est pas seulement lorsqu’il y a de la péritonite. Cependant, le plus souvent, la péritonite se déclare, le ventre est extrêmement sensible à la pression, non en un point mais partout; il se tuméfie, se ballonne; les intestins, remplis de gaz, se dessinent à travers