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VERTIGE NERVEUX. — HISTORIQUE

la circulation, et enfin dans beaucoup de névroses. Cette manière de voir est évidemment conforme h l’observation. Le vertige est le symptôme d’un grand nombre d’affections fort différentes dans leur essence, et la congestion cérébrale est loin d’en être la cause exclusive.

Mais n’existe-t-il pas des cas où le vertige serait à lui tout seul une maladie et où il n’y aurait pas moyen de le rattacher à l’une quelconque des affections que nous venons de signaler? Des recherches récentes tendent à confirmer cette supposition ; car il est des personnes chez lesquelles le vertige est habituel, et paraît tenir à une disposition particulière de l’économie, à une susceptibilité spéciale du système nerveux, qui se manifeste sans l’intervention d’aucun trouble morbide antérieur. [| y aurait donc, indépendamment du vertige symptomatique , un vertige essentiel et constitutionnel, véritable névrose que l’on pourrait rapprocher de l’épilepsie et de l’hvstérie. De plus il y a d’autres cas où le vertige n’est ni un symptôme, ni une affection absolument pure, mais où il se montre comme le retentissement d’une souffrance, d’un trouble fonctionnel siégeant dans un organe éloigné des centres nerveux : c’est le vertige sympathique. Ce sont ces deux dernières espèces qui ont reçu le nom collectif de vertige nerveux , et que nous allons décrire.

§ II. — Historique.

Le vertige nerveux, dans ses différentes formes, a été le sujet de quelques monographies intéressantes. Parmi les travaux les plus importants et auxquels nous ferons de nombreux emprunts, nous signalerons le mémoire de Max Simon (1) et le chapitre Y du livre de Neucourt (2).

Les anciens auteurs n’ont point séparé le vertige essentiel du vertige symptomatique, et c’est à cette dernière forme que s’appliquent les remarques suivantes d’Hippocrate: « Dans les fièvres où, dès le début, il survient des vertiges, des battements dans la tète et des urines ténues, il faut s’attendre que la fièvre redoublera vers l’approche des crises; je ne serais même pas surpris que les malades eussent du délire (3). Les fièvres vertigineuses, avec ou sans convulsions, sont pernicieuses, etc. (ô). » Galien avait peut-être entrevu le vertige nerveux, car il dit que « ce qui arrive h quelques personnes après un grand nombre de tours, leur arrive à elles après un seul tour (5). » Arétée ne décrit guère que le vertige épileptique. Fernel ne parle que du vertige lié à l’épilepsie ou à la congestion cérébrale (periculosa auiem est vertigo a magna capitis repletionem orta) ; puis jusqu’à l’époque moderne, aucune idée nouvelle, si ce n’est que l’on voit l’anatomie s’emparer du vertige, pour en faire un symptôme de congestion cérébrale. Sandras (6), le premier, fait rentrer le vertige dans la classe des névroses pures : « Ici, dit-il,

(1) Max Simon, Bu vertige nerveux et de son traitement, mémoire couronné par l’Acalémie impériale de médecine ( Mém . de l’Acad. de méd., Paris, 1858, t. XXII).

(2) F. Neucourt, Des maladies chroniques, pratique d’un médecin de province. Paris,

(3) Hippocrate, Œuvres. Du régime dans les maladies aigues, trad. Littré, t. II, p. 427.

(h) Prénotions coaques.

(5) Galien, Œuvres. Des lieux affectés, trad. par Ch. Daremberg. Paris, 1856, l. II, p. 575.

(6) Sandras, Traité pratique des maladies nerveuses. Paris, 1851, t. I, p. 308.

l’anatomie pathologique n’a rien à faire; elle ne démontre et n’explique rien manifestement, là où les désordres fonctionnels sont susceptibles de faire immédiatement place à l’ordre le plus parfait pour tous les organes, dans des affections qui ne produisent jamais la mort tant qu’elles restent simples. »

Trousseau (1), de son côté, a étudié avec soin le vertige sympathique de la dyspepsie : « Qu’est-ce, en somme, que ce bizarre phénomène ? Je n’en sais rien, et la chose n’est pas facile à dire; mais je compare cela à la maladie du vaisseau, à la sensation toute spéciale qu’on éprouve après avoir valsé, à l’engourdissement qui succède au jeu de l’escarpolette, à ces éblouissements qui vous obligent à fermer les yeux lorsque vous tournez sur des chevaux de bois; mais il n’y a pas dans tout cela imminence de congestion cérébrale, menace d’apoplexie. C’est un phénomène nerveux se passant dans l’appareil nerveux, une affection temporaire et superficielle de ce système. » Il ne s’agit ici, il est vrai, dit Max Simon, que du vertige nerveux sympathique; mais on voit que, même dans cette limite, la question se pose presque comme une question nouvelle. Blondeau (2) a publié, depuis cette époque, un mémoire intéressant sur le vertige stomacal.

[Ncucourt (3), étudiant les différentes espèces, a établi nettement la distinction entre le vertige nerveux et les vertiges dus à des causes spéciales, telles que l’alcoolisme, les intoxications par les narcotico-âcres, etc. Voici comment il s'exprime sur ce sujet : « Les personnes nerveuses, hystériques, hypochondriaques, sont très-

sujettes au vertige Il esta remarquer que chez ces personnes , le vertige a lieu

plus facilement dans certaines conditions, parmi lesquelles les impressions morales jouent un grand rôle. Ainsi, je connais plusieurs personnes nerveuses, et il n’est pas de praticien qui n’en puisse citer également, qui ne peuvent aller dans une réunion nombreuse, à l’église, au spectacle, dans une foule, sans éprouver aussitôt un sentiment d’anxiété, de malaise et enfin de vertige; quelques-unes tombent, ou se trouvent tellement mal à l’aise qu’il faut les emporter. Une impression morale vive, un cri inopiné, la crainte d’un danger même imaginaire leur donnent immédiatement le vertige. Tout indique que, dans ce cas, il y a affaiblissement du système nerveux, auquel participe le cerveau qui en est le centre. »]

§ III. — Définition, synonymie, fréquence.

«On peut, dit P. Frank, définir le vertige un tournoiement illusoire, pénible el subit, qui semble entraîner la personne elle-même et les objets extérieurs, qu’ils soient en repos ou animés, et où le corps chancelle et est près de tomber (h). » II est certain que la sensation illusoire du tournoiement des corps ou des objets extérieure [gyratio] est le caractère principal du vertige; mais il faut ajouter à cette définition un autre élément : c’est que le malade ne perd jamais la conscience de

(1) Trousseau, Bulletin de thérapeutique, t. II, p. 368. — Clinique médicale de I Ilotel- Dieu , 2e édit. Paris, 1865, t. III.

(2) Blondeau, Archives générales de médecine. Paris, septembre 1858. — Gazette des hôpitaux, 2 octobre 1858.

(3) Neucourt, Des maladies chroniques, pratique d’un médecin de province, ou Recherches et observations sur la g astro -entérite chronique, les coliques gastro-intestinales, etc.

(4) P. Frank, Traité de médecine pratique. Paris, 1842, traduction de Goudareau, t. II, p. 404.

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