‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 340 sur 369 · MAL DE MER. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

MAL DE MER. — TRAITEMENT

concerne la dysenterie, l’hypochondrie, les congestions du foie, on a attribué au mal de mer le résultat de l’influence complexe de la navigation.

§ V. — Théories du mal de mer.

Dans un ouvrage de la nature de celui-ci, nous nous bornerons à énumérer les principales explications qui ont été données de la production de cette névrose. Aucune d’elles n’est réellement satisfaisante, et ne peut soutenir une discussion sérieuse (1).

a. Le mal de mer est dû au vertige que la mobilité des objets détermine

(Darwin).

b. — à l’agitation des viscères abdominaux (Keraudren).

c. — à la continuité des contractions musculaires nécessaires pour

le maintien de l’équilibre.

d. — à la peur (Plutarque, Guépratte).

e. — à une modification survenue dans la circulation encéphalique

• (Wollaston, Pellarin, Fischer).

f. — à la commotion cérébrable produite par les oscillations du

navire (Gilchrist, Larrey, Sper, Fonssagrives).

g. — à une intoxication par le miasme marin (Sémanas) (2).

b. ■ — à un afflux anormal du sang dans la partie postérieure des cen-

tres nerveux, spécialement des segments de la moelle qui sont en connexion avec l’estomac et les muscles qui concourent à l’acte du vomissement. Cette congestion est déterminée par les mouvements du navire qui communiquent des secousses : 1° au cerveau, 2° aux ligaments de la moelle, 3° aux viscères contenus dans l’abdomen et le bassin. (Chapman) (3).

§ VI. — Traitement.

A chacune de ces théories répond un remède; mais ni les bonbons de Malte, ni la ceinture abdominale préconisée par Keraudren, Jobard (de Bruxelles), ni le sulfate de quinine tartarisé, propose par Sémanas, d’après l’analogie gratuitement hypothétique entre le paludisme et l’intoxication produite par un prétendu miasme marin, ni aucun autre moyen n’a débarrassé personne de la pénible initiation à la vie du marin. Pour nous, comme pour Fonssagrives, auquel nous empruntons les préceptes suivants, le traitement peut se résumer ainsi :

« 1° Si la navigation est accidentelle et de peu de durée, atténuer les souffrances du mal de mer sans se préoccuper de l’assuétude ultérieure ; 2° s’il s’agit d’un marin de profession, s'efforcer de l’aguerrir dès le début contre une souffrance dont la continuité menacerait son avenir ; 3° combattre ceux des symptômes du mal de mer qui, par leur violence ou leur durée, peuvent devenir dangereux.

» 1° Le médecin d’un paquebot, si la traversée doit être courte, recommandera donc à scs passagers l’exercice sur le pont, en plein air, aussi longtemps que les nausées ne forceront pas à l’interrompre, l’aspiration de sels et de liquides spiri-

(1) Voyez, pour l’appréciation de ces théories : Hygiène navale de Fonssagrives. Paris, 1856, p. 176 et suivantes.

(2) Sémanas, Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XXIV, 1847, p. 110.

(3) Voyez, pour l’exposé de cette théorie : Fonctional diseases of the Stomach. part. /, Sea sickness ; its nature and treatment, by John Chapman, M. D. London, 1864.

NÉVROSES

tueux pour ranimer la vie du cerveau et combattre la tendance syncopale, la précaution de ne regarder ni le sillage ni de fixer les yeux d’une manière prolongée sur un objet mobile, les distractions, la causerie, l’ingestion de quelques aliments, tout en continuant à marcher, l’usage de pastilles aromatisées, menthe, cachou, etc., le port d’une ceinture médiocrement serrée, comprimant un peu l’abdomen, mais laissant toute liberté à la poitrine.

» Si, malgré l'ensemble de ces précautions, les vomissements surviennent, et qu’à leur suite la naupathie fasse des progrès, résister plus longtemps serait aussi pénible qu’infructueux, il faut se résigner à garder la position horizontale qui soulage toujours, si surtout on est placé dans un cadre ou un hamac bien suspendu, et si l’aération de la cabine est convenable, et qui permet surtout, point capital, de prendre et de conserver des aliments. Les infusions théiformes, aromatiques, le grog, auquel les passagères elles-mêmes des packcts anglais recourent comme moyen prophylactique, ont, par la stimulation rapide qu’ils produisent, des avantages qu’il ne faut pas dédaigner. On attend ainsi ou bien que le temps se fasse meilleur , ou bien que l’arrivée au point de débarquement mette un terme à des souffrances avec lesquelles on a été obligé de composer.

» 2° L’assuétude nautique exige du courage et de la force de volonté; mais, à moins d’une impressionnabilité exceptionnelle, vouloir, en pareil cas, c’est pouvoir, et il est bien rare qu’une persévérance opiniâtre ne conduise pas à une immunité absolue ou relative. Tout le secret de cette assuétude réside dans ces deux mots : continuer à faire de l’exercice et s’alimenter dans l’intervalle des vomissements.

» Il importe, au début, de ne point s’éloigner du centre du navire, endroit où les oscillations sont beaucoup moins sensibles; mais au fur et à mesure qu’on s’aguerrit, il faut tenter davantage et essayer l’action de mouvements plus étendus. L’ascension dans la mâture est le degré le plus élevé de celte éducation nautique ; les mousses et les novices sont souvent obligés de commencer par là, et la rigueur de cette épreuve assure quelquefois d’emblée leur initiation.

» 3° Si le mal de mer dépasse des limites raisonnables, il peut entraîner, à la longue, des accidents contre lesquels il faut se prémunir. La persistance des vomissements est une de ses complications habituelles ; des boissons acidulées, de l’eau de Seltz, une potion de Rivière, des morceaux de glace, quelques grammes de poudre de- Colombo, l’emploi des opiacés à l’intérieur ou en applications cndermiques, l'ingestion d’aliments et de boissons glacées, etc., constituent la série des ressources auxquelles il convient de s’adresser. »

Nous ajouterons que si, pendant le cours d’une traversée qui doit être longue, les accidents offraient une intensité et une opiniâtreté telles qu’on eût à redouter, par leur prolongation jusqu’au terme du voyage, des dangers pour la vie, il ne faudrait pas hésiter à déposer le malade dans un port de relâche. Il pourrait ainsi, au bout de quelque temps, recouvrer assez de force pour entreprendre, sans un trop grand préjudice, la seconde portion de la route qui lui resterait à parcourir. Dans un travail récemment publié, le docteur Chapman explique, comme nous l’avons dit, les phénomènes qui constituent le mal de mer par la congestion des centres nerveux, ce qui est loin d’être démontré. S’appuyant sur les données de la physiologie moderne qui ont mis en lumière le pouvoir vaso-moteur du grand sympathique, il se croit autorisé à conclure que le seul remède efficace pour diminuer

Page 1