‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 345 sur 369 · VERTIGE NERVEUX. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

VERTIGE NERVEUX. — SYMPTÔMES

autre. Il est (les malades qui, s’ils se levaient alors, verraient augmenter leurs vertiges jusqu’au point de tomber peut-être : mais cela n’est pas toujours ; pourvu qu’ils se lèvent avec précaution et s’orientent, si nous pouvons ainsi dire, la disposition vertigineuse disparaît pour ne plus revenir, ou au moins pour ne revenir qu’à une époque plus ou moins éloignée. Quand une personne prédisposée au vertige simple, se lient pendant plus ou moins longtemps accroupie et la tête penchée en avant, si elle se relève brusquement, il est presque immanquable qu’elle éprouve la sensation vertigineuse avec assez d’intensité. Y a-t-il plus qu’une analogie apparente entre le vertige qui se produit dans le cas que nous venons d’indiquer, et celui que divers auteurs ont vu également survenir à la suite d’un réveil brusque et d’un lever immédiat?

Dans des cas plus graves encore, le malade, sous l’empire du vertige, est saisi de frayeur; la face pâle, le regard inquiet, il ne fait plus entendre que des paroles entrecoupées ; il appelle du secours, il étend les bras pour chercher un point d’appui ; s’il le rencontre, il s’y cramponne avec force. Même arrivée à ce point, la sensation vertigineuse peut se dissiper peu à peu, et ne pas aboutir à une manifestation plus grave encore. A un degré plus intense, le malade, de plus en plus effrayé, malgré le sentiment toujours persistant de l’erreur de ses sensations, ne voit bientôt plus les objets que comme au travers d’un voile, ou bien il voit se succéder rapidement devant ses yeux diverses illusions, des phosphènes lumineux, ou bien il éprouve les accidents de l’hémiopie ou de la diplopie, et il tombe, mais il tombe volontairement, si nous pouvons ainsi dire, pour bien distinguer cette chute de la projection épileptique et même de celle de l’apoplexie. C’est qu’en effet, malgré l’apparente gravité des symptômes, le malade ne perd pas connaissance. Si, dans quelques cas, cette perte de connaissance arrive, nous croyons que cet accident devrait être considéré comme l’effet de la terreur plutôt que comme le fait même du trouble fonctionnel cérébral qui constitue le vertige. C’est de même à l’intervention de cet élément moral dans l’affection vertigineuse que l'on doit attribuer, si cela se rencontre quelquefois, le désordre plus ou moins grand dans les idées dont parle Sandras. Les cas où le vertige arrive à ce haut degré d’intensité sans que ces apparences plus effrayantes que périlleuses lui donnent plus de gravité, sont surtout ceux où on le voit survenir chez les bypochondriaques, dont tous les accidents grandissent en proportion de leur préoccupation lypémaniaque, ou bien ceux où il est déterminé par une impression morale vive, imprévue. Dans le vertige nautique on observe également parfois quelques aberrations des sens, mais jamais le délire, à moins de complications.

Quand le mal arrive à ce degré, la circulation générale, qui reste calme dans le vertige simple, s’émeut sous l’influence d’une innervation aussi profondément troublée; le pouls s’accélère, sans que la température de la peau paraisse s’élever en proportion de cette accélération de la circulation (Max Simon) (1). Il est rare que des nausées et des vomissements se manifestent, si ce n’est dans le vertige sympathique de la dyspepsie.

Vertige sympathique. — Nous donnerons une description particulière de cette espèce, parce que l’affection qui cause sympathiquement le vertige et le vertige lui-

(1) Max Simon, Mémoire cité , passim.

NÉVROSES

meme confondent leurs symptômes propres, et forment un tout complexe. Nous ne décrirons que le vertige par dyspepsie ou vertige stomacal {a stomacho lœso), c’est la seule forme qui ail été bien étudiée.

Le vertige stomacal présente deux variétés, suivant qu’il provient d’excès ou d’abstinence.

La première, qui dérive de la dyspnée par excès d’aliments et de boissons (dyspepsia a crapula ), présente les symptômes suivants : «En dehors même des symptômes plus essentiellement caractéristiques des troubles des fonctions digestives auxquels ils se lient, les phénomènes vertigineux, quelque variables qu’ils soient dans leurs formes, présentent, dans leur manière d’être, quelque chose d'assez spécial pour qu’un observateur prévenu et attentif puisse en soupçonner la nature. Ce sont des étourdissements, un sentiment de vide, de vague dans la tête, ou bien il semble au malade que ses tempes sont violemment étreintes par un cercle de fer ; tantôt il éprouve une sensation de froid glacial. Les uns vous racontent qu’ils ont un brouillard devant les yeux, que les objets qu’ils regardent sont colorés de diverses nuances bientôt confondues; d’autres ont comme une grande roue noire qui se meut devant eux avec une excessive rapidité. Mais la forme que vous rencontrerez le plus ordinairement est celle qui a reçu l’épithète de grjrosa : quand l’individu est debout, tout tourne autour de lui; il est obligé de fermer les yeux et de se tenir dans la plus complète immobilité, car il sent ses jambes vaciller, fléchir sous lui, il va tomber et tombe même quelquefois. S’il est couché, il croit voir son lit tourner suivant un axe qui le traverserait de la tête aux pieds, ou c’est luimême qui se voit entraîné dans ce mouvement de rotation (Trousseau) (1).

Les phénomènes vertigineux sont habituellement accompagnés de mal de cœur, que les individus comparent au mal de mer : c'est la nausée, dans la véritable acception du mot grec vaüç, vaisseau. La moindre circonstance peut devenir l’occasion du développement de ces vertiges. Un mur treillagé, une fde de barreaux; une tenture rayée dans un appartement les font naître : treillage, barreaux, raies de la tenture se confondent entre eux, dans une sorte de brouillard, et la vue s’obscurcit. Il subit même d’un mouvement un peu brusque, il subit que le malade lève la tête pour qu’ils surviennent. Une particularité intéressante à noter, c’est que rien de semblable n’arrive en général quand le malade baisse la tête, contrairement à ce qui a lieu lorsque le vertige dépend d’un état congestif de l’encéphale.

Les douleurs d’estomac, qui ne sont jamais plus violentes qu’après l’ingestion des aliments, ou du moins de certains aliments; la pression exercée avec la main sur le creux épigastrique les réveille, les exagère en les faisant se propager jusque dans le dos; c’est un sentiment de pesanteur, c’est une crampe, c’est une douleur aiguë s’irradiant dans le thorax, dans l’abdomen, s’étendant même à divers points du corps, accompagnée d’une sensation de chaleur, d’ardeur à la région de l’estomac. Ce sont des baluosités, des éructations acides ordinairement non nidoreuses, des vomissements glaireux, muqueux, quelquefois de matières alimentaires; de la constipation plus souvent que de la diarrhée, bien que les deux accidents puissent, chez quelques individus, alterner l’un avec l’autre.

Le vertige peut se présenter toutes les fois qu’il existe un état morbide de l’esto-

(1) Trousseau, Bullet. de thérap., loc. cit. — Voy. aussi Clinique médicale de l’ Hôtel- Dieu de Paris, 2e édit., t. III, p. à. Paris, 1865.

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