ATAXIE LOCOMOTRICE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
à quarante ans qu’elle est le plus fréquente; elle se montre chez l'homme bien plus souvent que chez la femme. Topinard, sur un résumé de llù observations, a trouvé 33 femmes et 81 hommes. Quant à l’hérédité, elle joue le même rôle que dans beaucoup d’autres affections nerveuses, c’est-à-dire qu’on trouve chez les ascendants, soit l’aliénation mentale, soit l’hystérie, l’épilepsie, l’hypochondrie, ou encore des névroses protéiformes. Marius Carre (1) cite deux faits :l’un appartient à Trousseau, dans lequel les ascendants et les descendants ont été atteints de névroses, et l’un des membres de la famille d’ataxie locomotrice; l’autre lui est persounel, « toute la famille a été frappée : la mère, la grand’ mère, tous les parents de celle-ci, au nombre de huit, ont présenté les symptômes de l’ataxie; sur douze enfants issus de cette famille, sept ont été atteints. <> Topinard formule la même opinion que Friedreich et Trousseau; on est donc autorisé à penser que, dans certains cas, l’ataxie locomotrice est une sorte de transformation dans les troubles nerveux développée chez les ascendants.
Si l’iniluence de la syphilis , de Valconlisme chronique , n’est pas encore aujourd’hui suffisamment démontrée, celle du rhumatisme paraît l’être beaucoup mieux : dans bon nombre d’observations, en effet, on voit la maladie se développer après des arthrites aiguës fébriles chez des individus exposés d’une manière continue à l’action du froid humide ; toutefois, deux observations, l’une de Delpech, l’autre de Potain (2), démontrent combien on doit être réservé dans l’appréciation. Quand le rhumatisme peut être mis en cause, il n’est guère permis de l’invoquer comme l’origine des troubles ataxiques que dans les cas où une durée un peu longue de la maladie a laissé juger de la part qui devait lui revenir dans la production des accidents.
Des chagrins, des émotions vives, la suppression d’un (lux habituel, un brusque refroidissement, ont été indiqués, sinon comme causes prédisposantes, du moins comme causes déterminantes. Nous avons trouvé, dans les observations inédites que notre ami le docteur Mesnet a mises obligeamment à notre disposition, un cas dans lequel une émotion très-vive suivie d’un accès de colère fut le point de départ des troubles caractéristiques de l’ataxie. Il s’agit d’un cocher qui, descendu de son siège, entre dans une maison, y reste quelques instants à peine, et ne retrouve plus en sortant la voiture qu’il vient de quitter. Il l’aperçoit déjà loin, conduite par un inconnu. Il veut crier, il veut courir, il reste immobile, et depuis ce moment l’ataxie lit de rapides progrès. Ce malade assez intelligent affirmait qu’il avait jusqu’alors joui d’une santé parfaite.
Les fatigues physiques, l’abus du coït, les conditions défavorables d’une mauvaise hygiène, tout ce qui enfin surexcite trop fréquemment et trop vivement l’appareil nerveux, peut être considéré encore comme cause d’ataxie. Nous bornons là cette énumération un peu brève, nous manquons de documents suffisants pour la rendre plus complète.
§ VII.— Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic de l’ataxie locomotrice confirmée ne présente pas de très-sérieuses
(1) Carre, ouvr. cit., p. 247.
(2) Topinard, De l’ataxie locomotrice , Paris, 1864, ouvr. cit., p. 334.
NÉ OSES-
difficultés quand les signes que nous avons indiqués se trouvent réunis; mais est-ce bien là le moment où il est le plus important de la reconnaître? Ne doit-on pas rechercher surtout à en deviner le début, afin d’essayer dès le principe d’enrayer des manifestations dont le développement ne saurait être ai rélé plus tard? Dès qu’un malade se présente avec des troubles de la vision, avec de rabaissement de l’une ou des deux paupières, avec des douleurs caractéristiques qui traversent les membres comme des décharges électriques, se répétant par accès plus ou moins rapprochés, s’il s’v joint des fourmillements dans les membres, il y a tout lieu de soupçonner le début d’une ataxie locomotrice. L’attention devra se porter alors du côté des organes génitaux ; s’il existe de la spermatorrhée, si l’anaphrodisie, ou bien au contraire l’exaltation des fonctions génitales peuvent être constatées, il y a de nombreuses probabilités pour que l’on ail affaire à une ataxie commençante. Les doutes ne sont plqs permis dès que l’on aura reconnu l’incoordination des mouvements, et le diagnostic se complétera si l’on trouve les altérations diverses de la sensibilité que nous avons énumérées. Avec quelles autres affections pourraiton confondre l’ataxie?
Les désordres de l’appareil locomoteur, qui sont l’un des faits saillants de l’ataxie, se retrouvent dans certaines paralysies, mais jl faut bien avouer qu’un examen superficiel pourrait soûl les faire confondre. S’agit-il en effet d’une paralysie simple du mouvement, il suffira d’examiner l’état de la contractilité musculaire : embarras et impossibilité même d’exécuter des mouvements volontaires dans la paralysie de la contractilité musculaire ; dans l’ataxie, désordres des mouvements, mais conservation de la contractilité, et possibilité jusqu’à un certain degré de diriger les mouvements, surtout à l’aide de la vision.
La perte de la sensibilité musculaire offre de plus sérieuses difficultés, l’embarras qu’elle détermine dans la musculation est assez semblable à celui de l'ataxie avec laquelle d’ailleurs elle coïncide bien souvent. Voici quelles sont les différences ; l’anesthésique, avec le secours de ses yeux, exécutera tous les mouvements qu’il aura voulu, non pas sans doute avec la précision de l’état normal, mais sans secousses, sans violentes projections des membres d’un côté ou de l’autre. Ces différences sont caractéristiques. Ajoutons-en une autre que Duchenne (de Bou logne) a reconnue, c’est que, dans l’anesthésie musculaire simple, la sensibilité aux excitateurs élastiques est à peu près abolie presque dès le début, ce qui n’arrive pas dans l’ataxie.
Différencier l’ataxie des chorées , parai y sis agitons , tremblements, spasmes, etc. , ne nous semble pas être absolument embarrassant. Les conditions d’étiologie, de début, de marche même, apportent déjà des éléments sérieux de diagnostic. Dans les chorées, dont les mouvements saccadés, anguleux, ont quelque chose d’analogue aux mouvements des ataxiques, il y a cette différence que, dans le repos, au moment où rien ne le sollicite, où le corps repose soit sur un fauteuil, soit sur le lit, l'ataxique reste immobile ; à part les tremblements fibril laires, son appareil musculaire est dans le calme complet ; le choréique, au contraire, est toujours agité de mouvements involontaires, et ce ne sont pas seulement ses jambes et ses bras qui sont ainsi violemment secoués, sa tête elle-même participe à l’ébranlement général. Si la chorée est partielle, c’est dans les mains surtout qu’on retrouve cette agitation caractéristique, incessante, irrésistible, qui augmente par l’examen auquel on sou-