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VERTIGE NERVEUX. — DÉFINITION, SYNONYMIE, FRÉQUENCE

ses actes. Trousseau a insisté sur ce point (1), et il est capital, en effet, puisqu’il distingue le vertige nerveux du vertige épileptique.

Sandras (2) avait bien reconnu l’importance de ce dernier caractère, lorsqu’il disait : « Le vertige est un trouble, un embarras momentané des fonctions cérébrales, avec conservation de la conscience individuelle , et en même temps avec désordre plus ou moins grand dans les idées, les sensations, la puissance et la coordination des mouvements. » Cette définition, beaucoup plus générale que la précédente, est cependant bien moins précise, et c'est pour ce motif que nous ne l’avons pas citée en première ligne.

Le vertige a reçu un grand nombre de dénominations différentes, parmi lesquelles nous citerons surtout les suivantes :

Vertigo , gyratio , éblouissement , étourdissement, tournoiement de tète, naupathie, scotome (du grec crxôrwpoc, obscurité), scotodinie (de ctxotoç, ténèbres, et <S~voç, vertige).

Le vertige symptomatique est très-fréquent, puisqu’on l’observe au début et dans la convalescence de presque toutes les maladies.

Quant au vertige nerveux, il est infiniment plus commun, puisqu’il n’est aucune personne qui ne l’ait éprouvé; c’est un de ces phénomènes auxquels toute l’humanité a, comme à la douleur, payé son tribut. Mais en restreignant la question dans ses limites les plus étroites et les plus réelles, ou doit reconnaître que le vertige nerveux pur est assez rare : en effet, si nous appelons ainsi le vertige qu’éprouvent habituellement certaines personnes, qui dure pendant toute la vie, qui se produit spontanément, sans maladie antécédente, qui provient d’une disposition constitutionnelle et d’une susceptibilité spéciale du système nerveux, que la moindre cause provoque et que rien ne guérit, nous pourrons dire que cette névrose est rare; autrement elle eût depuis longtemps fixé l’attention, et les écrits sur ce sujet seraient plus nombreux qu’ils ne le sont en réalité.

Quant à la nature du vertige dont nous parlons, elle nous échappe bien évidemment, mais il nous est possible de l’apprécier par comparaison. Le vertige rentre dans la classe des phénomènes dont la douleur est le type, c’est-à-dire dans la classe des accidents de fonctions, sans lésion matérielle appréciable. Lorsqu’un corps aigu pénètre dans les tissus et excite instantanément la sensation de douleur dont les centres nerveux prennent connaissance, il est évident que ces centres ne sont pas instantanément troublés dans leur contexture ni dans leur circulation ; il y a, si l’on veut, une modification dans ce corps impondérable que l’on nomme fluide nerveux, mais cela n’est ni tangible, ni appréciable par nos sens et nos instruments.

Eh bien ! n’en est-il pas de même lorsqu’à la vue d’un objet, qui tourne, d’un précipice, lorsque dans le mouvement irrégulier du corps, dans le mouvement de rotation, le vertige éclate? Là, pas de lésion anatomique, mais un dérangement statique du fluide nerveux, dérangement qui n’a d’autre point de départ que la brusquerie, l’instantanéité du mouvement ou la surprise du système nerveux, forcé de subir instantanément un ordre d’impressions auxquelles il n’était pas préparé. Il est facile de reconnaître que le vertige ne se manifeste pas lorsque les

(1) Trousseau, Clinique médicale de l’ Hôtel-Dieu, 2° édit. Paris, 1865, t. III, p. 4.

(2) Sandras, Traité des maladies nerveuses, t. I, p. 306. Paris, 1850.

NÉVROSES

impressions nerveuses sont graduées et amenées avec une certaine lenteur. Comment supposer que le vertige soit lié à une lésion matérielle des centres nerveux lorsqu’il dure pendant toute la vie, sans autre trouble des fonctions nerveuses, et sans s’accompagner de la moindre maladie ? Il y a donc un vertige-névrose , ainsi que le dit Max Simon. [ Telle est aussi l’opinion de Neucourt. Cet auteur, dans le paragraphe consacré au vertige dû à l’anémie, le rapproche du vertige nerveux pur, en ce sens que dans l’un comme dans l’autre cas, il résulte d’un trouble dans l’état statique du système nerveux, une absence du stimulus nécessaire; toutefois, l’observation a conduit ce médecin distingué à admettre une différence dans l’expression symptomatique du vertige lié à l’anémie et du vertige essentiel. iS'ous la retrouverons en parlant du diagnostic. ]

§ IV. — Symptômes.

Vertige essentiel. — Il y a plusieurs degrés dans le vertige. Dans les cas les plus légers, une confusion très-rapide des idées, sans perte de conscience, le tournoiement des objets extérieurs, la confusion des sons, la perte d’équilibre, sont les seuls accidents appréciables; la rapidité de l’impression vertigineuse est telle, que l’individu qui croit faire une chute a recouvré toute la netteté de ses perceptions avant d’être tombé.

Comme on le voit, Y intelligence , le sentiment et le mouvement sont affectés. Mais quelquefois les troubles de l’une de ces facultés sont plus prononcés, prédominants, et le vertige présente une plus grande intensité, soit par la force, soit par la durée de ces accidents particuliers.

Tel individu, au milieu d’un vertige prolongé, éprouve des terreurs que rien 11e légitime. Tel autre a des sensations bizarres et assez persistantes, comme l’obnubilation de la vue, la sensation de phosphènes, celle de sons imaginaires ; tel autre croit marcher sur du coton, ou s’imagine que le sol manque sous ses pieds. Mais le symptôme le plus commun est celui du défaut d'équilibre et la sensation de mouvements, soit du corps, soit des objets extérieurs. « Alors il semble aux malades que les objets qu’ils ont sous les yeux, comme le sol sur lequel ils s’appuient, sont, aussi bien qu’eux-mêmes, emportés dans un mouvement confus de rotation, ou d’élévation, ou d’abaissement alternatifs; tantôt, au contraire, cette impression morbide, beaucoup moins vive et en même temps moins prolongée, s’épuise dans un sentiment intime d’instabilité, de nutation imaginaire, comme dit Sauvages, qui inspire aux malades la crainte de tomber. Dans ce dernier cas, il suffit à la personne qui éprouve cette sensation de s’appuyer sur un objet quelconque pour que le vertige cesse à l’instant même, au moins en très-peu de temps. Souvent les vertigineux croient que leur tête vascille, et qu’elle est peu adhérente à leur cou. Dans les cas que nous venons de rapporter, les malades éprouvent des vertiges pendant qu’ils sont dans la station ; mais la sensation vertigineuse, au degré où nous l’étudions en ce moment, peut également se produire, et se produire même exclusivement dans d’autres situations du corps. Ainsi, telle est cette disposition, . chez certaines personnes, que, dans le lit même, et dans la position la plus parfaitement horizontale, et les yeux ouverts ou fermés, mais fermés surtout, elles éprouvent très-énergiquement la sensation vertigineuse. Il leur semble alors que le lit est emporté par un mouvement plus ou moins rapide, dans un sens ou dans un

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